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Dissection pour collectionneurs: Fright Night de Twilight Time
Le Film9
Les suppléments7
Le transfert8
8Note Finale

Le simple fait d’offrir Fright Night sur Blu-Ray, en zone 1, était un cadeau inestimable pour tout fan d’horreur. Ce film contemporain, à la sauce gothique, ne cesse d’élargir sa popularité avec les années qui défilent. Le crédit en revient, certes, à son cinéaste, qui a su lui insuffler des qualités esthétiques et techniques qui n’ont pas pris une ride. Devenu un véritable film d’épouvante emblématique des années 1980, Fright Night doit également beaucoup à ses thèmes universels. On y retrouve la distanciation d’une jeune génération en crise face aux adultes absents, mais aussi la découverte de l’amour et de la sexualité. Par ailleurs, plusieurs y perçoivent une dimension homoérotique entre les personnages d’Evil Ed et de Jerry Dandridge. Cela souligne, d’une manière assez profonde, l’archétype de l’outsider, ressenti par toute minorité, quelle qu’elle soit. Les stéréotypes qui alimentent le quotidien ne sont pas si différents trente ans plus tard. Même le voyeurisme, qui devient le catalyseur de l’intrigue, à la manière Rear Window, est toujours d’actualité.

Adoptant un style «eighties», Tom Holland a l’ingéniosité d’emprunter plusieurs figures du cinéma d’horreur aux décennies passées, notamment aux studios Hammer et à Roger Corman. Surpassant le simple hommage au cinéma gothique, il tente, comme il l’explique lui-même sur la piste de commentaires, de réintroduire son style. Son fictif chasseur de vampires (qui devient dans sa vie ce qu’il incarne au cinéma) est un Peter Cushing moderne, dont le nom Peter (Cushing) Vincent (Price) est sémantiquement motivé. Le vampire qu’il propose est une relecture directe du Dracula de Christopher Lee, et Amanda Bearse rappelle facilement l’actrice Barbara Shelley, reconnue pour son appartenance aux studios Hammer. En résumé, la richesse de Fright Night est indiscutable. Holland y livre, pour ainsi dire, une thèse sur tout ce qui a été tourné sur le sujet avant lui. Cette étude se fait par le biais d’acteurs de talent. Roddy McDowell est un enfant d’Hollywood qui est passé sous la houlette d’une série de maîtres, alors que Chris Sarandon avait reçu une nomination aux Oscars, dix ans plus tôt, pour son rôle de soutien dans Dog Day Afternoon. Les jeunes interprètes sont également convaincants.

Le DVD de Columbia avait bien besoin d’une mise à jour et c’est la compagnie Twilight Time qui en a fait ses choux gras en offrant un Blu-ray limité à 3 000 exemplaires en 2011 et ensuite un second, pour célébrer les 30 ans du film, en 2015, cette fois en 5 000 copies. Notre approche traitera de cette seconde version. Au moment de la prévente, le serveur de Twilight Time avait du mal à fournir, tellement le site était bondé et le disque a été rapidement épuisé. Il n’est pas rare de le voir en vente sur plusieurs plates-formes pour plus de cent dollars américains.

Le transfert de cette édition surprend par sa clarté. Certains détails lors de scènes plus sombres, nous semblent mieux définis. En revanche, la résolution n’atteint aucunement le degré de perfection visible sur plusieurs Criterion, ce quoi Twilight Time semble aspirer. Niveau sonore, cette mouture renferme deux pistes audio: une version anglaise en 5.1 DTS et une seconde en 2.0 DTS. Comme il fallait s’y attendre, aucune version française ni sous-titres français ne sont disponibles.

Une panoplie d’extras s’ajoute au reste, dominée par les délicieux commentaires audio du réalisateur. On fournit également les bandes annonces, des capsules vintages, et une conférence de l’équipe, lors d’une réunion en 2008. Réussit-on le pari d’offrir une version de collection digne du long-métrage que l’on diffuse? Pas tout à fait. Il est déplorable d’énoncer le rapport qualité-prix lorsque l’on décortique les qualités plus techniques d’un Blu-ray. Nous allons donc en faire abstraction pour l’évaluation finale, ce qui avantage énormément cette parution. Les publicités nous promettaient le Saint-Graal, et on peut affirmer que ce n’est pas exactement le cas. Si la jaquette est très belle (le mérite est attribuable à l’affiche), le livret informatif ne se limite qu’à un très court essai de la spécialiste Julie Kirgo.

Néanmoins, le véritable reproche que l’on peut faire à cette sortie, outre son prix démesuré (même en l’achetant sur le champs, si vous étiez dans les 5 000 élus, son coût surpassait celui d’un Criterion), c’est sa lacune en documentaires plus récents, tournés spécifiquement pour ce Blu-ray. Un véritable classique se mesure par sa longévité, et il aurait été pertinent (et plus intimiste que le panel de 2008) d’y voir chacun des artisans parler de sa propre expérience du film, un peu a la manière dont plusieurs compétiteurs le font.

Comme le marché de la vidéo est une roue sans fin, sachez qu’une restauration 4K sera bientôt disponible en Europe, avec trois documentaires récents de 2016. Il serait donc souhaitable, pour nous, qu’une compagnie américaine puisse mettre la main dessus et nous l’offre à un prix respectable.

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