Ce 3 avril, l’autrice Martine Bourque lançait au Théâtre Sainte-Catherine de Montréal son premier roman : Fétiches funèbres. Mêlant romance, cyberpunk et satanisme, cette proposition a tout pour plaire aux adeptes de musique gothique et de fantasy urbaine. Horreur Québec a rencontré l’autrice quelques jours avant le lancement.
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Publié aux éditions Alire, Fétiches funèbres est un prolongement d’un univers que Martine Bourque a développé précédemment dans deux nouvelles parues dans la revue Solaris : « Fétiches funèbres » (Solaris #206, 2018) et « Réalité liquide » (Solaris #230, 2024).
« Ma première nouvelle que j’ai publiée en 2018 – qui s’appelait aussi Fétiches funèbres – était en fait la version embryonnaire de mon roman », raconte Martine Bourque. Une nouvelle qui mettait déjà en scène les personnages de son livre.
« Mon autre nouvelle – Réalité liquide – se passe dans le même univers de science-fiction, mais avec des personnages totalement différents », précise-t-elle.
Situé en 2168, le roman se concentre sur Raven, la chanteuse du groupe retrogoth deathwave Funeral Fetish, qui se fait offrir une opportunité qu’elle ne peut pas refuser : faire une tournée nord-américaine avec Bloodscape, le plus célèbre groupe du genre.
Bien vite, Raven tombe amoureuse de Damon Blood, le chanteur de Bloodscape. Une relation échevelée et torride se développe rapidement entre les deux artistes, mais Raven découvre que Damon est atteint du même mal qu’elle : le syndrome de Crowley, une mutation génétique qui permet de faire de la magie, mais au détriment de son énergie vitale.
Ce point commun devrait les unir davantage, mais Damon abuse de son pouvoir, ce qui réduit son espérance de vie considérablement. Raven tente de le convaincre de faire attention à sa santé, mais Damon ne l'écoute pas, étant sous l’emprise d’une église satanique qui finance son art.
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Influence rétrofuturiste
Cyberpunk, deathwave et satanisme : difficile de ne pas penser à l’artiste de darksynth, Perturbator, et particulièrement à l’esthétisme exploité pour son album Dangerous Days (2014).
Si Martine Bourque préfère une musique plus atmosphérique, elle avoue aimer ce genre musical rétrofuturiste qu’est la synthwave et ses dérivés. « J’aime les sons électro, j’aime quand c’est dark, mais j’aime aussi quand c’est plus sensuel […] et sinistre », explique l’autrice.
De la sensualité, il n’en manque pas dans Fétiches funèbres, Raven étant une jeune femme de 21 ans qui n’a pas peur de vivre ses fantasmes, aussi morbides soient-ils parfois, et qui exprime ce qu’elle veut sans filtre.
Un côté frondeur qui risque de la rendre antipathique, voire toxique, aux yeux de certains. Est-ce que l’autrice craint que cela rebute certaines personnes lors de la lecture de son roman?
« Ça peut repousser certaines personnes, mais je pense que ça peut plaire à d’autres. C’est le fun un personnage féminin qui envoie chier tout le monde. Ça fait du bien », ajoute-t-elle en riant.
Une femme qui prend sa place, mais tout en faisant du mal aux autres. « Ça fait partie du côté dark de l’histoire, rétorque Martine. J’aime les personnages qui ne sont ni gentils ni méchants. »
Ça m’a fait du bien d’écrire un personnage qui se fout un peu de tout, même des fois de la morale.
— Martine Bourque, autrice de Fétiches funèbres
Éros et Thanatos
Sexe et mort sont deux thèmes omniprésents dans Fétiches funèbres. Le roman commence d’ailleurs par un fantasme de Raven qui s’imagine mourir brûlée vive sur un bûcher tandis qu’elle est masturbée par son bourreau.
[Raven] s’imagine que la mort, c’est quelque chose de romantique.
— Martine Bourque, autrice de Fétiches funèbres
Une imagerie qui rappelle les thèmes de la sorcellerie et du satanisme abordés par la bande dans le roman, mais aussi une négation de plus en plus prononcée du réel.
Ainsi, en 2168, et bien que Raven s’y refuse, la majorité des gens vivent à plein temps dans une réalité augmentée ou virtuelle, étant complètement déconnectés de la « réalité zéro ». La mort aussi est quasiment devenue virtuelle, puisque les humains se liquéfient littéralement lors de leur décès. Bien que ce soit écologique que les corps des défunts soient biodégradables, cela écarte tout rite funéraire et tout contact direct avec la mort. Des considérations qui font écho au présent.
« Raven et moi, il y a beaucoup de différences, mais le côté qu’elle déteste la technologie, il y a un peu de moi là-dedans », soutient Martine. Elle dit s’inquiéter de l’impact de la technologie sur l’expérience humaine, sur notre capacité à entrer « vraiment en relation avec les gens ».
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Les rites, les rassemblements et les deuils sont également importants aux yeux de Martine, et elle déplore que tout ça devienne de plus en plus abstrait. « Je n’ai pas vécu beaucoup de deuils dans ma vie, mais l’impression que j’en ai, c’est que quand quelqu’un meurt, il disparaît de la vue du public », raconte Martine, remarquant que les veillées funéraires se font de plus en plus rares.
Un peu comme si on était dépossédés de notre deuil, voire de notre propre mort.
Rager sur papier
Bien qu’elle ait été elle-même chanteuse dans un groupe de death metal, Martine n’a jamais fait de tournée. Elle a donc interrogé son entourage de la scène metal pour savoir comment ça se passe lorsqu’on est sur la route pour faire des spectacles, particulièrement lorsqu’on n’a pas trop de budget et qu’on dort dans son van. Un univers qu’elle qualifie « d’un peu trash ».
Trash est également une bonne façon de décrire son écriture, surtout que le récit est raconté à la première personne par Raven, une femme qui ne mâche pas ses mots.
J’avais un trop plein quand j’ai écrit ça. J’avais comme envie de dégueuler sur la page, se remémore l’autrice. J’étais dégouttée et tannée de ben des affaires et c’est comme ça que c’est sorti et ça m’a fait du bien.
— Martine Bourque, autrice de Fétiches Funèbres
La violence du monde l’affecte au quotidien, admet Martine, et l’art lui permet d’évacuer sa rage et les frustrations que les injustices alimentent. « C’est pour ça aussi que j’ai gueulé dans un [micro] pendant dix ans », dit-elle, faisant référence à l’époque où elle faisait du death metal.
L’écriture est donc un exutoire pour elle, que ce soit en chanson ou en littérature.
Fétiches funèbres est disponible en librairie depuis le 25 mars.
Passion hivernale
Le public présent au Théâtre Sainte-Catherine a eu droit à un double lancement. En plus du roman de Martine Bourque, le groupe de dark synth Winterlvst lançait son premier album : Awakening. Jetez-y une oreille! C’est la playlist idéale pour plonger dans l’univers de Fétiches funèbres.


![[Entrevue] « Fétiches funèbres » : sexe, drogues et deathwave 12 Martine Bourque autrice](https://cdn.horreur.quebec/wp-content/uploads/2026/04/Martine_Bourque_autrice-1155x770.jpg)


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