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Éditions AdA lance aujourd’hui une toute nouvelle série de romans avec Les contes interdits, qui promettent de réinventer quelques-uns des classiques de notre enfance en véritables cauchemars horrifiques, à savoir: Peter Pan par Simon Rousseau; Les 3 petits cochons par Christian Boivin; Blanche Neige par L.P. Sicard et finalement Hansel et Gretel par Yvan Godbout.

Horreur Québec a profité de l’occasion pour s’entretenir avec l’auteur Yvan Godbout, originaire de Saint-Jean-sur-Richelieu et qui signe avec Hansel et Gretel son sixième roman d’épouvante, question d’en apprendre davantage sur cette nouvelle série et ses goûts en matière de littérature et cinéma d’horreur.


HQ – Peux-tu nous parler de l’idée derrière le collectif Les contes interdits, et plus particulièrement de ton roman Hansel et Gretel?

YG – C’est Simon Rousseau – auteur de Peter Pan pour la série – qui a parti l’idée de Les contes interdits et il m’a approché pour me demander si j’avais envie de faire partie du collectif. L’idée, c’était plus que de simplement reprendre des contes: on voulait faire quelque chose de très adulte. Les histoires s’adressent donc davantage à un public averti. On reprend les personnages connus, mais les trames sont complètement ré-imaginées. Les nouveaux thèmes sont plus contemporains, la plupart jouent avec des tabous assez forts. On jongle aussi avec certains clichés, mais on espère les avoir contourné!

Chacun des auteurs avaient carte blanche. Le conte de Barbe Bleue m’intéressait aussi beaucoup, mais quant à moi, c’est déjà pas mal assez horreur. Les personnages féminins à la Cendrillon, ça me rejoignait un peu moins – d’ailleurs j’ai trouvé L.P. Sicard vraiment courageux de choisir Blanche Neige et vous allez voir, il a vraiment fait quelque chose de très différent, et superbement écrit! J’ai donc décidé de sauter sur Hansel et Gretel. Déjà, le conte original est plutôt sombre et je trouvais que c’était un beau défi d’y aller encore plus fort. Je pense avoir réussi..!

Par contre, j’ai une petite crainte, parce que je suis allé très loin. Je raconte l’enfer vécu par deux enfants et j’ai l’impression que certains lecteurs – des parents surtout – vont trouver ça dur. Même mon fils de 25 ans m’a dit qu’il ne comprenait pas que quelqu’un ose publier un truc aussi infernal! Je touche vraiment à tous les tabous: inceste, viol, meurtre, pédophilie, sacrifice humains – bébés –, satanisme… Ça va faire grincer des dents.

HQ – Ton roman Cobayes, Olivier s’inscrivait également dans une série collective. Comment ça se passe l’écriture au sein d’un collectif?

YG – Pour Cobayes, c’est un peu particulier parce que j’ai embarqué dans le projet après tout le monde. L’auteur qui devait écrire Olivier a malheureusement quitté l’aventure et on m’a contacté pour savoir si j’étais intéressé de prendre la relève. J’avais aussi carte blanche, mais certaines règles étaient établies. Chacun avait son personnage. Tout ce que je savais donc c’est que le mien s’appelait Olivier et qu’il avait des cicatrices de brûlure. Le défi était davantage de suivre les lignes de temps. Les romans se passaient tous à peu près en même temps et il y avait des rencontres entre certains personnages. Il fallait donc que tout se suive, que ce soit au niveau de la météo, des jours de la semaine, etc.

C’était beaucoup plus rigoureux que pour Hansel et Gretel. Avec celui-là, je n’avais aucune restriction, sauf peut-être une que je ne peux pas vraiment dévoiler. C’est un personnage qui revient dans tous les romans, présenté différemment dans chacun des contes selon la vision que s’en ai fait l’auteur.

HQ – Ta carrière d’écrivain a débuté à l’aube de ta quarantaine avec L’Ogre des Marées. Pourquoi n’as-tu jamais pu publier de roman avant?

YG – Moi, ce qui m’a toujours le plus intéressé, c’est le cinéma. J’ai débuté l’université en histoire du cinéma, mais la vie a fait en sorte que je suis tombé père de famille assez jeune ; j’ai donc quitté mes études pour trouver un boulot, etc.

J’ai toujours un peu écrit, mais avec le tourbillon de la vie, je n’ai jamais vraiment terminé mes histoires et j’ai laissé un peu aller ça pour ma passion du cinéma. J’allais voir tout un tas de films et je lisais plein de livres ou revues sur le sujet.

C’est en relisant mes anciens récits que je me suis finalement replongé dedans. J’ai écris un premier roman qui s’appelle Le servant de messe, très autobiographique, mais tourné en thriller. Il ne sera jamais publié d’ailleurs, je le garde pour moi celui-là. Quand j’ai vu que j’avais été capable de faire un roman complet, je me suis dis que j’essaierais d’en faire un autre… C’est comme ça que mon premier roman (publié) est né.

HQ – Quel conseil donnerais-tu à quelqu’un qui aimerait se lancer dans la littérature de genre?

YG – C’est tellement difficile! Mon premier conseil serait d’être capable de prendre la critique – ce qui n’est vraiment pas facile. Moi, pour Les yeux jaunes, ça a vraiment été un petit miracle, mais j’ai beaucoup d’amis qui ont été refusés et ce n’est jamais agréable recevoir des lettres comme ça. Tu attends la réponse souvent pendant des mois et quand tu la reçois, tu n’as pas ou peu d’explication sur le refus. Il faut aussi être très rigoureux. C’est facile de procrastiner et remettre à plus tard. Moi qui trip sur les films, c’est difficile des fois le soir de mettre ça de côté pour avancer un récit. Mon dernier conseil ce serait de trouve son style. J’ai constaté que certaines personnes – je dis bien certaines! – écrivent un peu à la manière des traductions françaises de romans américains. C’est un peu froid, à mon humble avis.

HQ – On sent un intérêt pour le cinéma et la littérature de genre dans les médias populaires ces derniers temps. Est-ce que l’horreur au Québec se porte mieux en littérature qu’il y a 5 ou 10 ans?

YG – Oui absolument. Il y a 10 ans, à part Senécal, on ne trouvait pas grand chose. Les maisons d’édition ont plus d’ouverture pour le genre qu’avant. Avec Les yeux jaunes, si ça n’avait pas été du côté humoristique, je ne sais pas si la série aurait été publiée. La maison d’édition trouvait ça un peu trash. Ils ont pris une chance puis finalement, ça bien fonctionné. Même chose avec De Mortagne pour Cobayes: ils ont pris un gros risque, puis la réponse a vraiment été formidable. On en voit de plus en plus apparaître maintenant: Martin Michaud avec ses thrillers, Senécal est rendu à plus d’un million de livres vendus… Les gens en veulent plus!

HQ – Tu travailles présentement sur une nouvelle trilogie des vampires à la fois humoristique et horrifique. Peux-tu nous en dire plus? As-tu d’autres projets en manche?

YG – Je pense que ça fait trois ans que je suis là-dessus! Je me suis vraiment lancé dans quelque chose… J’ai commencé ça tout de suite après le premier tome de Les yeux jaunes et les choses ont évolué par la suite. On dirait que j’ai de la difficulté à revenir vers ce style-là aujourd’hui; le côté humour noir. Il y a encore des personnages très atypiques. L’un d’eux sort de prison et son compère est un vieux laitier qui a perdu une jambe… J’aurais envie de me lancer dans quelque chose de plus sérieux. J’ai donc mis le projet sur pause. J’ai 3 ou 4 autres manuscrits de commencés. Ça se pourrait que je ponde également un autre Conte interdit: je planche présentement sur le synopsis de Boucle d’or et les trois ours. Mais ça se peut que je plonge aussi finalement dans Barbe Bleue… On m’a proposé aussi un conte que connaissais très peu: La mort marraine. C’est vraiment effrayant comme histoire!

***

HQ – Comment es-tu tombé en amour avec la littérature et le cinéma d’horreur?

C’est difficile de répondre sans tomber dans les clichés! Dans les années 70, début 80, il y avait ce qu’on appelait les 24h du 10 à Télé-Métropole – TVA aujourd’hui. Des films jouaient toute la journée et la nuit, il y avait souvent des films d’horreur. Je me levais en cachette et descendais au sous-sol pour les écouter. C’est là où j’ai découvert des films comme The Entity, Phase IV, etc. Depuis ce temps-là, j’en mange!

HQ – Dirais-tu que c’est davantage le cinéma qui t’inspires donc?

Oui. C’est vraiment le cinéma qui m’a influencé. J’ai lu beaucoup de littérature aussi: Stephen King, Dean Koontz, Peter Straub, Clive Barker, etc. J’ai décroché un peu de ça dans les dernières années, je ne lis presque plus de littérature horrifique. Je lis beaucoup de québécois : Michel Tremblay est mon auteur préféré, même si je suis très loin de son univers. Il n’y a personne au Québec qui réussisse à rendre des dialogues aussi vivants que lui. J’ai aussi découvert dernièrement Ariane Gélinas. Les cendres de Sedna est incroyable! C’est du fantastique québécois, ce qui est rare. Son style est tellement particulier, ça ne ressemble à rien d’autre. Je le recommande chaudement à vos lecteurs.

HQ – Le dernier roman qui t’a fait peur?

Ça fait trop longtemps… Ça doit être Pet Sematary de Stephen King. C’est rare qu’un roman va vraiment me faire peur. Le livre de The Exorcist dans le temps avait bien fonctionné. C’est cliché, mais It, encore de King…

HQ – Justement, les adaptations de romans de Stephen King ont la cote cette année. Pour toi, une bonne adaptation est fidèle au roman ou réinvente l’histoire?

Non! J’suis un peu tanné de ça. C’est drôle parce que vous avez publié quelque chose récemment à propos de la nouvelle adaptation de Death Note et j’étais vraiment d’accord. Je me fous que ça ne ressemble pas au roman. Je vais voir le film pour ce qu’il est, pas pour le comparer au livre. Peut-être que je ne dirais pas ça si on adaptait mes romans au cinéma! (rires)

The Shining par exemple: le film ne ressemble pas du tout au roman. Les deux univers sont complètement différents, mais quant à moi, les deux sont des chefs-d’œuvre. D’ailleurs, le roman est l’un des rares que j’ai lu deux fois. Puis le film, je ne compte plus les fois. Et je ne crois pas qu’il faut chercher à les comparer.

Certains films surpassent parfois les livres aussi, comme Dolores Claiborne. Stand by Me aussi, même si c’est l’adaptation d’une nouvelle.

HQ – Tes fans espèrent depuis longtemps une adaptation cinématographique de ta trilogie Les Yeux Jaunes. Crois-tu que ce serait réalisable? Est-ce qu’on t’a déjà approché?

Je ne penserais pas, parce que Robin Aubert va sortir un film bientôt qui s’appelle Les affamés, qui est un film de zombies et qui se passe sur la Côte-Nord.

Par contre, je pense que ça pourrait faire une bonne série. Ce serait le format idéal pour prendre le temps de raconter l’histoire au complet.

HQ – On te donne carte blanche pour l’écriture du scénario d’un film horreur. De quoi ça parle?

C’est certain que ça parlerait d’esprits, de maisons hantées, ce genre de choses-là. J’aimerais explorer ces thèmes-là, mais je ne sais pas comment. On a pas mal tout vu sur le sujet. Trouver un angle nouveau, c’est ce qui est difficile. J’avais commencé à plancher sur un synopsis, puis un moment donné j’étais au Salon du Livre et je tombe sur le bouquin La Noirceur de la maison d’édition Alire. La description se rapprochait tellement de ce que je voulais faire que j’ai laissé tomber.

Je ne lâche quand même pas prise. J’ai un projet dans le domaine, mais je veux quelque chose de vraiment épeurant. J’aimerais ça réussir à écrire quelque chose d’aussi viscéral que par exemple The Conjuring, qu’on a pu voir récemment. Les cas de possession, avec moi ça fonctionne toujours bien. J’essaie encore de trouver le bon angle pour aborder le sujet…

***

HQ – Yvan, tu es un fan fini de cinéma et de cinéma d’horreur. Nomme-nous tes 6 films d’horreur incontournables:

Ce n’est peut-être pas mes six films préférés, mais c’est ceux qui me viennent en tête présentement. Alien, le premier, c’est certain! Poltergeist aussi. The Changeling. Carrie. Je vais en donner un récent aussi: The Witch! Ça m’a vraiment impressionné, c’est un des meilleurs films que j’ai vu dans les dernières années. Evil Dead pour finir. Quand j’ai vu ça pour la première fois, je devais avoir 12 ans et j’ai tellement eu peur! D’ailleurs, dans le tome 1 de Les yeux jaunes, il y a une séquence hommage au film.

J’ai envie de nommer des films aussi que personne n’a vu, comme The Evil, un film de 1978 avec Richard Crenna. Un professeur va dans une maison abandonnée pour étudier des phénomènes inexpliqués et c’est le diable habite au sous-sol! Ce n’est pas un très bon film, mais ça m’avait marqué. Paperhouse aussi est un film à découvrir. Lady in White de 1988. Splinter aussi pour nommer un plus récent était très bien rendu.


La série Les contes interdits est donc disponible dès aujourd’hui en librairie ou sur le site web de Éditions AdA.

Crédit photo: Dany Leclerc

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