The plague 3

[Critique] « The Plague » : quand « Grave » rencontre « Lord of the Flies »

Les récits de coming-of-age ont toujours été un terreau fertile pour le cinéma d’horreur. L’adolescence, cette période charnière où la puberté amène son lot de questionnements, de crises et d’incertitudes, peut être représentée dans le cinéma sous diverses formes d’angoisses.

Pour son premier long-métrage The Plague, le réalisateur Charlie Polinger propose une intrigue bien ancrée dans l’environnement complexe de cet âge charnière, utilisant les codes du body horror afin de représenter l’écart et le rejet de manière sensible, mais tout de même novatrice.

Fraîchement arrivé dans un camp estival de water-polo, où plusieurs dizaines d'enfants se rassemblent dans un complexe sportif afin de pratiquer différentes activités nautiques, le jeune Ben (Everett Blunck), garçon réservé, tente d'entrer dans le groupe de jeunes dont la dynamique est déjà établie. Les adolescents de 12 ou 13 ans sont déjà organisés sous une hiérarchie bien établie, dont le leader, Jake (Kayo Martin), a déjà déterminé qui sont les victimes du groupe. Le mouton noir actuel est le jeune Eli (Kenny Rasmussen), garçon neurodivergent qui peine à s'adapter socialement, et qui a la malchance d'avoir une maladie de peau recouvrant l'ensemble de son corps, rendant les baignades plus complexes. Le jeune sera vite mis de côté par ses camarades qui l'identifieront comme un lépreux, prétextant une pestilence qui infecterait quiconque s'en approcherait.
The plague

Cette peste bien ancrée dès le début du film est le signe de la mise à l’écart bien claire qu’une bande d’adolescents décide de faire subir à une personne, sans trop de raison. Bien que le film n’évoque jamais d’hésitation sur la présence réelle de la maladie, celle-ci est tout de même utilisée tel un symbole, se répandant parmi les jeunes alors que certains d’entre eux craignent parfois de devenir les souffre-douleur d’une communauté rude et sélective.

Amplifiée par les corps dévêtus et la vulnérabilité d’une piscine publique, l’humiliation d’une peau différente dont les imperfections sont d’apparence contagieuse peut rapidement devenir source d’angoisse et d’horreur, ce que le film traduit bien par sa mise en scène.

Certains films traitant d’intimidation et du contexte social aride de l’adolescence le font avec peu de subtilité, ratant ainsi la cible. Ce n’est pas le cas de The Plague, où la distribution d’excellente qualité, jumelée à un scénario crédible et tout en nuances, permet de mieux se plonger dans ce mal-être et la dissonance cognitive que vivra Ben en s’intégrant à la dynamique du groupe. Le personnage d’Eli est particulièrement bien traité et interprété : loin d’agir comme une victime classique dans les clichés cinématographiques, il semble avoir accepté la situation, trouvant le moyen de se suffire à lui-même.

À l’écart, il danse, il écoute sa musique, ne laisse pas paraître son malheur. La fameuse peste dont il est victime semble davantage affliger ses comparses que lui-même, et le film y gagne en complexité et en séquences marquantes.

The plague 1

L’intensité de l’imagerie gore et du symbole de la peste augmentera d’ailleurs tout au long du film, sans jamais toutefois être insoutenable. The Plague a son lot de moments forts qui pourront faire grincer des dents, mais c’est d’abord l’angoisse et l’anxiété internalisées par les adolescents dont il sera question. On ne peut faire autrement que de repenser à ces années déterminantes de nos vies, où la découverte de nos corps et nos différences était une source d’inconfort pour tous, à différents niveaux. Le film parvient très bien à recréer cet environnement incertain, où même ceux qui parlent le plus fort sont bien souvent les plus malheureux du lot.

Si l’esprit bien propre aux coming-of-age et l’audace d’un body horror simple, mais efficace vous intéressent, The Plague a beaucoup à offrir. Avec son premier long-métrage, Charlie Polinger parvient déjà à s’inscrire comme un réalisateur à suivre de près, mais pas trop, il pourrait être contagieux.

En exclusivité au cinéma du Parc.

The Plague | Official Trailer | Joel Edgerton | HD | Independent Film Company
Note des lecteurs0 Note
Pour les fans...
de body horror
de coming-of-age
4
Note Horreur Québec

Zeen is a next generation WordPress theme. It’s powerful, beautifully designed and comes with everything you need to engage your visitors and increase conversions.

Abonnez-vous à notre nouvelle infolettre!