Origami: réparer l’irréparable

Note des lecteurs2 Notes
5.1
8

Un jeune homme capable de faire des voyages temporels tente de retourner dans le passé pour réparer une terrible erreur qui hante dorénavant le moindre de ses gestes.

«Le temps se plie» nous indique-t-on à plusieurs reprises durant le film. La faculté de ce jeune artiste, joué par François Arnaud (J’ai tué ma mère), est de pouvoir manipuler la temporalité comme une feuille de papier pour essayer d’y modeler le présent qu’il aurait souhaité avoir. Cela dit, le fait d’avoir choisi Origami comme titre, pour un film que certains trouvent insuffisamment explicite, est peut-être aussi un moyen d’avertir les spectateurs qu’une multitude de formes visibles peuvent naître d’une même surface selon les aptitudes de chacun, à maîtriser cet art de plier. En l’occurrence, différentes lectures peuvent être visibles d’une même œuvre. Le parallèle, possiblement involontaires des créateurs, avec le classique Blade Runner (la version du cinéaste), qui utilise la licorne origamique à la fois comme indice et comme semeur de confusion pour nourrir le mythe entourant le personnage de Deckard, devient tout de même jubilatoire.

Il est à souhaiter qu’Origami saura se trouver un public, puisque son désir de proposer un postulat artistique se ressent dans le moindre plan. Et que dire du malaise que l’on tisse autour de nous comme une toile d’araignée, à partir de cette scène étrange montrant le protagoniste jaillir d’une piscine? Certains spectateurs seront forcément étouffés par ce maelström stylistique qui complique, volontairement, une idée somme toute assez singulière. Cependant, n’est-ce pas aussi le mandat du cinéma que de nous déstabiliser et d’utiliser la moindre ressource présente pour peindre la condition humaine? À chacun d’aimer ce que bon lui semble, mais vingt-quatre heures après le visionnement, votre fidèle serviteur jongle encore avec des images imprimées en lui depuis la projection, et il adore cela.

Après le très puissant long-métrage Jaloux,  Patrick Demers nous offre un second tour de force avec ce suspense psychologique, qui verse dans la science-fiction. L’origine du drame est un épouvantable fait divers survenu il y a quelques années, face auquel il est impossible de ne pas perturbé.

Ce qui frappe l’œil du cinéphile en premier lieu, c’est la force avec laquelle le réalisateur adapte, tel un caméléon, sa mise en scène pour les différentes tonalités de l’histoire. Les cadrages et les mouvements de caméra sont tantôt plus classiques, tantôt plus funambulesques, et c’est avec un très grand plaisir que le cinéphile s’y engouffre. Se rapprochant par moments du chef-d’œuvre La jetée par son élan de distorsion des perceptions, Origami propose une série de vignettes amputées temporellement les unes par rapport aux autres, pour n’insister que sur les moments clés de l’intrigue. Le diaporama de Chris Marker, faisant en quelque sorte office d’album de photos, pointant du doigt des moments précis, n’est pas si loin.

Par ailleurs, le scénario ménage habilement le suspense en déconstruisant le récit à la Memento, et sa manière de dévoiler lentement le drame entourant le héros déploie un véritable malaise. Les auteurs savent greffer un nouvel élément envoûtant, chaque fois que l’histoire semble s’essouffler. Si le dénouement paraîtra un peu flou pour certains, ou trop simple pour d’autres qui espéraient plus complexe après l’exercice intellectuel auquel on vient de les soumettre, force est d’admettre que cette conclusion propose un élan poétique non négligeable.

Arnaud campe avec aplomb cet homme torturé, qui nous inspire autant l’empathie que la haine. Dans un second rôle, Normand D’Amour (5150 rue des Ormes) est tout simplement parfait.

Le cinéma d’auteur québécois est en constante émergence et Origami est une petite perle pour ceux qui recherchent des films s’écartant des sentiers battus.

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