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En traînant sur divers groupes de discussion il m’est apparu clair que beaucoup trop de personnes font un douteux amalgame entre le film d’horreur et le thriller. Si certains verront ce problème comme anodin et inoffensif à première vue, je crierai haut et fort: arrêtez ce massacre!

Arrêtez le massacre des mots, de leur signification et des deux fantastiques genres cinématographiques susmentionnés. Ai-je l’air de réagir de façon excessive? De dramatiser? Laissez-moi vous expliquer pourquoi il faut dès à présent rectifier le tir et apprendre à discerner les deux comme il se doit.

Distinguer le film de suspense du film d’horreur est aussi important que distinguer un film gore de n’importe quel autre film d’horreur. Je pense que vous savez tous autant que moi que ce dernier amalgame est un fléau pour le genre que nous chérissons. C’est à cause de lui que ce dernier est constamment mis de côté, dévalorisé et regardé de haut par «les autres». Le cinéma d’horreur est malade. Son virus? Sa réputation. D’où vient-elle? D’une confusion toute pourrie entre le genre et l’un de ces sous-genres. Un film d’horreur est aujourd’hui, pour les néophytes, un film dégénéré, qui se complait dans la débauche de sang, viscères et autres fluides corporels indignes d’être projeté sur grand écran. J’ai d’ailleurs déjà lu dans les commentaires d’un post sur Facebook quelqu’un annoncer en toute impunité qu’un film n’était pas un film d’horreur s’il n’y avait pas de gore dedans. L’innocent.

Mon point en bref: confondre deux choses liées mais différentes peut donc créer de dangereuses confusions et la distinction entre thriller et film d’horreur me semble cruciale.

Je vous avouerai grincer fort des dents lorsque je vois des gens dire que The Silence of the Lambs est un film d’horreur et que Don’t Breathe n’en est pas un. J’espère capturer l’attention des lecteurs qui font partie de ces personnes. Cessez de regarder votre écran avec dédain et laissez-moi vous expliquer mon point de vue. J’ai conscience de la proximité qui existe entre thriller et horreur et je me rends compte de plus en plus, à mesure que j’écris ces lignes, de la difficulté de l’exercice qui m’attend.

Comme je le dis ci-dessus, les deux genres qui nous intéressent ici ont tendance à être bigrement similaires par moments. Beaucoup d’excellents films se plaisent justement à flirter avec la frontière de ces genres. Il est alors important de savoir distinguer, après visionnement d’un film, quel est son objectif dramatique principal — quelle est l’émotion prédominante qu’il cherche à susciter chez le spectateur car c’est celle-ci qui déterminera dans quel rayon de votre DVD-thèque vous devrez ranger votre film.

Commençons par grossièrement définir chacun des deux genres qui nous intéressent. Le film d’horreur cherche à effrayer, surprendre (de façon violente), dégoûter ou encore choquer son spectateur. De son côté, le film de suspense tend à stresser le public — le plus souvent, le plus longtemps possible, sur la durée. Par exemple, le monumental The Exorcist de William Friedkin tend à effrayer son public avec des visions diaboliques terrorisantes et profondément choquantes: la petite Regan a la tête qui spin, vomit du sang, blasphème comme une docker infernale ou se défonce la vulve à l’aide d’un crucifix. Il n’y a pas à tortiller du cul: l’objectif de ce film est d’épouvanter le spectateur dans les tréfonds de son âme. Même l’athée saura reconnaître l’atrocité des situations. C’est indéniablement un film d’horreur.

D’un autre côté, un film tel que Panic Room de David Fincher, bien que présentant des situations effrayantes pour peu que l’on se mette à la place des personnages (une mère et sa fille se font cambrioler et s’enferment dans la panic room de leur nouvelle demeure) est définitivement un thriller. Ce film use de codes spécifiques au genre: rétention d’informations cruciales à l’intrigue, cliffhangers, etc. Tout au long du film, on est sur le bord de son siège a appréhender l’issue de la confrontation entre les malfaiteurs et la famille.

Vous l’aurez compris, un genre se définit toujours par des codes. L’horreur et le thriller ont alors des codes distincts qui leurs sont propres. Mais ce qui est est diablement intéressant, c’est bien entendu lorsqu’un film s’amuse à jouer avec ces codes, qu’il les prend à contre-sens, et mieux encore, qu’il les mélange avec ceux d’un autres genre. C’est là que nous arrivons à des cas tels que ceux de The Silence of the Lambs de Jonathan Demme ou de Don’t Breathe de Fede Alvarez.

ATTENTION, CES FIMS S’APPRÊTENT À ÊTRE SPOILÉS

Commençons avec Le silence des agneaux — excellent film soit dit en passant, je le recommande à quiconque n’aurait pas eu encore la chance de l’écouter. Le film a toute la trame narrative d’un film de suspense: un tueur fou nargue le FBI tout au long de du film en kidnappant des jeunes filles pour les torturer. Les personnages et le scénario tissent les bases d’une intrigue policière se transformant quasiment instantanément en course contre la montre. L’objectif est clair: l’émotion prédominante suscitée chez le spectateur est l’appréhension, l’excitation, le stresse. Et je vous l’accorde, des éléments d’horreur sont disséminés dans le film: l’effroi que procure le tueur Buffalo Bill, la simple énonciation de la folie de Lecter, les corps mutilés… Toutes ces choses relèvent de l’horreur, certes, mais servent l’émotion prédominante: l’urgence de capturer Buffalo Bill est motivée par l’horreur de ses actions.

Le cas de Don’t Breathe est un peu l’inverse bien qu’il emploie une narration différente (ce qui, au passage, fait toute son intéressante singularité): le film débute comme un film de suspense mais bascule à un moment donné dans l’horreur, prenant le spectateur de court. De jeunes voyous cambriolent la maison d’un ex-soldat aveugle. Lorsqu’ils réalisent que celui-ci est sur-entrainé et calissement dangereux, ils doivent tenter le tout pour le tout et s’enfuir de la demeure dans laquelle ils sont enfermés (vous remarquez les similitudes thématiques avec Panic Room?). L’intrigue vire brusquement de bord lorsque l’on découvre ce qui est enfermé dans la cave de l’aveugle: une jeune femme ligotée, sujette aux plans déments d’insémination de son bourreau. Dès lors, tout ce qui nous a été donné à voir prend un tout autre sens. Tout ce qui relevait du suspense pur prend pour nouvel objectif de faire peur et choquer le spectateur. Le vieil homme aveugle n’est plus simplement un poursuivant, il devient un criss de boogeyman! Le film veut finalement choquer et effrayer son spectateur. C’est à ces fins qu’il emploie la première partie narrée telle un thriller, et qu’il continue avec tout l’attirail du film d’horreur: jump scares, la thématique du monstre (le chien), etc.

Ainsi, je conclurai de la manière suivante:The Silence of the Lambs est un thriller usant de certains codes de l’horreur pour amplifier son suspense; et Don’t Breathe démarre comme un excellent thriller mais vire brutalement dans l’horreur dès lors que l’on découvre le secret de son vilain.

Ce sont ces ingénieux mélanges de codes qui font du thriller et du film d’horreur des genres aussi riches et intéressants à explorer. Malgré le flou qui peut exister dans le traitement de certains comme j’ai pu l’expliquer plus haut, il me semble important de savoir les différencier.

En guise d’ouverture, je mentionnerais d’autres intéressants mélanges de genres tels que Alien de Ridley Scott. Science-fiction? Horreur? J’ai mon avis sur la question mais je préfère vous regarder en débattre dans les commentaires.

2 Réponses

  1. Nazku

    Personnellement je met Alien dans la catégorie Science-Fiction parce que je prends en compte le reste de la saga ainsi que les films Predators.
    Mais oui, les films qui jouent entre plusieurs genres sont toujours très difficile à classer. ^^;

    Répondre
    • Frédéric Chalté

      Salut Nazku!

      Selon moi, Alien est plutôt un film d’horreur – si on le considère seul, hors de sa saga. Le film, à l’inverse de ses suites, use de peu de codes de la SF qui au final, n’apparaît que comme une toile de fond. Les codes propres au genre de l’horreur sont au contraire hyper utilisés! Il suffit de regarder la bande annonce originale terrifiante du film pour s’en rendre compte: https://youtu.be/jQ5lPt9edzQ

      Mais tu as raison lorsque tu parle de l’ensemble de la saga: l’évolution de l’univers, de son histoire, de ses personnages… Tous ces éléments puisent beaucoup plus dans les thématiques de la SF 🙂

      Répondre

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