[Critique] Black Christmas (2019): un beau sapin… qu’on se fait passer

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Note Horreur Québec

Avant de commencer à discuter de ce nouveau remake de Black Christmas signé Sophia Takal, il est important de mettre un ou deux points au clair. Premièrement, si le film n’est pas bon, ce n’est pas à cause de son message féministe. Beaucoup de commentaires prétendent que le dernier-né des écuries Blumhouse serait anti-homme (quoi que ça veuille dire) et que pour cette raison, il serait un furoncle dont on devrait avoir honte. Selon certains, le film comporterait même un agenda caché des Social justice warriors, qui tenteraient d’utiliser une franchise classique pour insidieusement faire passer le message que tous les hommes sont mauvais. Or, une telle pensée comporte un angle mort intellectuel majeur. En effet, il s’agit de volontairement ignorer le fait que la très vaste majorité des studios hollywoodiens sont menés par des hommes dont la seule idéologie est celle qui mettra de l’argent dans leurs poches. Si ce film est féministe, c’est parce que les décideurs pensent que ça fera vendre des places au cinéma. De plus, un film n’est jamais mauvais à cause qu’il est politique. Tous les films sont politiques. En fait, même le premier Black Christmas avait son lot de messages féministes en lien avec le contrôle du corps des femmes à travers les enjeux de l’avortement et des relations toxiques. Ces pistes de réflexion ne sont donc pas nouvelles dans la saga et leur présence dans ce remake est même une forme de respect envers l’original.

Imogen Poots, Brittany O'Grady, Lily Donoghue, and Aleyse Shannon in Black Christmas (2019)Cela dit, il y a les intentions et le résultat. Même involontairement, un.e cinéaste fera des choix qui vont mettre de l’avant une vision du monde. Que cette vision soit décrite explicitement par les dialogues ou, plus subtilement, par la mise en scène, elle n’en sera pas moins présente. Le tout est d’atteindre un équilibre et de s’assurer que le message passe de la bonne manière. C’est pour cette raison qu’un film comme Extremely Wicked, Shockingly Evil and Vile rate sa cible en proposant une mise en scène qui nuit à son propos et c’est aussi pour cela que ce nouveau Black Christmas ne passera absolument pas à l’histoire pour les bonnes raisons.

Les vacances de Noël arrivent sur le campus de l’université Hawthorne. Tout le monde s’apprête à partir sauf Riley, une jeune femme devenue très timide et renfermée depuis qu’elle a été victime d’une agression sexuelle de la part d’un membre d’une fraternité. Après une soirée où elle évoque publiquement le sujet, elle commence à recevoir des messages textes anonymes et menaçants. Au même moment, une de ses amies semble avoir disparu.

Rien qu’avec le synopsis, on voit tout le potentiel que pouvait avoir le film. Le fait de camper l’histoire sur un campus américain à l’époque du post-«me too» renouvelait les thématiques du premier film, tout en permettant d’explorer celles de la culture du viol et du patriarcat dans les universités. Cependant, même si son message est intéressant, la version 2019 de Takal se vautre malheureusement dans le traitement qu’il en fait. Tout comme avec le récent Netflix In the Shadow of the Moon, il y a dans ce long-métrage quelque chose de très malaisant dans sa manière de déresponsabiliser la société par rapport à la haine. Sans entrer dans les divulgâcheurs, disons seulement que celles et ceux qui ont vu la fin comprendront. Cet aspect est d’autant plus problématique que la mise en scène de Takal ne raconte absolument rien. On a affaire à des plans anecdotiques et à un montage plus que prévisible du début à lafin. De plus, le fait d’avoir remplacé les appels du tueur par des textos enraye une bonne partie de ce qui faisait de l’original un classique du genre. Tout le côté mystérieux renforcé par le cadrage en synecdoque disparaît au profit d’une sorte de whodunit à la Scream, filmé de manière totalement banale.

Simon Mead and Lily Donoghue in Black Christmas (2019)

Autrement dit, le message du film passe uniquement par les dialogues et par le jeu des actrices. Celles-ci, et particulièrement Imogen Poots (Green Room), sont toutes très bonnes et rendent quand même le tout un peu appréciable, mais le fait qu’elles portent tout le film sur leurs épaules est problématique. En effet, comme la mise en scène ne fait pas son travail, on en ressort avec l’impression que le projet n’est rien d’autre qu’une heure et demie de discussions clichées. Ce film ne parlera à personne si ce n’est ceux qui adhèrent déjà à la lutte féministe et encore là, beaucoup trouveront qu’il ne rend pas justice au combat.

Bref, la réalisatrice a dit en entrevue qu’elle n’avait eu que quelques mois pour concevoir le script et tourner. Peut-être est-ce la raison de ce résultat sans saveur. Quoi qu’il en soit, on peut se consoler en se disant, qu’au moins, il y a de plus en plus de films confiées à des femmes dans le cinéma d’horreur. Pour chaque Black Christmas, il y a un The Nightingale.

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