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Recommandations d’une étagère poussiéreuse: Robert Clouse, Deadly Eyes, alias Les Rats attaquent (1982)
6Note Finale

coDe nombreuses personnes sont friandes de ces films d’animaux tueurs — et si ils sont géants c’est souvent un agréable bonus. Je dois vous avouer que ce n’est pas trop ma tasse de thé. Mais tel un papa gâteau, je n’ai pu m’empêcher d’aller sortir des cartons ce schlock pour vous permettre une pause cinéma badine la fin de semaine prochaine. C’est aussi l’occasion pour moi de rebondir sur la critique de Rats que mon collègue a publié il y a peu.

Deadly Eyes est donc un de ces films d’animaux plus grands (et souvent plus voraces) que nature qui terrorisent la veuve et l’orphelin. Ici peu de surprises, il s’agit de gros rats tueurs.

Le film nous conte l’histoire de plein de personnages plus ou moins liés les uns aux autres qui se font courir après (ou non) par de très gros rats sous stéroïdes — et non, ce n’est pas une métaphore humoristique de ma part, ils sont littéralement sous stéroïdes.

Je ne mentirais pas sur la marchandise: cette production canadienne est un nanar bien ringard au fond scientifique douteux. Mais on aime ça! Tous les ingrédients sont là: dialogues creux, jeu d’acteur imprévisible, scénario cheesy à souhait, et effets spéciaux hilarants. Le Canada a souvent brillé dans le milieu du cinéma de genre, mais pas cette fois-ci.

Je vous disais ci-dessus que le jeu des acteurs était imprévisible. Je parlais en particulier de celui de Scatman Crothers (Hallorann dans The Shining) qui était constamment stoned sur le plateau et qui livre une performance abrutissante mais délectable. Autrement, le reste du casting se contente soit d’entretenir les tropes de la bande de jeunes délurés par le sexe, l’alcool et la drogue, soit de se perdre dans le dédale scénaristique qu’est ce film. J’entends par là l’intrigue amoureuse à deux cennes qui remplit le vide laissé entre les attaques des rats tueurs. Lorsque le temps commencera à se faire long, vous serez sans doute heureux de trouver la scène de fesse kitsch du film. Ne faites pas les innocents, je sais très bien que vous apprécierez le gros plan mamelon (pas de chance cependant: il s’agit de celui d’une Sara Botsford (The Fog) encore fraîche à l’époque, et non de celui de Lisa Langlois (The Nest, Happy Birthday To Me) qui, dans ce film, restera au mieux vêtue de ses sous-vêtements).

Si les maigres visuels érotiques de Deadly Eyes ne vous convainquent pas, je suis prêt à mettre mon billet sur ceux des véritables héros de ce film: les chiens. Teckels, Yorkshire et Fox Terriers ont été les races privilégiées pour porter les horribles costumes de rats supposés terroriser les personnages principaux et le public de ce film. Je ne pense pas trop m’avancer en vous disant que les effets spéciaux sont le point fort de ce nanar. Les rats sautent dans les airs lorsqu’on leur tire dessus, leur visage en caoutchouc inexpressif est désopilant et c’est sans doute leurs pattes (de chien) qui dépassent du costume qui sont la cerise sur le sundae.

Mentionnons aussi que le film n’est pas avare en hémoglobine. Ne vous excitez pas trop: il s’agit principalement de morsures sanglantes. Néanmoins, je dois avouer avoir été agréablement surpris par la mise en scène d’un des premiers kills: celui du bébé!

Autrement… EXPLOSIONNNNNS! Robert Clouse, réalisateur de ce film, a semblerait-il un certain goût pour la pyromanie. Je pense sans mentir qu’il y a au final plus de feu dans Deadly Eyes que de rongeurs. Ce constat découle sans doute du fait que Clouse est aussi connu pour ses films d’actions, notamment le légendaire Enter The Dragon (vous noterez au passage le peu subtil clin d’oeil à Bruce Lee dans la scène du cinéma).

Je m’attarderais sur un dernier détail qui fait la singularité de ce film: le son. La conception sonore du film n’a aucun sens. Entre une musique allègrement repompée sur celle de Psycho de Bernard Herrmann et un design sonore erratique, les mélomanes cinéphiles auront entre leurs oreilles un cas d’école. Même restauré (j’ai visionné la version de Scream Factory), le film offre aussi des dialogues qui ont tendance à croustiller. Je n’ai aucune information sur la personne qui a géré cette partie de la post-production (beaucoup de post-synchronisation du son pour ce film puisque les rats aboyaient sur le set), mais j’espère que les méfaits de ce psychopathe ont été stoppés net après cette production. C’est à se demander si le budget pyrotechnie n’a pas empêché la production de se payer un bon sound guy

Même si je semble démonter ce film, je l’ai tout de même bien apprécié! Je ne suis pas le plus fervent amateur de nanar qui soit mais une fois de temps en temps, ça fait du bien. Aussi, le film transpire d’un bon esprit qui se fait rare aujourd’hui dans les productions les plus populaires: Deadly Eyes est un film sans prétention. À aucun moment il n’essaye de se faire passer pour plus que ce qu’il est: un film de rats géants tueurs! D’ailleurs, l’auteur du scénario annonce sans gêne que le film est un hommage idiot à Piranhas de Joe Dante. Hommage qui devient particulièrement clair sur le freeze frame final du film: du bonbon pour les mirettes.

«So bad it’s good»… Diantre que j’aime cette expression et Deadly Eyes est clairement l’un de ses plus dignes représentants.

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