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[Critique] « Dreams » : la lente combustion du désir ardent

Depuis plus d’une décennie, le cinéaste mexicain Michel Franco développe un cinéma épuré qui s’attarde moins à l’action et davantage aux failles intimes et sociales avec une froideur presque clinique. Il se fait d’abord remarquer en 2012 avec Después de Lucía, un drame sur le harcèlement adolescent où se dessinent déjà les fondements de sa signature : une mise en scène minimaliste, des silences pesants et une violence psychologique insidieuse. Suivront Chronic en 2015, récompensé du prix du scénario à Cannes, puis Nuevo orden en 2020, qui lui vaut le Grand Prix du Jury à Venise.

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C’est dans cette continuité, entre malaise intérieur et regard social, que s’inscrit Dreams. Une fois encore, le spectateur est plongé au cœur d’une dynamique émotionnelle troublante, oscillant dangereusement entre obsession, passion et destruction. Il convient toutefois de souligner que la bande-annonce, qui laisse présager un thriller érotique enragé, pourrait induire certains en erreur.

Dreams s’impose plutôt comme un drame, dont l’inconfort s’infiltre lentement, mais assurément.

Jennifer (Jessica Chastain), une influente femme de la haute société américaine, entame une liaison avec Fernando (Isaac Hernández), un danseur de ballet mexicain, lors de son passage au Mexique pour une mission philanthropique. Lorsque ce dernier quitte clandestinement son pays pour aller la rejoindre, il ébranle l’équilibre soigneusement contrôlé de Jennifer qui est prête à tout pour préserver leur idylle sans pour autant renoncer à la vie qu’elle s’est construite
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Le film s’ouvre sur une scène qui met en lumière les risques et les dangers de l’immigration illégale, ainsi que la force d’un désir qui dépasse la peur. Le jeune danseur y est d’emblée présenté comme déterminé, courageux et prêt à tout pour accéder à une nouvelle vie.

À l’issue de cette fuite périlleuse, il entre dans l’univers de Jennifer : un décor lisse, léché, où règne une perfection façonnée par un statut social élevé. On comprend rapidement qu’il s’intégrera difficilement à l’existence de cette femme de l’élite, qui tentera néanmoins de lui ménager une place, à condition qu’elle demeure confinée au confort d’un secret soigneusement préservé.

C’est ainsi que le film nous fait naviguer, pendant un temps, dans une relation à la fois passionnelle et dissonante, qui satisfait partiellement l’un comme l’autre pour des raisons profondément différentes : l’une dissimule quand l’autre aspire à vivre au grand jour.

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On accède à la psychologie des personnages, mais toujours avec une certaine distance. Leurs désirs et leur désarroi se laissent percevoir sans jamais être exposés avec éclat. Tout repose sur une subtilité maîtrisée, qui suggère plus qu’elle ne souligne, privilégiant le réalisme au grand jeu. Cette retenue est d’ailleurs magnifiquement incarnée par Jessica Chastain, qui met à l’écran la force silencieuse et le malaise parfaitement contrôlé d’une femme qui s’impose droiture et rectitude.

On avance ainsi à pas feutrés dans un univers de non-dits qui, lentement, commence à se fissurer avant d’imploser. C’est dans le dernier acte que tout bascule et que Dreams prend un virage inattendu. Jusqu’alors doux-amer, le récit plonge pleinement dans le drame et surprend par un final troublant.

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Dreams se présente comme une œuvre à la fois sobre et poignante, traversée par des émotions plus sourdes, mais puissantes. Il ne s’agit toutefois pas d’un thriller destiné à maintenir le spectateur sur le qui-vive par le suspense ou les rebondissements. Il faut accepter une narration lente, dont la pente descendante se révèle tardivement. Aucun sursaut, aucun effet spectaculaire, mais une réflexion qui se précise progressivement pour s’achever sur une pointe acérée.

Dreams sort en salles le 27 février.

Note des lecteurs0 Note
Pour les fans...
de dénouement qui se fait attendre, mais qui en vaut la peine au final.
d'univers où le trouble se ressent plutôt que s'expose haut et fort.
2.5
Note Horreur Québec

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