S'enregistrer
Votre mot de passe vous sera envoyé.

Edouard H. Bond s’est fait connaître dans les dernières années auprès des fans d’horreur et de trash avec ses romans Prison de poupées, Maudits! ou encore Les Verrats. En 2013, l’auteur a scénarisé La Chienne (à voir ici, si ce n’est déjà fait!), un court-métrage d’horreur, réalisé par Sébastien Landry et Laurence «Baz» Morais, qui s’est entre autres mérité les prix du public de la 13e édition de Festival SPASM et de la 15e édition de Vitesse Lumière.

Cette année, le trio infernal est de retour pour Game of Death, une websérie ultra sanglante où 7 adolescents tombent sur un jeu de table qui les poussera à faire des choix déchirants. La série a été présentée en première mondiale le mois dernier à South by Southwest au Texas, une projection qui n’est pas passée inaperçue et qui a fait couler beaucoup d’encre du côté des médias américains.

Horreur Québec s’est entretenu avec Edouard H. Bond, question d’en apprendre plus sur Game of Death et ses goûts en littérature et cinéma trash:


Horreur Québec — Comment as-tu rencontré Sébastien Landry et Laurence «Baz» Morais, les réalisateurs du film?

Edouard H. Bond — Baz, je l’ai connu parce que mon coloc était ami avec lui; ils ont tourné Danse ta poutine de Omnikrom chez nous. Seb Landry je l’ai connu dans une entrevue vidéo pour mes romans pour le site Ton Petit Lait. Y m’ont amené au Kingdom, un bar de danseuses, pis j’me suis mis à dire que j’avais pas de job, j’ai parlé de mes kids, etc. J’étais très émotif devant la p’tite fille de 18 ans qui se déshabillait. Seb est venu me voir ensuite pour me demander si j’avais un projet de websérie et c’est devenu La Chienne.

HQ — Vous avez eu la chance d’aller écrire le scénario du film au Texas. Comment s’est passée l’expérience d’écriture?

EHB — Une partie oui. En 2015, pendant l’été, on a écrit une bonne première version dans les bureaux de Seb pis Baz, mais y manquait du stock pis à l’automne ils allaient à Austin au Texas pour le mariage d’un de leurs chums. Ça nous revenait pas beaucoup plus cher que de louer un chalet icitte, faqu’on s’est loué une petite maison là-bas.

ALERTE AU DIVULGACHEUR: la scène du gros massacre dans notre film, on l’a justement écrite dans un café près de la tour où Charles Whitman a tué plein de gens en 1966. J’suis un grand fan de true crimes. On a pris une photo d’ailleurs où trois des victimes ont été tuées. I know, c’est weird. Que le film sorte en premier là-bas, c’est vraiment fou.

HQ — Justement, à peu près tous les médias ont parlé de Game of Death à SXSW. Vous attendiez-vous à toute cette couverture?

EHB — Moi, non. Les producteurs voulaient que le film soit fait en anglais. J’ai trouvé ça parfait parce qu’on s’en crisse souvent des films d’horreur qui se font icitte. Faut pas faire des films d’horreur pour les Québécois, faut juste faire des films d’horreur tout court.

Au début, Seb pis Baz rêvaient de lancer le film à Sundance. Moi j’me disais que c’était trop gros, qu’on l’aurait pas. J’leur disais South by Southwest, c’est la place! C’est le Cannes des punks, c’est là qu’il fallait sortir notre film. On l’a eu!

Quand j’ai vu la critique du Variety, c’est sûr que j’étais sur un high. C’est le fun de ploguer une critique de Variety sur ton wall Facebook, mais j’aime mieux celles des blogues plus intimes. C’est ces critiques-là qui vont rejoindre les vrais fans, c’est beaucoup plus direct. J’m’en câlice de l’industrie, j’veux parler directement aux fans.

HQ — Le film est apparemment très sanglant. Sans trop en dévoiler, à quel genre de massacre peut-on s’attendre?

EHB — J’pensais pas qu’y avait tant de gore que ça. Mais j’me suis rendu compte en revoyant le film récemment que c’est vrai qu’y a pas mal de sang. Les personnages sont couverts de sang du début à la fin. Pis quand y a des scènes gores, quand y a le massacre, ça niaise pas.

Quand j’étais adolescent, j’aurais eu tellement de fun de voir ce film-là! J’aurais moins trippé sur l’histoire, le off-beat m’aurait tapé un peu sur les nerfs, mais les scènes sanglantes, j’aurais adoré j’pense.

HQ — En dessous des litres de sang et du gore, on promet tout de même de nous remettre en question. Quels thèmes vouliez-vous aborder avec Game of Death?

EHB — On voulait aborder le «kill or be killed». On en a beaucoup parlé en meeting, mais moi j’trouve que ça transparaît pas tant que ça dans le film, à part quelques bouts de dialogues. Le scénario a été adapté en anglais et le travail de Philip [Kalin-Hajdu] est merveilleux. Y a aussi une portion qui a été retravaillée où j’étais p’us vraiment dans le loop. Je trouve qu’on n’était pas obligé d’aller dans cette direction-là.

J’aime quand on est plus dans l’action. Quand j’écris, y a pas de morale. J’haïs me faire faire la morale pis j’haïs me faire faire l’immoralité aussi à l’inverse. C’est une portion du scénario où j’étais moins down.

HQ — As-tu d’autres projets horrifiques à venir?

EHB — Je travaille sur un pitch présentement pis le producteur de Game of Death est intéressé à voir ça. C’est de l’horreur trash, pour faire changement t’sais. J’ai un autre projet de scénario aussi, mais pas horreur pantoute. Celui-là par exemple, j’dis rien!

***

HQ — Comment es-tu tombé en amour avec le trash?

EHB — Ti-cul, avec mon voisin, on se cachait pour regarder des films d’horreur. Ma mère me l’avait toujours interdit. Quand j’ai vu Jaws pour la première fois, fallait que j’me ferme les yeux à chaque fois où y avait le requin, mettons que c’tait pas mal plus épeurant de même. Mais ma mère était aussi une grande fan de films d’horreur. Quand j’ai eu 11 ou 12 ans, elle s’est mise à m’en conseiller.

Un des premiers films qu’elle m’a conseillé c’était La dernière maison sur la gauche! Ç’a pas mal été mon premier contact avec quelque chose d’un peu plus trash. On n’est pas dans le body count ou dans le film de peur, mais plus dans une histoire déstabilisante, de quoi qui dégoûte de l’humain carrément. Pour moi le trash, faut que ça répugne. Ma première relation d’amour avec le trash c’est donc… avec ma mère!

HQ — Est-ce qu’il y a encore des films qui parviennent à te choquer?

EHB — Y a un film que j’veux jamais voir, parce que je ne veux pas encourager ça: A Serbian Film. J’aime le trash, mais ce genre de trash-là, j’veux rien savoir. Le dude qui a fait le film est même pas capable d’expliquer sa démarche. J’ai beau être assez lousse sur le concept de choquer pour choquer, c’te film-là m’intéresse pas pantoute.

Par contre, j’suis un fan des Human Centipede. Mon chum Samson pis moi on s’est tapé les trois en une soirée quand le dernier est sorti. Tom Six, j’trouve son trash intéressant. Les trois films ont un genre différent. T’as le film allemand un peu dégueu, t’as le film british, un peu comique, mais vraiment over the top pis finalement t’as le film américain, très B-movie et niaiseux, que tout le monde a trouvé mauvais, mais qui a quand même sa place dans la trilogie. J’ai trouvé ça merveilleux! Dans mes récents coups de cœur trash, Tom Six c’est mon préféré. J’ai vraiment hâte de voir son prochain film.

J’suis triste que John Waters fasse pu rien, mais j’comprends aussi qu’avec l’âge t’sais. Je l’adore. Il a donné la parole aux puckés, aux laids, aux punks. Lui la laideur, il nous l’a servie comme étant quelque chose de magnifique.

Sinon Lars von Trier, c’est une des meilleures choses à mettre pendant une date Tinder. Tu mets Antichrist ou Nymphomaniac, t’es sûr de scorer.

HQ — As-tu l’intention d’écrire d’autres romans dans ta carrière?

EHB — J’en ai écrit deux qui ne seront pas publiés. Brûle en Enfer que j’ai pris quatre ans à écrire. Les éditeurs me demandent trop de changements, trop de trucs à enlever. Quand j’ai écris ce livre-là, c’était une réponse à Les Verrats – mon livre «populaire» qui n’a pas vraiment trouvé son lecteur. J’me suis dis que j’allais faire un livre juste hyper trash et y a 3-4 histoires qui s’entremêlent faque c’est trop pour les éditeurs.

Après j’ai écris la suite, Enfant d’chienne, qui se trouve à être le «tournage» de Brûle en Enfer. C’est un genre de whodunit. Faque c’est sûr qu’y a pas un éditeur qui est intéressé à le publier tout seul. En plus, c’est mon roman d’amour. Ça c’est trash de parler d’amour quand t’es Ed Hardcore!

HQ — Qu’est-ce qu’il y a de différent pour toi dans l’écriture d’un livre et l’écriture d’un scénario de film?

EHB — Si j’écris un livre, comme dans Brûle en Enfer, j’peux mettre une invasion de scutigères géants dans la ville de Montréal. Quand j’écris un scénario, j’peux pas faire ça. À moins de me dire qu’y va y avoir des effets spéciaux poches.

Dans Brûle en Enfer aussi, j’commence avec la phrase: «j’pue du batte». Un film qui commence avec ça, j’suis pas certain…

Les codes de l’horreur dans les films, faut souvent trop les respecter. Dans les romans par contre, tu peux plus jouer avec, ou carrément t’en crisser.

HQ — On te donne carte blanche (et un chèque en blanc) pour écrire un scénario. De quoi ça parle?

EHB — Moi, les monster movies, j’adore ça. J’suis un fan de H.G. Wells. L’île du Docteur Moreau. J’trip sur les loups garous. J’partirais dans cette direction-là.

C’que j’aime, c’est de les mettre dans des situations du quotidien, comme si c’était normal. Mettons, comme toi t’es un loup-garou pis là tu me dis qu’y faut que tu rentres chez vous parce que sinon t’arraches la tête à tout le monde dans le bar icitte. Y a des scutigères géants dans la rue? Ok, ben va falloir attendre un p’tit 2 heures qu’y aillent se cacher avant qu’on rentre chez nous. On boirait des shooters de tequila en attendant.

Mais carte blanche? Y aurait de l’horreur assez extrême pis y aurait d’la porn.

HQ — Ton roman d’horreur préféré?

EHB — Helter Skelter. Comme je disais tantôt, je lis beaucoup de true crimes. C’est un classique au même titre que It est un classique de Stephen King. Ça fait peur, c’est arrivé pour vrai, c’est malade mental. J’aimerais vraiment ça un jour écrire sur les sectes.

J’ai toujours voulu écrire un roman qui s’appellerait Culte pour que, sur le cover, ce soit marqué «Edouard H, Bond, Culte». Ce serait la seule joke du livre, le reste serait super sérieux.

***

HQ — Justement, donne-nous tes 6 films d’horreur cultes:

  1. Funny Game de Haneke. C’est mon film préféré à vie. Pour moi c’est le film parfait. T’as le trash, t’as le regard sur le cinéma, t’as une violence extrême pis t’as des personnages tight en crisse.
  2. La dernière maison sur la gauche, à cause de l’histoire tordue, le rape and revenge en ces temps de culture du viol t’sais. Même le remake, je l’ai trouvé le fun.
  3. Night of the Living Dead. Celui-là m’a fait peur. J’étais jeune pis dans ce temps-là je regardais des Vendredi 13, mais qu’un film en noir et blanc, vieux comme ça, me terrorise à ce point… C’est un grand film.
  4. The Evil Dead, le premier. Le deux est vraiment excellent, mais le premier, quand j’étais jeune j’me souviens, sur la pochette au club vidéo c’était écrit «interdit aux moins de 18 ans» et «le film le plus épeurant du monde» ou quelque chose comme ça. On a pris du temps avant d’avoir le guts de le louer. On s’est dit qu’on avait besoin de s’entrainer avant. Quand on l’a finalement loué, on n’a pas été déçus. J’ai aussi adoré le remake.
  5. Cannibal Holocaust. Pour moi ça été un choc. Tu montres à n’importe quel être humain Cannibal Holocaust pis cette personne-là devient en tabarnac après toi et après ceux qui ont fait le film. Ça c’est pas juste venir toucher ton cœur, c’est venir l’écraser complètement.
  6. Jaws. À cause de ce film-là, même dans une piscine aujourd’hui, j’ai peur. La première fois où j’ai fait du snorkeling dans un voyage à Haïti, j’me suis un peu trop éloigné. Moi j’suis pas très en forme, mais quand j’m’en suis rendu compte, j’te jure qu’y a personne dans sa vie qui a nagé aussi vite que moi pour revenir sur la plage.

Ok, mais là faut que j’fuck ton 666 pis que j’en ajoute un autre:

7. An American Werewolf in London. Ce film-là mélange l’humour et l’horreur de façon tellement magistrale. Pour vrai, c’est le meilleur film à regarder avec une date. J’ai l’intention un jour d’aller faire le parcours du film en Angleterre avec un de mes chums.


Game of Death poursuit présentement sa route en festivals et sera présenté à Phoenix les 7 et 10 avril prochains, en Corée du Sud en mai puis à Sitges ainsi qu’à Sydney plus tard dans l’année.

Quant à nous, on devra patienter jusqu’au mois de juillet pour pouvoir l’attraper au Festival Fantasia dans une projection qui promet d’être complètement disjonctée!

 

Une réponse

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée.