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Dissection pour collectionneurs: The Beyond de Grindhouse Releasing
Le Film8.8
Les suppléments10
Le Transfert7.8
8.9Note Finale
Note des lecteurs: (1 Vote)
9.0

Au moment où elle rénove l’hôtel dont elle vient d’hériter, une jeune femme découvre que celui-ci est un gîte camouflant l’une des septs portes de l’enfer. Un peintre y a d’ailleurs été jadis torturé, pour avoir osé achever un tableau montrant l’enfer.

C’est à travers sa réappropriation de la Bible, ses influences mythologiques et son utilisation d’un lieu reconnu comme étant hanté par les morts, la Nouvelle-Orléans, que The Beyond propose une fosse inépuisable de richesses. Est-ce que, neuf ans avant son A Cat in the Brain, où il se mettra lui-même en scène de manière humoristique pour faire un pied-de-nez aux critiques, le cinéaste aurait pu s’inclure, métaphoriquement parlant, dans The Beyond. On parle des traits de l’artiste Schweik, bien sûr, lynché pour avoir montré ce qu’il ne faut pas voir? Certains fans s’amusent à extrapoler sur la question. La réflexion peut prendre une drôle de tournure si l’on constate que le peintre est crucifié, avant de ressusciter, comme le Christ. Fulci aurait-il osé s’attribuer, à la blague, ce postulat christique, pour se montrer en martyr des critiques, mais aussi comme véritable seigneur des ténèbres? Quelle soit vraie ou pure spéculation, cette idée concorde bien avec ce personnage excentrique, qui semblait plus grand que nature. En revanche, le film ne se gêne aucunement pour reprendre certains thèmes de la Bible. Les septs portes s’ouvrant sur l’enfer se rapportent au septs jours de la création, ou aux septs péchés capitaux. On pourrait ajouter qu’Emily est une sorte d’ange annonciateur du diable, en opposition à l’ange Gabriel. La finale du long métrage dans l’hôpital nous montre une Liza aux prises avec des stigmates. Selon la tradition, ces dernières se marient souvent avec des visions qui concernent, notamment, la passion du Christ. Si la protagoniste perçoit différentes apparitions, elle apercevra le peintre crucifié, substitut maléfique du sauveur, qui intervient, selon certains croyances, lors d’expérimentations antérieures à la fin du monde.

Par conséquent, il est également difficile de ne pas y ressentir une certaine approche mythologique dans différentes scènes. Par exemple, cette composition visuelle du plan qui expose le pont où Emily se dresse, avec un chien, pour empêcher l’héroïne de traverser. Comme si son berger Allemand était un cerbère l’aidant à garder l’entrée vers l’enfer. La seconde mort de la jeune aveugle (possiblement morte auparavant) va également dans ce sens. Ces clébards de l’enfer avaient pour tâche d’empêcher les morts de s’enfuir, et la non-voyante est une âme en fuite. À la manière dont les Cénobites d’Hellraiser viennent récupérer l’âme de Frank, les ténèbres viennent ici reprendre Emily. Craintive durant la totalité du film, elle mentionnera que Schweik en est le responsable, et lui dit même qu’elle ne veut pas retourner d’où elle vient. Le lien devient palpable. Elle devient presque un miroir négatif d’Orphée, montant des ténèbres sur terre pour essayer de sauver Liza, au lieu de plonger aux enfer pour délivrer Eurydice. Le lecteur peut également se rappeler que ce héros grecque avait réussi cet exploit en endormant les cerbères, justement.

Maintenant, d’où peut provenir se champs lexical de l’œil présent dans The Beyond? Du voyeurisme flagrant qui peut définir notre amour du gore ou ne s’agit-il en fait que d’une stratégie budgétaire répétant le même trucage à différents moments? Œdipe se crève les yeux pour des raisons morales. Il a commis l’impensable, comme nous, spectateurs, en quête d’effets sanguinolents. Les énucléations s’enchaînent dans le film, mais on glisse une réelle importance à ce sens qu’est la vue. Emily est une jeune fille aveugle, dont le handicap provient certainement de son passage aux enfers. De son côté, Liza semble voir des choses que personne ne voit. Doit-on considérer l’œil comme organe, ou davantage comme catalyseur symbolique? Une scène chargée de songes dévoile le personnage d’Emily toucher la toile du peintre, qu’elle semble voir avec ses mains. En perdant l’usage de la vue, les victimes deviennent-il les pantins de Schweik? C’est comme si le fait d’être aveugle leur permettait de voir la vie réelle, c’est-à-dire l’enfer. L’ablation des yeux pourrait être un rituel de passage. L’absence de visibilité ne permet-elle pas de voir, ou de percevoir, l’au-delà?

De plus, le panorama de la Nouvelle-Orléans est très bien illustré lors des scènes urbaines, ornées des couleurs chaudes, et soumettant cette influence plus festive parsemée de jazz. L’opposition avec les segments horrifiques, optant pour des teintes plus froides, n’en sera qu’aiguisée. Le récit va même ramener à la surface une macabre portion historique de la Nouvelle-Orléans, en révélant les restes de l’artiste qui surgissent du sol de la cave immergée. On se souviendra que les premiers résidents de cette ville de la Louisinae peinaient à inhumer leurs défunts. La terre où les habitants vivaient étant située sous le niveau de la mer, les cadavres ne restaient pas sous la boue très longtemps si les eaux montaient. L’idée devient récurrente dans le film, puisque Martha verra aussi une carcasse jaillir de la baignoire.

Lucio Fulci occupe une place privilégiée dans le décor du cinéma d’épouvante, puisqu’il suscite encore assez d’intérêts pour qu’un grand nombre de ses films soient édités de manière honorables, et ce, depuis l’ère du DVD. Il est d’autant plus choyé que ses œuvres, très souvent méprisées lors de leur sorties en salles, connaissent une renaissance avec les nouveaux médiums. Et cette longévité, à travers le monde, est plus que méritée.

Pièce maîtresse de la filmographie de Lucio Fulci, The Beyond, un peu bafouée à sa sortie par la critique, se voit donc lentement réévaluer au fil des années et impose dorénavant un certain respect. Le plus triste, c’est que le cinéaste n’est plus de ce monde pour constater l’impact de son oeuvre, après des décennies. Il y a quelques années, la cinémathèque québécoise a projeté une copie en version française du spectacle sur grand écran. Durant le visionnement, on aurait pu entendre une mouche voler. Une ambiance éloignée et différentes de ce qu’on peut retrouver lors de Festivals comme Fantasia ou le Afterdark. Cela semblait démontrer une politesse et une considération presque déstabilisante pour le long-métrage. Les fans présents se demandaient tous si la salle appréciait réellement le spectacle ou s’agissait-il simplement d’un manque d’enthousiasme? L’après-séance a pourtant opté pour la première hypothèse. Des spectateurs, remontés sur terre après cette descente aux enfers, dissertaient intellectuellement des qualités du film.

Le film de Fulci est avant tout une expérience pour nos sens. On pourrait lui trouver ce point en commun avec les surréalistes qui s’intéressent souvent plus à la texture qu’au contenu, et ce, même si son cinéma reste narratif. Dans The Beyond, tout devient un prétexte pour plonger dans la peur. Le langage filmique sert presque exclusivement à générer l’inconfort, la peur et le dégoût. La force du cinéaste n’a jamais été la puissance de ses histoires, ou encore la cohérence. C’est un film où l’horreur y est pure. Même si certains y reprochent son absence de linéarité (comme à ses autres films), c’est cette étrangeté qui confère souvent au maître sa grande force, puisqu’elle nous déstabilise. N’a-t-on jamais fait des reproches similaires à Howard Phillips Lovecraft et a William S. Burroughs? Comme véritable poète du macabre, les scènes de Fulci s’enchaînent à la manière des vers d’un poème. Elles peuvent être conséquentes entre-elles, comme disparates. Le réalisateur ne se gêne jamais pour proposer des insistances, des gros plans, voir des arrêts narratifs de ses histoires, pour nous proposer de l’horreur crade et granguignolesque. Il scrute les ébats que se livrent le corps humain et la violence d’une manière presque pornographique. Le réalisateur Christophe Gans (Silent Hill, Le pacte des loups) a justement décrit le cinéma de Fulci comme étant du cinéma d’horreur «pornographique». Le film The Beyond bénéficie d’une bande son très travaillée. La musique du légendaire Fabio Frizzi, pétarade une symphonie funèbre aux accents rock, alors qu’une multitude d’effets sonores inquiétants nous préviennent souvent de l’arrivée des assaillants. Rarement a-t-on pu entendre des grognements aussi terrifiants. La cinématographie stylisée de Sergio Salvati libère un surréalisme inoubliable, qui capte de manière assez subversive les maquillages de Giannetto De Rossi, surprenant pour l’époque. Si certains effets pourront sembler factices aux amateurs de CGI, ils n’en possèdent pas moins une facture artistique indéniable. Ses services seront requis, par la suite, par Alexandre Aja pour son inoubliable Haute tension.

Cette édition de collection du distributeur Grindhouse ne présente pas le film en 4K, ce qui est déplorable, mais offre quand même une qualité visuelle assez soignée. Les puristes pourront y déceler certains grains, mais le «upgrade» depuis le DVD d’Anchor Bay demeure colossal. Niveau sonore, on offre quatre sons différents. Un remixage DTS-HD en 5.1, effectué par Paul Ottoson, gagnant d’un Oscar pour son travail sonore sur Zero Dark Thirty. Avec cette piste, la musique de Fabio Frizzi devient plus envoûtante que jamais. Se joint également un nouvel arrangement en Dolby Digital 2.0, le son original mono de la version anglaise en DTS-HD 1.0 et la version originale italienne en Dolby Digital 1,0.

Comme il fallait s’y attendre, Grindhouse délivre un commentaire audio de David Warbeck et Catriona MacColl, qui nous racontent le tournage de cette production. Les deux acteurs reviendront dans certaines capsules, filmés lors de différents événements. Un esprit cynique pourrait mentionner certaines redondances, mais les fanatiques qui achèteront ce titre ne pourront se lasser de les entendre parler. Qui plus est, les différentes observations de MacColl portent souvent sur les deux autres pépites qu’elle a tournées avec le maestro italien. Impossible pour tous admirateurs de passer à côté de cette édition, qui complète à merveille l’ouvrage Beyond Terror, the films of Lucio Fulci, publié chez Fab Press (pour ne nommer que celui-ci). Un documentaire sur la genèse de cette œuvre d’art regroupe une série de réflexions avec plusieurs techniciens du film, dont Fabio Frizzi qui renchérit avec les anecdotes sur son travail avec Fulci. Par ailleurs, il est fascinant d’entendre Antonella Fulci nous expliquer ses expériences sur le plateau de son père. Même si cette scène devrait toujours être présentée en sépia, le Blu-ray contient l’ouverture du film en couleurs, qui proviendrait d’une copie Allemande. Comme cadeau supplémentaire, cette mouture offre la trame sonore du long métrage et une double jaquette contenant deux affiches différentes de ce trésor. Une prochaine édition 4K pourrait ne pas avoir autant de suppléments. Cet achat devient donc impératif pour tout collectionneur.

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