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L’actrice Adrienne Barbeau est reconnue pour de nombreux films et une multitude de présences à la télévision. Ses prestations inoubliables dans un grand nombre de long métrages d’épouvante cultes l’ont couronnée comme véritable Scream Queen. Elle fait dorénavant partie de ces icônes du genre.

Horreur Québec a eu la chance de s’entretenir avec cette légende lors du dernier Comiccon de Montréal:


Horreur Québec — Vous avez une filmographie des plus intéressantes et vous avez travaillé avec une série de maîtres de l’horreur. Parmi votre filmographie complète, quel film vous donne le plus de fierté?

Adrienne Barbeau — (Rires) Eh bien mon travail favori a été Carnivàle, que j’ai fait pour HBO. J’adore le personnage que j’y ai incarné, mais je ne pense pas que le public en général connaisse cette série autant que The Fog, Escape from New York ou Creepshow. J’ai passé un excellent moment sur Creepshow aussi. J’ai bien aimé jouer Billie.

HQ — Lequel de ces films inoubliables a le plus touché votre public? Si je joue les sadiques et vous demande de n’en choisir qu’un…

AB — (Rires) Je pense que c’est The Fog. Je crois que pour les fans, c’est The Fog le meilleur. La plupart des admirateurs se rappellent de The Fog. Il y a aussi un certain amour pour Swamp Thing, mais un peu moins prononcé. Je fais présentement un film avec Ray Wise justement, avec qui j’ai travaillé sur Swamp Thing, il y a plusieurs années.

HQ — Si on vous le demandait, aimeriez-vous revisiter ces rôles et jouer dans des suites qui pourraient se dérouler des années plus tard?

AB — (Rires) Oui, je crois bien.  Tout dépendant de qui réaliserait et écrirait. Malheureusement, je ne pourrais pas refaire Maggie (Escape from New York), parce qu’elle est morte.

HQ — C’était d’ailleurs une scène très intense et l’une des plus tristes du cinéma de John Carpenter.

Et vous savez, ce plan n’était pas dans la version originale. Quand on a tourné le film et qu’on l’a monté, cette image de Maggie morte ne figurait pas dans le film. J.J. Abrams, qui n’était qu’un jeune homme à l’époque, a demandé à John: «Mais qu’est-il arrivé à Maggie? Est-elle morte ou non?». Nous sommes donc retournés en tournage et nous avons tourné ce plan de moi morte dans mon propre garage (rires)!

HQ — J’apprécie ce plan personnellement, car je trouve qu’il augmente étrangement le côté dramatique de la finale du film.

AB — Oui, oui, vous avez raison. Cependant, il me serait impossible de revenir dans une suite.

HQ — Vous mentionnez Carnivàle comme votre rôle fétiche et il s’agit d’une série totalement unique qui marie très bien horreur et fantastique. Les fans ont longtemps espéré un retour de la série, qui s’est terminée trop rapidement. Si HBO décidait de continuer la série, avec Ruthie à bord, accepteriez-vous de revenir? Aucune crainte des serpents?

AB — Oh oui…je reviendrais! Les serpents ne m’effraient pas.

HQ — Vous êtes l’une de nos scream queens préférées et c’est très intéressant de constater que vous jouez des femmes étonnamment fortes dans la plupart de ces classiques. Est-ce que c’est un facteur important pour vous? Même dans le téléfilm de John Carpenter Someone’s Watching Me!, on sent votre personnage très solide. Auriez-vous aimé jouer des personnages plus «victimes» de temps en temps?

AB — (Rires) J’ai été la première femme gaie à la télévision avec Someone’s Watching Me!, vous savez? Quand mon personnage parle de ses amours, elle fait référence à sa petite amie. C’est très intéressant. Je ne pense pas que je serais si crédible en victime. Je n’aime pas jouer les victimes, parce que je ne veux pas voir les femmes comme étant des victimes.

HQ — Impossible pour nous de passer sous silence votre participation à Death House, qu’on annonce comme la version horreur de The Expendables. Nous savons que vous êtes associé au projet en tant que narratrice, mais avez-vous eu la chance d’aller sur le plateau avec ces autres légendes du genre, que vous connaissez certainement?

AB — Je ne suis pas une actrice réelle du film, mais on a utilisé ma voix. Quand le réalisateur m’a demandé si je voulais être dans le film, je me suis dit que c’était trop terrifiant pour moi (rires). Vous savez, je n’aime pas les films d’horreur (rires). J’ai quand même prêté ma voix. Je n’ai pas été sur le plateau. Au moment du tournage de Death House, je crois que jouais dans une pièce à Amsterdam. Je n’ai pas pu me rendre sur place et être en contact avec eux, même si je connais bien certains des acteurs, comme Dee Wallace.

HQ — Vous êtes supposé tenir un rôle dans Love Bites, qui sera adapté d’un texte que vous avez écrit et qui sera produit par Felissa Rose (Sleepaway Camp). Quelle est la différence pour vous entre le métier d’actrice et celui d’écrivaine?

AB — La merveilleuse chose à propos de l’écriture, c’est que je ne dépends de personne d’autre pour être créatrice. Je n’ai pas à attendre un scénario, qu’un producteur trouve les fonds ou même à auditionner pour un rôle. Je peux simplement m’assoir toute seule et travailler par moi-même. Je n’ai jamais anticipé l’écriture dans ma carrière, mais suite à une série d’événements, j’ai suivi un cours d’écriture et mon premier livre est sorti. Il se nomme There Are Worse Things I Could Do et il vient même de paraître sur Amazon en format ebook. Ce livre raconte justement l’histoire que j’ai vécue à travailler sur tous ces films. J’y parle de John Carpernter, mais aussi de Romero et des films que j’ai tournés.

Après le succès de mes mémoires, on m’a approché pour co-écrire ce qui est devenu la série Vampyres of Hollywood et j’ai écrit le second volet, Love Bites. C’est amusant car l’histoire renferme une convention pour fans d’horreur et le personnage principal est une scream queen, qui est, en fait, une vampire. Les membres de son clan sont d’anciens acteurs d’Hollywood comme Orson Welles et Mary Pickford. Harrisson Smith, qui a produit et réalisé Death House, a lu mon épisode et a demandé à en faire un film. Il est donc venu me voir et a co-écrit le scénario. Il est en plein processus de création, avec Felissa Rose comme partenaire. Ils travaillent sur le financement et on espère que nous pourrons voir le film bientôt. Ce ne sera probablement pas le titre, en revanche. Je crois que le titre pour la production est Veins.

HQ — Nous sommes anxieux de voir ça. Vous avez œuvré dans différents pôles de l’industrie. Aimeriez-vous tenter le coup en tant que réalisatrice?

AB — Non. Je ne suis pas du tout intéressée par la réalisation. Je pense que je pourrais diriger des acteurs, en voyant ce qui peut peut-être manquer dans une performance. En revanche, je n’ai aucune compréhension de la caméra, de l’éclairage ou autres. Mon cerveau ne fonctionne pas de cette manière. Je fonctionne davantage avec un crayon ou un stylo.

HQ — On a cet impression parfois que l’horreur est davantage présent à la télévision qu’au cinéma, dorénavant. Vous avez joué dans la sitcom Maude, dans les années 1970, reconnu pour son audace et on vous retrouve près de 30 ans plus tard dans la série fantastique Carnivàle, qui mélange probablement plus intelligemment horreur et fantastique que bien des films modernes. Que pensez-vous de l’évolution de la télévision entre ces époques?

AB — Parfois je me demande si la télévision n’a pas régressé au lieu d’évoluer. On a l’impression que notre société entière tente d’y résoudre tous les problèmes sociaux. Je ne sais pas si je suis la personne idéale pour parler de la télévision. Je ne regarde pas tellement ce qui est diffusé par des chaînes spécialisées. Je regarde davantage des séries britanniques avec des détectives (rires). Je ne suis pas très au courant de ce qu’on diffuse ces derniers temps. Il y a certainement une évolution quand on pense aux différents marchés.

J’ai parlé récemment à un ami à moi, Toby Huss, qui était dans Carnivàle. Je venais de le voir dans un épisode d’une série que je ne connaissais pas du tout. Je me suis empressée de lui envoyer un courriel et je l’ai félicité pour sa nouvelle série. Il m’a répondu que l’émission était diffusée depuis déjà trois ans (rires). Il y a tellement de produits, si on pense au streaming, au câble et aux chaînes spécialisées. Il devient impossible de tout voir. C’est une bonne chose pour les gens comme moi, qui travaillent dans l’industrie.

HQ — Avez-vous vu une différence au niveau du tournage de ces classiques que vous avez faits dans les années 80 et votre participation récente au film Argo, qui est quand même une très grosse production?

AB — Les films auxquels j’ai participé dans les années 80 étaient certainement faits avec des budgets plus modestes. Ces films étaient réalisés sans CGI. Des gens y voient un avantage et d’autres détestent ça. Je dirais qu’il y avait donc plus de «réalité» sur les tournages. Je n’ai jamais vu le remake de The Fog, mais plusieurs n’ont pas aimé le film parce qu’ils n’ont pas reproduit les techniques que nous devions utiliser à l’époque. Jouer dans The Fog durant les années 80 était quelque chose de salissant. Il fallait utiliser du liquide pour faire le brouillard et c’était tout une entreprise.

HQ — Qui valait la peine. Le film n’est pas seulement l’un des meilleurs Carpenter, mais c’est aussi l’un des grands films d’horreur de cette décennie. Et vous y étiez impériale.

AB — Merci beaucoup.

HQ — Pouvez-vous nous parler de vos projets futurs dont les fans n’ont pas entendu parler?

AB — Bien sûr. Comme je le mentionnais plus tôt, je tourne actuellement un film avec Ray Wise. J’aurais aimé rester à Montréal pour explorer la ville, mais je dois quitter immédiatement après cette convention pour tourner un film qui s’appelle The Chain. Le film est réalisé par un excellent jeune cinéaste qui s’appelle David Martin Porras. C’est un thriller psychologique. J’ai un autre film de terminé, mais dont j’ignore la date de sortie. Ils ont changé le titre récemment je crois pour Gates of Darkness. Le film est avec John Savage, Tobin Bell et Lesley-Anne Down. Il y aura aussi Death House, dont je fais la narration et on espère pouvoir enchaîner bientôt avec Love Bites.


En attendant de renouer leur longue histoire d’amour avec l’actrice, qui reviendra bientôt sur les écrans, les cinéphiles peuvent se rabattre sur de somptueuses éditions de plusieurs de ses films antérieurs parus chez Scream Factory.

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