Que seriez-vous prêt à faire par amour? Quelles frontières seriez-vous prêt à franchir? À partir de quand bascule-t-on de l’amour à l’égoïsme pur et dur?
Dans une esthétique étrangement douce, couplée à une caméra excentrique, Honey Bunch requestionne et vous fait douter de vos valeurs les plus fondamentales. Dusty Mancinelli et Madeleine Sims-Fewer livrent ici un film envoûtant, poignant et dérangeant.
Le long-métrage mettant en vedette Grace Glowicki et Ben Petrie a pris l’affiche vendredi dernier.
Courez le voir ; il est en salle jusqu’au 30 janvier! Mais n’ayez crainte, si vous ne parvenez pas à l’attraper sur grand écran, il sera accessible sur la plateforme Shudder dès le 10 mars prochain!
Alors que Diana (Grace Glowicki) se réveille confuse d'un coma, son mari Homer (Ben Petrie) la conduit dans une retraite, un centre de traitements expérimentaux, dans l'espoir qu'elle retrouve la mémoire et qu'elle se remette physiquement et mentalement de l'accident ayant causé son état. Plus les jours avancent et plus Diana doute... de son mari, de la dame qui les accueille au centre Retrouvailles, de ses rêves, de ses souvenirs et même de ses propres pensées. Honey Bunch est une plongée abrupte dans la perdition de soi.
Une caméra excentrique
![[Critique] « Honey Bunch » : une excentrique plongée dans la perdition de soi 13 UvH3oUNA](https://cdn.horreur.quebec/wp-content/uploads/2026/01/UvH3oUNA-300x450.jpeg)
Si le grand écran a tendance à vouloir effacer la caméra, la dissimuler et faire oublier au spectateur qu’il est un élément passif et non pleinement actif d’un récit filmique, Adam Crosby prend le pari de faire tout l’inverse. Dans Honey Bunch, la caméra est présente, elle est un personnage à part entière de l’œuvre exposée, elle est le judas qui positionne le spectateur en tant que voyeur d’une histoire à retourner le cerveau. Entre zoom in, zoom out, décadrages et contre-plongées perturbantes, Crosby souligne sa maîtrise de l’objectif.
Cette caméra excentrique rappelle, par moments, celle caractérisant les œuvres de Yorgos Lanthimos. Celle avec laquelle on joue du spectateur afin de le rendre complice ou victime, selon les séquences, selon les besoins. Ce qu’il y a de plus perturbant dans la direction de la photographie d’Adam Crosby, c’est le savant mélange entre images douces et apaisantes, et celles, déjantées, qui font frissonner et douter. Grâce à ce mariage de tons à l’image, le spectateur devient lui aussi un patient de ce centre de réadaptation des plus louches. À l’instar de Diana, le spectateur voit ses certitudes s’effondrer sitôt reconstruites, plongeant dans une confusion où le vrai et le faux deviennent indiscernables.
Un pur jeu intelligent de gaslighting!
![[Critique] « Honey Bunch » : une excentrique plongée dans la perdition de soi 15 HONEY BUNCH Still 2](https://cdn.horreur.quebec/wp-content/uploads/2026/01/HONEY-BUNCH-Still-2-750x422.jpg)
Glowicki et Petrie : une harmonie de jeu
Un autre point fort de Honey Bunch se trouve dans l’harmonie du jeu de Glowicki et Petrie. Ensemble, ils jouent une symphonie de détails subtils afin de rendre leurs personnages crédibles. Ayant déjà joué ensemble par le passé, leur danse est maîtrisée et leur complicité transcende l’écran. Les subtilités dans la respiration du personnage de Diana viennent rejoindre, pour les compléter, les tremblements et les larmes violentes, solitaires, d’Homer.
Grâce à cette complémentarité, il est impossible de décrocher le regard. Assis sur le bout de son siège, le public respire avec eux. Le récit devient alors immersif et vraisemblable dans son invraisemblance.
![[Critique] « Honey Bunch » : une excentrique plongée dans la perdition de soi 17 HONEY BUNCH Still 6](https://cdn.horreur.quebec/wp-content/uploads/2026/01/HONEY-BUNCH-Still-6-750x422.jpg)
Jouer du rythme
Le concept du rythme est au centre de Honey Bunch. Que ce soit dans l’univers sonore, dans le montage ou même dans les dialogues, le rythme est travaillé et peaufiné dans ses moindres recoins. Bercé par le son régulier de la canne de Diana qui frappe le sol à chacun de ses pas en première moitié de film, accordant une stabilité et une sécurité à l’ambiance présentée, le film envoûte comme le ferait un hypnotiseur.
La magie se rompt dès lors que Diana parvient à marcher sans aide : de là, la caméra se veut beaucoup plus mobile et les bruits deviennent moins réguliers. À partir de ce moment, le récit et l’esprit (de Diana et du spectateur) sont en mouvement, créant un résultat d’urgence et de clarté dans la confusion.
Le montage du long-métrage est aussi à souligner. Il marie chaque élément distordu du récit, les mêlant afin de perturber le public, de le mettre dans la peau de la protagoniste. Créant du sens dans une confusion omniprésente, le montage de Honey Bunch est remarquable!
![[Critique] « Honey Bunch » : une excentrique plongée dans la perdition de soi 19 HONEY BUNCH Still 3](https://cdn.horreur.quebec/wp-content/uploads/2026/01/HONEY-BUNCH-Still-3-750x422.jpg)
Un regard féministe sur l’œuvre
Il est difficile d’aborder le regard féministe que l’on peut poser sur Honey Bunch sans divulgâcher…
Cependant, le film de Dusty Mancinelli et Madeleine Sims-Fewer est une belle mise en image de la théorie du gaslighting, une notion importante dans les études féministes et de genre. Pousser insidieusement une femme à douter de la réalité, distordre le vrai du faux afin qu’elle perde ses repères dans le but de la formater, de la construire telle qu’on le souhaite, d’obtenir un contrôle absolu sur sa personne et son esprit tient purement et simplement du gaslighting.
En ce sens, Honey Bunch est un film qui peut être analysé sous le regard féministe!
En bref
Honey Bunch est un film qui frappe fort : entre histoire d’amour, doutes et égoïsme, le spectateur est plongé dans les abysses d’une recherche de soi et de la réalité.
Une quête de réponses dans un labyrinthe sinueux et aliénant.
Honey Bunch est un film à voir, et certainement de ceux à revoir dans le but de déceler des détails qui auraient pu échapper, même au regard le plus aguerri, lors du premier visionnement.
En salle jusqu’au vendredi 30 janvier, le film se retrouvera dès le 10 mars sur Shudder!

![[Critique] « Honey Bunch » : une excentrique plongée dans la perdition de soi 12 HONEY BUNCH Still 4](https://cdn.horreur.quebec/wp-content/uploads/2026/01/HONEY-BUNCH-Still-4-1155x770.jpg)


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