[Fantasia 2018] Profile: troublante incursion dans le monde des djihadistes

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8.7

Les festivaliers ont eu la chance d’assister lundi soir à la projection de Profile en présence du réalisateur Timur Bekmambetov (Night Watch), l’homme derrière ce nouveau langage cinématographique qu’il surnomme lui-même «screenreality». Avec son dernier film, il prouve que ce concept, déjà utilisé dans quelques films dont Unfriended: Dark Web, lorsque bien exploité, s’avère franchement efficace!

La prémisse est fort simple: Amy (Valene Kane, Rogue One), journaliste pigiste, est dans une situation financière précaire quand elle découvre la primeur qui lui permettra de se sortir de ce gouffre tout en s’accomplissant professionnellement. Son enquête a pour sujet ces femmes européennes converties à l’islam quittant leur pays d’origine pour la Syrie en croyant devenir les épouses de djihadistes. Pour ce faire, Amy infiltre le processus de recrutement du djihad et elle est rapidement confrontée aux enjeux extrêmement risqués d’une telle investigation.

Bekmambetov le disait durant le segment de questions et réponses: «Nos vies se passent la plupart du temps sur nos écrans». Il ne pouvait pas mieux dire, car Profile en est la parfaite démonstration. C’est captivant d’être témoin de la démarche journalistique du personnage d’Amy à l’aide de toutes ces applications technologiques et c’est là que le «screenreality» prend tout son sens. Le réalisme percutant du récit ne tient pas uniquement du fait que le scénario est basé sur la véritable histoire de la journaliste Anna Erelle (un pseudonyme) et de son enquête, mais aussi de la présence de ces outils numériques tels que Skype et Facebook qui ont, eux, infiltré notre vie quotidienne.

Il est fascinant d’assister à l’évolution de la relation entre Amy et son recruteur djihadiste, Abu Bilel Al-Britani, magnifiquement interprété par Shazad Latif (The Commuter). Le charme du terroriste opère autant auprès de sa victime que chez le spectateur. Au fil de l’histoire, on réalise pourquoi certaines femmes tombent carrément sous l’emprise de ces manipulateurs. Le film illustre admirablement bien les mécanismes du recrutement en nous immergeant, à l’aide de courts vidéos, dans la complicité s’installant au cours des interactions entre les deux protagonistes. Le jeu de Kane est tout aussi efficace et nuancé: elle rend bien l’implication émotionnelle du personnage principal face à son interlocuteur, et cette mascarade qui s’érige rapidement en un conflit intérieur fort déchirant.

Le réalisateur évite le piège du sensationnalisme et des images-chocs et on sent que la démarche est faite de façon très respectueuse. Bekmambetov démontre un souci du détail incroyable dans son oeuvre puisque chaque séquence est tournée en temps réel (une dizaine de minutes) sans aucune coupure. De plus, les acteurs sont réellement séparés d’une grande distance afin de bien subir les bévues ou ralentissements d’un logiciel comme Skype, qui ne s’avère pas toujours fiable.

Profile se définit comme une incursion fascinante et palpitante dans le monde journalistique, magnifiquement bien rendue. Impossible de ne pas être sur le bout de son siège tout le long de ce thriller fort réussi. Définitivement à voir!

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