Dissection pour collectionneurs: Suspiria de Synapse

Le film10
Les suppléments8
Le transfert9
Note des lecteurs0 Note0
9

«These peoples, the censors, should be put in prison. Would you go to a museum and cut up a painting you don’t like?»

— Dario Argento

Une jeune Américaine qui vient d’entrer dans une académie de danse, où elle réside en pension, sera confrontée à différents incidents étranges. Transportée dans une inquiétante investigation avec sa voisine de chambre, elle soupçonnera bientôt son collège d’être un repère pour sorcières.

Suspiria vient d’avoir 40 ans et visionner cette œuvre en 4K nous fait comprendre plus que jamais qu’il s’agit non seulement du meilleur film de Dario Argento, mais aussi d’un film phare dans l’histoire du cinéma d’horreur. Pas étonnant que l’agence de presse Mediafilm, division de Communications et Société, et fournisseur de contenu cinématographique en français en Amérique du Nord, ait récemment révisé sa cote à la hausse pour lui attribuer la note (3).

Le film d’Argento est une expérience sensorielle inégalable. Le visionnement plonge le spectateur dans une atmosphère qui n’est pas sans rappeler The Cabinet of Dr. Caligari, en partie à cause l’architecture aussi incongrue que sublime qui nous plonge dans l’irrationnel dès le départ. Combiné à un parti pris esthétique de couleurs flamboyantes, et à cette musique diabolique interprétée par le groupe Goblin, on peut presque supposer que Suspiria devient une sorte de prolongement au climat cauchemardesque dressé en 1919 par Robert Wiene. Argento peut se permettre d’y ajouter, en prime, des meurtres ultra-violents et si stylisés qu’ils forment une adéquation esthétique parfaite avec le reste.

Contrairement à différents longs-métrage qui ponctuent les scènes d’horreur avec un thème sonore pour indiquer aux spectateurs la menace à venir, le maestro italien ne donne que très peu de répit à son audience. En effet, la ritournelle des Goblin s’entend durant pratiquement la totalité du film. Elle nous rappelle que le film est entièrement un mauvais rêve. Dès que Suzie s’avance vers les portes de l’aéroport, pour traverser le miroir de la réalité vers cette hantise hallucinatoire, ce chant démoniaque s’installe.

De plus, le choix d’acteurs au physique étrange pour incarner le personnel de l’école nourrit aussi l’inquiétante étrangeté qui imprègne le récit. Joan Bennett avait joué la doyenne froide dans la série The Dark Shadows et elle y reprend un rôle similaire. Argento a d’ailleurs souvent parlé de son affection pour Fritz Lang et, comme nous le savons, Bennett a tourné plusieurs films avec Lang. Alida Valli fait figure de mère marâtre d’une sévérité inébranlable et Giuseppe Transocchi donne froid dans le dos en Pavlo.

L’histoire de Suspiria est très simple et Argento a toujours été assez débridé avec ces narrations. Pourtant, il souligne si aisément que son récit échappera à toute rationalité, qu’on ne peut lui tenir rigueur des raccourcis étranges qu’il prendra. Il est tout à fait passionnant de lire les interprétations des fans sur le Web, face à certains flous. Est-ce que Suzy ne serait pas elle-même une sorcière, ce qui pourrait motiver le corps enseignant à tenter l’impensable pour faire d’elle une pensionnaire de l’académie? L’actrice Barbara Magnolfi, qui interprète le rôle d’Olga, mentionne en entrevue sur ce Blu-Ray, que, pour elle, son personnage était un membre participant de ce gîte de sorcières. La quantité d’interprétations mis bout à bout devient plus long qu’une autoroute; chacun est donc libre de décrypter ces scènes subjectives afin d’y donner son avis.

Lorsque Synapse a annoncé être sur le point de ressortir les trois titres d’Argento dont ils ont acquis les droits, il était très facile de présumer que Suspiria serait le dernier. On allait nous faire attendre pour le meilleur, en nous présentement stratégiquement ce que le studio pouvait apporter aux deux autres films. En voyant le travail irréprochable sur Tenebre, mais aussi Phenomena, l’éditeur a fait monter l’anxiété chez les fans. Nous disséquons, ici, le «Limited Edition Steelbook», paru en 6000 copies uniquement, et les attentes étaient monumentales. Il faut donc admettre qu’elles furent rassasiées en grande partie.

Qu’en est-il du transfert ? Si les puristes pourront y déceler quelques arrondissements des extrémités de certains plans, à l’écran, cette restauration n’en demeure pas moins sublime. Environ seize années se sont écoulées depuis la première sortie du film en DVD par Anchor Bay. Comme on pouvait s’y attendre après avoir vu d’autres films du maître très bien résister au médium Blu-Ray (pas juste chez Synapse), Suspiria est plus admirable que jamais et cette résolution visuelle assez impeccable ne fait que renforcir cette impression de cauchemar éveillé. Les couleurs y sont tranchantes comme du cristal et l’image est nettoyée de la moindre petite égratignure.

Que nous offre-t-on en prime? Deux commentaires audio, par les écrivains et experts Derek Botelho (The Argento Syndrome), David Del Valle (Lost Horizons Beneath the Hollywood Sign) et Troy Howarth (So Deadly, So Perverse: 50 Years of Italian Giallo Films). Les pistes de lectures du film que proposent ces discussions sont délectables, mais il aurait été tellement stimulant d’avoir Argento lui-même, ou un des artistes impliqués dans le tournage, nous commenter les scènes. Cette absence d’explications laisse le spectateur en suspens.

De toute évidence, nous allions proposer une série de capsules vidéo. A Sigh From the Depths : 40 Years of Suspiria est un documentaire qui met ce film en perspective par rapport à la filmographie d’Argento, mais qui souligne aussi ses points forts.

Do You Know Anything About Witch est un essai visuel proposant les théories et l’analyse d’un expert qui superpose ses phrases aux extraits concernés du long-métrage. Écrit, édité et narré par Michael Mackenzie, les observations sont très intéressantes, même s’il aurait été bien qu’on rallonge ce propos. Un autre clip se nommant Suzy in Nazi Germany nous explique l’importance, la symbolique et l’histoire des lieux montrés dans le film. Ce segment très instructif et fascinant est une fois de plus trop court. Une autre entrevue se nommant Olga’s Story nous offre les commentaires de l’actrice Barbara Magnolfi sur sa participation au film en tant qu’Olga.

Outre le superbe boîtier métallique, cette édition nous transmet un livret contenant une entrevue avec Luciano Tovoli (le directeur photo de Suspiria), quelques notes de Derek Botelho (un expert en effets visuels), ainsi que des commentaires sur la restauration audio du film par Vincent Pereira et Don May, Jr.

Ce coffret de trois disques comprend aussi une trame sonore remastérisée du film, incluant le thème de la formation Goblin. Cela devient un atout intéressant, même si le DVD de collection paru chez Anchor Bay en offrait une également. De plus, Suspiria est un film si réputé pour sa musique diabolique que les fans prêts à sacrifier près de 85 dollars pour ce Blu-ray en 4K risquent d’avoir depuis longtemps l’une des nombreuses bandes sonores disponibles.

La véritable lacune dans ses suppléments, c’est l’absence du cinéaste italien lui-même. Nous aurions aimé avoir ses remarques et commentaires, alors que son chef d’œuvre vient d’avoir 40 ans. Ceux qui connaissent moindrement le maître savent sa reconnaissance envers les fans. Il aurait été intéressant d’avoir ses impressions sur le film avec le temps, mais aussi sur ce travail de restauration.

N’en reste pas moins que Suspiria n’a jamais eu aussi fière allure et que ce visionnement en 4K justifie sa dépense.

 

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