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Summer of 84, le prochain film du collectif Roadkill Superstar, sera présenté en grande première canadienne dans le cadre d’un événement-gala lors du week-end d’ouverture de l’édition 2018 du festival Fantasia.

Alors que les fans de Turbo Kid comptent les jours avant de pouvoir visionner le nouveau long-métrage du trio François Simard et Anouk et Yoann-Karl Whissell, ces derniers ont généreusement accepté de pour répondre à nos questions:


Horreur Québec: Turbo Kid a été un film culte instantané. Est-ce que ce succès a changé vos vies et vos approches pour ce second long-métrage?

RKSS: Oui, ça a changé nos vies. On espérait que les gens allaient aimer le film, mais on n’imaginait pas une telle réaction. Même maintenant ça continue. Les gens se font tatouer, font du fan art et des cosplays. Il y a eu une belle réaction dans les festivals. Après la première à Sundance, des agents nous ont contactés de L.A. et nous sommes maintenant représentés là-bas. Pour le deuxième film, on avait beaucoup de pression et on ne voulait pas se planter.

Ce qui est cool, c’est que ça nous a permis de lâcher nos vieilles jobs pour faire carrière en cinéma. C’était notre rêve et ce qu’on voulait faire depuis toujours.

On reste quand même les mêmes personnes. On déteste le monde avec des têtes enflées et on essaie de rester sur terre.

HQ: On entend souvent que le second film est le plus difficile pour des cinéastes et cette fois vous n’en signez pas le scénario? Est-ce que c’était un moyen d’aller vers quelque chose de complètement différent?

RKSS: Je pense qu’on veut continuer d’explorer, même lorsque ça sera nous qui l’écrira. On ne veut pas toujours faire le même film. On va d’ailleurs le faire pour Turbo Kid 2. On veut essayer différents genres, pour ne pas rester prisonnier dans un seul. C’était important de faire très différent comme second film après Turbo Kid. Si on avait fait Turbo Kid 2, on serait peut-être devenu «ceux qui font Turbo Kid». On aurait peut-être fait le 3, le 4 et on aurait fini par faire seulement ça. Que ce soit nous qui l’ayons écrit ou pas, on aurait fait quelque chose d’éloigné.

Il faut comprendre aussi que chaque film indépendant qui reçoit le «green light» et qui se fait financer est un miracle. Nous n’avions pas décidé quel serait notre deuxième film et nous avions plusieurs projets en développement. Summer of 84 est le premier qui a eu le feu vert. Plusieurs cinéastes amis nous ont conseillé de ne pas attendre trop longtemps avant de faire un second long-métrage. On nous a dit de le choisir, mais de ne pas attendre que le «spotlight» ne parte, pour ne pas nous faire oublier.

HQ: Turbo Kid était un hommage délectable aux années 1980 et, ne serait-ce que par le titre de ce deuxième film qui renvoie à l’été 1984, on sent que ce sera le cas encore ici. Mais le film semble plus sobre et mystérieux. Nous réservez-vous tout de même quelques meurtres grand-guignolesques, ou c’est davantage dans la veine de Scream?

RKSS: Sans trop dévoiler, c’est un film qui est définitivement plus réel et plus dark. Il y a des inspirations aux années 80 et on va les reconnaître, mais le sujet du film imposait les années 80. Ce n’est pas accessoire non plus. C’est certainement moins sanglant que Turbo Kid.

Chaque fois où l’on présente le film on est nerveux, parce que c’est très différent. Nous n’avons jamais fait un film aussi sérieux jusqu’à maintenant. Après avoir fait plusieurs festivals, on est plus confiant. Même si ce n’est pas du tout le même genre de film, le monde a l’air de triper.

À première vue, on se fait automatiquement comparer à Stranger Things et ce n’est pas du tout notre intention. C’est un thriller qui prend son temps et qui bascule lentement vers l’horreur.

HQ: Dans Turbo Kid, l’une des plus grandes forces était la distribution impériale. Cette fois, vous avez travaillé avec de plus jeunes acteurs. Est-ce que votre direction d’acteurs en a été changée? Est-ce que c’était difficile de les recruter?

RKSS: Au début, on voulait engager des acteurs plus vieux, mais qui avaient l’air plus jeune. Puis, nous sommes tombés en amour avec le cast des enfants plus jeunes qui sont dans le film. Ils nous ont tellement épaté en audition que malgré le bagage qu’un adulte peut avoir, ils avaient le professionnalisme et le talent. Ce n’était pas si différent.

Ça été un très long processus de casting. Il fallait qu’on trouve les quatre ados qu’on trouvait parfait, parce qu’ils portent le film sur leurs épaules. Après des mois de recherche, on était prêts.

HQ: Nous sommes dans une sorte de déferlement de nostalgie dans le milieu de l’horreur actuellement avec des films comme It, Dead Shack et la série Stranger Things. Même si votre récit semble plus réaliste, est-ce que vous avez essayé de vous en éloigner, ou avez-vous essayé d’en tirer une certaine source d’inspiration?

RKSS: Pour Stranger Things, ce sont des projets qui ne se ressemblent pas tellement. On va au même puits, mais c’est arbitraire de les comparer. On a eu peur en voyant le premier poster de Stranger Things. Cela faisait un an qu’on travaillait sur Summer of 84, quand on a vu leur affiche. On s’est dit: « Merde, ils l’ont fait avant nous!» (rires). On a regardé la première saison et on a vu les divergences. C’est quatre jeunes dans les années 80. Le «setting» est similaire, mais c’est tout. En même temps le succès de la série a démontré qu’il y avait un énorme public pour ça et ça nous a possiblement aidé à avoir le financement. On l’a obtenu juste après. On sera donc comparé à eux, mais en même temps c’est un peu à cause de la série qu’on a pu faire notre film.

HQ: Lentement, on sent que Turbo Kid devient une solide bannière — une suite s’en vient, il y a une BD de Jeik Dion, il a eu différentes éditions du film, etc. —; est-ce que la même chose pourrait arriver avec Summer of 84? Vous vous voyiez tourner une suite?

RKSS: Sans trop en dire sur le film, il y aurait peut-être une possibilité. Je ne sais pas si on revisiterait cet univers. On ne va pas nécessairement faire des suites à tous nos films. Ça dépend du succès et de la demande. Il faut voir s’il y a encore quelque chose à raconter qui pourrait valoir la peine. Cela pourrait dépendre aussi des scénaristes et voir s’ils ont le goût de replonger.

Il pourrait y avoir du fan art et du cosplay pour Summer of 84, mais Turbo Kid a une réalité qui se prête mieux à ça. C’est plus comme un gros party et ça se rattache plus à ce genre de phénomène culturel comme les tatouages. Ce serait surprenant qu’il y en ait autant ici. Mais s’il y en a, on va être content.

HQ: En tant que cinéphile, après quelques films, on aime décortiquer les thèmes et certains choix des cinéastes. Y-at-il des éléments qui forgent la signature de RKSS après deux films?

RKSS: Avec Summer of 84, on a continué à développer notre style. Il est similaire à celui de Turbo Kid, même si c’est plus sérieux. Pour la musique, ça se sent. Jean-Philippe Bernier est responsable de la direction photo et compose la musique avec Jean-Nicholas Leupi et Le Matos. On aimerait les faire venir sur chaque projet. La musique, c’est l’âme du film.

On a aussi appris sur Turbo Kid que quand on n’a pas le temps de faire une scène au complet, qu’on avait prévue découper, on peut faire un plan d’ensemble. On l’a fait pour une scène de Turbo Kid qui est devenue l’une des bonnes. Elle se démarque, justement parce qu’elle n’est pas aussi découpée. Il y a pleins de petits trucs que les gens verront d’un film à l’autre.

On veut aussi que le film ait un cœur. On aime le gore et l’horreur, mais s’il n’y a aucun personnage attachant, ça ne sert à rien. On souhaite que les gens aiment nos personnages et qu’ils souhaitent les suivre durant 1h40.

HQ: Après sa victoire au dernier gala Québec Cinéma, Robin Aubert a exprimé une incompréhension des films de genres, et de leurs fans, par ses distributeurs. Ressentez-vous la même chose? Est-ce que le Québec minimise le cinéma de genre, mais aussi est-ce que pour vous, il est important que vos films aient une sortie physique?

RKSS: Nous avons été chanceux, parce qu’on a eu une sortie physique. Il y a eu une sortie Blu-ray dans presque 50 pays. C’est du cas par cas. Ça dépend du distributeur avec qui tu es. C’est difficile de répondre à cette question parce qu’on ne l’a pas vraiment vécu. Nous avons eu une super édition au Canada avec un coffret en métal. Peut-être que le fait que la version originale de notre film soit en anglais, ça a fait une différence. Je n’étais pas surpris de voir Les Affamés en édition espagnole parce que ce sont des tripeux. Ils avaient fait une édition de Turbo Kid hallucinante. Ça ressemblait presque à une boîte de jeu de société. Ça a touché notre âme (rires).

Au Québec, pour les films de genre, on n’a pas le choix de se forcer pour en faire des bons. C’est une manière de ne pas leur laisser le choix de les éditer et d’en parler. Nous sommes une gang de tripeux au Québec et si on nous donne une chance et de l’argent. Il y a pleins d’autres kids qui tripent comme nous.

Avec des succès comme Turbo Kid et Les Affamés, des institutions comme la Sodec ou Téléfilm Canada ont de plus en plus d’ouverture. À chaque année, ça s’améliore. Le public est là. Les films les plus populaires, même au Québec, sont les films de superhéros, donc le public veut du film de genre.

HQ: Pour vous, en tant que spectateurs, quand vous voyez un bon film d’horreur, est-ce que ça reste important de l’acheter pour le mettre dans une collection ou êtes-vous passé au numérique?

RKSS: Le temps nous pousse à louer. Et si vous le faites sur Cineplex, ça vous donne des points scènes que vous pouvez échanger (rires). On reste collectionneurs, mais par manque de temps ou par paresse, on opte pour la version numérique pour avoir le film plus rapidement. Des fois, ça aide pour des références quand on travaille sur d’autres projets. Si un film nous fait capoter, on se dit déjà qu’on va se le trouver en Blu-ray.  Dès fois, on loue, on aime et ensuite on l’achète. On veut avoir la pochette (rires).

On espère que Summer of 84 aura une sortie Blu-ray. On n’a pas encore eu cette discussion avec nos distributeurs, que ce soit aux États-Unis ou ici. On a un distributeur international qui a commencé à parler de Blu-ray, mais pour ici, on ne le sait pas encore.

HQ: La compagnie IceWorks a mis en chantier trois long-métrages sur le personnage d’Amos Daragon. Vous êtes associé au projet, mais est-ce qu’on peut vous demander quelques exclusivités? Ce sera avant ou après Turbo Kid 2?

RKSS: C’est très préliminaire pour Amos Daragon. Nous sommes au tout début du projet. Il n’y a pas grand-chose qu’on peut divulguer. Ce n’est pas que nous sommes secrets, mais c’est le tout début. On commence à rencontrer Brian Perrault [auteur et créateur de la saga Amos Daragon]. C’est un projet qui va prendre beaucoup de temps à développer. Ce sera sûrement après Turbo Kid 2.

HQ: Avez-vous quelque chose à nous annoncer pour Turbo Kid 2? J’ai envie d’oser vous demander carrément la question que tout le monde se pose et que vous devinez certainement (rires)?

RKSS: «Est-ce qu’Apple revient?». On ne sait pas (rires)! Nous sommes tombé en amour avec le personnage en écrivant le premier film et Laurence l’a amené à un autre niveau. Travailler avec Laurence, c’est hallucinant. C’est une actrice incroyable. On ne veut pas en dire plus, mais le film est en écriture.


Nous souhaitons la meilleure des carrières au collectif, dont les futurs projets semblent alléchants, et nous en profitons pour encourager nos lecteurs à acheter des billets le plus tôt possible pour la projection de Summer of 84, qui devraient se vendre assez rapidement.

Crédit photo: @albert.melamed

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