[Littérature] The Cabin at the End of the World: huis clos apocalyptique

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Quand quatre individus étranges et armés jusqu’aux dents essaient de s’infiltrer dans le chalet qu’ils ont loué, Andrew et Eric croient avoir affaire à de dangereux extrémistes religieux qui en veulent à leur homosexualité. Prêt à tout pour protéger sa fille adorée, Wen, qui aura bientôt six ans, le couple n’arrive malheureusement pas à retenir le groupe à l’extérieur bien longtemps. Prisonniers et terrifiés, les deux hommes, dont l’un deux délire en raison de graves blessures à la tête, s’apercevront vite que le groupe les a pris pour cible pour une toute autre raison — une raison sinistre qui, d’abord incongrue, leur parait de moins en moins farfelue au fur et à mesure que la peur et la fatigue s’emparent d’eux.

Récipiendaire d’un Bram Stoker Award en 2015 pour A Head Full of Ghosts, Paul Tremblay réussit un autre tour de force avec The Cabin at the End of the World, un roman troublant, effrayant et déchirant qui vous fera mourir un peu à l’intérieur.

Même si le récit se déroule essentiellement à l’intérieur du chalet, il nous transporte dans la psyché d’un personnage à celle de l’autre avec un réalisme bouleversant, en plus d’effectuer de nombreuses allées et venues dans leur passé. Ces excursions sont souvent anecdotiques (Eric et Andrew qui expliquent à Wen les précautions à prendre avec une arme à feu, par exemple, ou le souvenir d’une journée folle à Hong Kong); pourtant, sous leur apparente banalité, elles crèvent de réalisme et d’honnêteté, nous révélant les personnages dans leur vulnérabilité. Certains souvenirs sont tout de même plus significatifs que d’autres: l’un d’eux, marquant, nous montre comment, des années plus tôt, Andrew a été sauvagement attaqué dans un bar en raison de son orientation sexuelle.

L’auteur américain se glisse avec aisance dans la peau de chaque personnage. Le portrait de la petite Wen, surtout, va droit au coeur. Dès le départ, quand on la voit capturer des sauterelles dans l’intention de les observer puis de les relâcher, on a envie de protéger cette enfant énergique, confiante et orgueilleuse. Alors que les horreurs se multiplient autour, Wen se replie sur elle-même et se cache derrière ses pères ligotés et impuissants. Sa naïveté et son sens de l’observation nous replongent dans notre propre enfance et ses insécurités. Quand on apprend qu’elle est secrètement convaincue que ses parents biologiques l’ont mis en adoption à cause de son bec-de-lièvre, on se rappelle les absurdités dont nous étions nous-même convaincus à une autre époque. Les auteurs qui se plongeront dans cette lecture ne pourront qu’envier le talent incomparable de Tremblay. On a envie de le féliciter et de le secouer comme un prunier en même temps: «Paul, comment fais-tu pour traduire aussi bien la détresse d’une enfant?»

The Cabin at the End of the World est propulsé par une narration nerveuse, surtout vers la fin, quand le il et le nous s’alternent, et vers le milieu, lors d’une scène bouleversante qui laisse les personnages — et le lecteur — complètement sonnés. On sent toute l’urgence de l’écriture, qui imite avec brio le temps qui s’étire et se ralentit lors de situations extrêmes, quand nos émotions sont tout simplement trop fortes pour avoir du sens.

Les adjectifs manquent pour décrire la perfection de The Cabin at the End of the World. Si Paul Tremblay ne remporte pas un prix Bram Stoker pour ce roman puissant, il s’agira, purement et simplement, d’une injustice sans nom.

Les droits cinématographiques de ce roman publié le 26 juin 2018 chez Harper Collins ont été acquis par FilmNation. Nous ignorons encore quand l’adaptation sera porté l’écran, ni quand le roman sera traduit en français.

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