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"Feud: Bette and Joan": cet obscur objet du désir
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Quiconque s’intéresse moindrement au cinéma d’épouvante n’a d’autre choix que de considérer Bette Davis et Joan Crawford comme véritables Scream Queen. Difficile, en effet, d’oublier des films comme Straight Jacket, I Saw What You Did, Trog ou Sudden Fear pour Crawford, alors que Davis est inoubliable dans Hush… Hush, Sweet Charlotte, The Nanny, Burnt Offerings et la comédie noire The Anniversary. Pourtant, ces deux monstres sacrés du cinéma ont obtenu ce statut d’icône pour le genre grâce au même film: What Ever Happened to Baby Jane?

Ryan Murphy est certes habitué aux personnages marginaux et au macabre. Reconnu pour le métissage réussi qu’il livre entre humour et horreur dans ses créations (American Horror Story et Scream Queens), Murphy nous offre cette fenêtre ouverte sur la genèse du film de Robert Aldrich, mais démystifie, par le fait même, une véritable histoire d’épouvante: celle de Bette et Joan. Les rumeurs, les spéculations et les horreurs qui entourent ce tournage circulent depuis des décennies et se veulent remises au goût du jour par chaque nouvelle édition du film, de plus en plus garnie de documentaires sur le sujet. Feud nous raconte donc le parcours houleux de ces deux actrices se détestant, unies par les vestiges de leur carrière passée, qui décident de s’associer pour se remettre sur la carte d’Hollywood.

Combien de fois avons-nous la chance de voir une série télévisée traitant du tournage d’un film d’horreur qui, avec le temps, est devenu l’un des plus grand classique Hollywoodien? Ici, on le fait pour deux films, puisque Hush…Hush, Sweet Charlotte a été un second champ de bataille pour les deux actrices. Moins librement inspiré que ne l’était le tournage de Psycho dans le film Hitchcock, Feud dépeint avec précision certains événements dont ont pu être témoins les fans par le biais d’entrevues, de photos et de making off. Crawford a vu sa réputation un peu anéantie par l’autobiographie de sa fille et le film qu’on en a adapté, Mommie Dearest, racontant les abus physiques et mentaux que la star aurait infligé à ses enfants. De son côté, Davis a toujours été reconnue comme cette actrice excentrique ayant, à sa manière, fait avancer la cause de femme à Hollywood. Cela dit, Crawford représentait la beauté, alors que Davis était le talent à l’état pur. Chacune désirait ce que l’autre possédait.

Provenant tous les deux de l’âge d’or d’Hollywood et évoluant habilement dans un milieu d’hommes, ces deux femmes fortes si différentes en apparence, avaient tout pour être les meilleures amies du monde. Elles avaient traversé divorces, adoptions d’enfants et rejets. Cependant, plus que tout, elles ont travaillé contre le système Hollywoodien. Le titre du dernier épisode de Feud, citant l’un des derniers dialogues de Jane dans le film, en dit long: «You mean all this time we could have been friends?» En traçant un portrait nuancé de ces deux divas, il est fascinant de constater qu’on ne pose jamais de véritables jugements sur l’une ou l’autre. On peut facilement croire que Ryan Murphy admire les deux actrices ou du moins, qu’il respecte les artistes en elles. Feud nous montre comment le système a travaillé contre une potentielle amitié, entre elles, mais aborde aussi une série de thèmes majeurs. On traite de misogynie, mais d’âgisme et de jalousie. Les créateurs ne se gênent pas non plus pour aborder le thème de l’homosexualité, à travers l’acteur Victor Buono, qui est devenu un véritable ami de Davis.

Jessica Lange est extraordinaire en Crawford et livre une prestation moins caricaturale de l’actrice que ne l’avait fait Faye Dunaway dans Mommie Dearest. Elle réussit le pari de nous attendrir, mais aussi de nous faire comprendre cette détresse qui animait Joan. Calquant la gestuel de Davis, tout autant que sa voix tranchante, c’est pourtant Susan Sarandon qui surprend le plus en se transformant littéralement en Bette Davis.

Diffusée sur FX depuis le 5 mars dernier, cette mini-série de huit épisodes s’est terminée en force cette semaine.

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