Le mal de l’air, le nouveau roman de la collection Noire de La courte échelle, raconte l’histoire de Maverick et de sa sœur Laetitia, qui prennent le vol 765 en direction de Bruxelles afin de rendre visite à leur père bédéiste, installé là-bas depuis un an. Très nerveux à l’idée de prendre l’avion et de quitter sa mère, Maverick sera confronté, aux côtés de sa sœur, à d’horribles scènes d’horreur à la suite de la propagation d’un mystérieux virus qui frappe les passagers pendant le vol.
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Un livre écrit par Jocelyn Boisvert et illustré par Alain Pilon, qui signent ici leur première collaboration.
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Horreur Québec : Le début de votre collaboration, c’est une décision de la maison d’édition? Comment avez-vous commencé à travailler ensemble?
Jocelyn Boisvert : En fait, c’est vraiment Carole Tremblay qui est le grand manitou de la Collection Noire à La courte échelle. C’est elle qui a parti cette collection-là, avec son bras droit pour le visuel, Julie Massy, qui s’occupe de l’infographie et qui est aussi illustratrice. Ce sont elles qui m’ont proposé Alain Pilon, en mentionnant qu’il avait publié dans le New Yorker, entre autres. Ça s’est fait comme ça. J’avais vu quelques images, mais on ne savait pas trop. Quand on travaille avec un illustrateur, on ne sait jamais à quoi s’attendre. C’est toujours un genre de saut dans le vide, on se croise un peu les doigts pour que ça fasse l’affaire et que ce soit cool. Ce sont vraiment elles qui sont allées chercher Alain.
HQ : Puis toi, Alain, comment on se prépare pour illustrer un roman comme ça? Comment tu choisis ce que tu vas illustrer? Est-ce que ce sont des commandes sur certains passages du roman ou c’est toi qui choisis?
Alain Pilon : Honnêtement, je ne m’en souviens pas! Je fais comme un genre de découpage. Je m’arrange pour qu’il n’y ait pas cinq dessins en ligne, puis trente pages sans aucune image. J’essaie de placer et de distribuer les illustrations assez également dans le livre. Puis bon, c’est sûr que je vais chercher les moments qui, pour moi, sont les instants forts de l’histoire, comme le gars qui se mange la main.
HQ : Tu as fait plein de travaux à l’international et j’ai vu aussi que tu avais plusieurs styles. Tu as fait des estampes pour ce roman-là?
AP : En fait, ce sont de fausses gravures sur bois. C’est tout fait avec un stylo BIC, puis après ça, Photoshop.
HQ : Wow, OK. Impressionnant. Je pensais vraiment que c’était des gravures.
AP : C’était le but! C’était un mélange entre le manga japonais et la gravure expressionniste. J’ai essayé de bidouiller quelque chose. J’ai vraiment essayé de me faire plaisir. Je ne l’ai pas fait pour le cachet. Je me suis dit que j’allais le faire, mais qu’en même temps, j’allais me faire plaisir.
Au Québec, le cachet, c’est rarement ça qui est la motivation première.
JB: Ici, on fait ça par passion.
HQ : La littérature, c’est quand même compliqué, de plus en plus. Ce n’est pas un secret. Tout ce qui est bande dessinée, romans, etc.
AP : Même en France, pour les auteurs de BD, c’est l’enfer.
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JB : C’est une avance qui fond comme neige au soleil. C’est de moins en moins gros. J’aurais aimé ça publier de la BD en Europe ; il y a vingt ou trente ans, ça avait l’air tellement bien. J’ai fait une bande dessinée qui s’appelle Mort et déterrée, publiée chez Dupuis. On a fait trois tomes avec Pascal Colpron et ça s’est bien déroulé. Mais dans une situation économique un peu précaire, surtout avec la pandémie, ça a quand même bouleversé les choses. Je parle à d’autres bédéistes qui disent qu’avant, c’était une autre histoire. Tandis qu’aujourd’hui, tu es quasiment obligé de dessiner vite si tu veux rentabiliser. Ce qui est super dommage, parce que c’est un art. Et comme tout art, il faut prendre son temps.
AP : Moi, j’ai fait quand même beaucoup de littérature jeunesse en France. Tu n’as même pas commencé, tu n’as même pas lu le texte, que déjà ils veulent tout de suite la couverture. Parce que pour que les représentants vendent le livre, ça leur prend une couverture. Tu viens juste de raccrocher le téléphone, et on te demande la couverture.
HQ : Le visuel, c’est tout le temps ça, c’est la première chose qui tente l’acheteur.
JB: C’est le visage du livre. Là, dans ce cas-ci, c’est littéralement un visage. Je vais faire un petit parallèle. Je tripe vraiment sur les films de la Hammer des années 50 et 60. Je regarde des documentaires là-dessus. Ils disaient qu’avant même que le film soit fait, avant même d’avoir les acteurs, il fallait l’affiche. L’affiche, ça faisait vendre le film. Ça m’a vraiment fait penser à ça.
HQ : Jocelyn, tu parles de BD aussi dans le roman. Le père déménage en Belgique pour travailler dans le domaine. C’était un personnage inspiré de ce que tu aurais voulu faire?
JB : Complètement. Dans l’histoire, le père reste à Bruxelles. Je n’ai jamais pensé déménager là-bas, mais juste avant la pandémie, quand ma bande dessinée est sortie, j’ai été invité en Belgique. J’ai trop trippé. Je pensais que c’était le début de ma nouvelle vie d’une certaine manière, parce que je rencontrais mes idoles, mais c’était vraiment à l’aube de la pandémie. Je me suis amusé à imaginer ça pour le livre. Par contre, ce qui m’a réellement inspiré l’histoire, c’est que je me suis séparé de la mère de mes enfants, et mes enfants ont réellement eu à prendre l’avion sans leurs parents. Moi, j’habite aux Îles-de-la-Madeleine, ça m’oblige à voyager beaucoup, donc les enfants devaient parfois prendre l’avion. Aujourd’hui ils sont plus vieux et très à l’aise, mais quand ils étaient plus jeunes, la plus grande était plutôt calme, comme le personnage de Laetitia, alors que mon plus jeune était vraiment super stressé, comme Maverick. Je me suis vraiment basé sur mes enfants pour la dynamique.
HQ : Ce sont tes enfants qui t’ont influencé pour les personnages principaux?
Jocelyn Boisvert : Non, c’est juste que quand je suis venu pour trouver les personnages et déterminer quel genre de vol ça allait être (un vol outre-Atlantique), je me suis imaginé un petit peu être le père qui déménage en Belgique. L’idée m’est venue alors que j’étais avec une autre autrice dans une tournée scolaire en Ontario. On prenait l’avion, on parlait de livres d’horreur, et à un moment donné, je me suis dit qu’il y avait sûrement une bonne histoire d’horreur à écrire dans un avion. Mais je n’avais pas d’autre idée sur le coup. J’ai toujours mon calepin avec moi pour écrire mes notes. J’ai juste écrit : « Histoire d’horreur dans un avion. » Après ça, dans un café, je me suis demandé ce qui pourrait se passer. Et j’ai eu la première scène choc de l’histoire : le moment où on comprend c’est quoi, ce virus-là. Qu’est-ce qu’il fait exactement aux passagers.
Je me disais que c’était peut-être un peu trop gore, un peu trop intense pour ce que La courte échelle voulait.
Je l’ai un peu racontée à ma blonde, qui m’a dit : « Jocelyn, pourquoi tu fais des choses de même? C’est absolument horrible. »
Je l’ai même racontée à un groupe de quatrième année au primaire pendant une animation scolaire. Il y a une petite fille qui a éclaté en sanglots!
Un des personnages se bouffe sa propre main. Elle a vraiment éclaté en pleurs. Là, je me disais de ne pas s’inquiéter, que je m’amuse avec l’horreur et que ça ne se peut pas en vrai! Mais elle l’avait vraiment pris au premier degré.
![[Entrevue] « Le mal de l'air » : Boisvert x Pilon - Quand les mots et les images créent le frisson parfait 21 entrevue 1](https://cdn.horreur.quebec/wp-content/uploads/2026/03/entrevue-1-684x450.jpg)
HQ : Quand tu écris des histoires comme ça, est-ce que tu adoucis beaucoup ton écriture pour les jeunes?
JB : Absolument pas. En fait, je veux triper. Moi, je veux aimer l’histoire. Dans ces collections-là, il y a une gradation (une lune, deux lunes, trois lunes) pour indiquer à quel public le livre s’adresse. Même si j’écris pour les sept ans et plus, je veux que mon histoire soit bonne. Je veux quand même qu’elle fasse peur un peu, tout en étant conscient des thèmes que je vais utiliser pour ne pas aller trop loin.
AP: Je peux ajouter quelque chose? À La courte échelle, ils trouvaient que je n’avais pas mis assez de sang dans mes dessins! Il n’y en avait jamais assez.
JB: Mais c’est drôle, parce que si j’avais donné cette histoire-là à Carole Tremblay il y a huit ans, je suis à peu près certain qu’elle l’aurait refusée. Elle aurait trouvé que c’était trop gore. À l’époque, j’avais envoyé des textes qu’elle trouvait trop intenses, pensant que c’était plus pour le secondaire (ce sont des romans que j’ai finalement publiés dans d’autres maisons d’édition). Mais là, parce que les jeunes lecteurs aiment de plus en plus l’horreur, ça passe. Ils aiment vraiment ça, les livres sont très attendus. Ils s’endurcissent.
L’horreur, c’est un peu comme ça : tu veux te tester. Tu veux lire une histoire un petit peu plus intense, plus forte, plus épeurante.
HQ: On apprivoise la peur.
JB : C’est vraiment ça, oui.
HD : Selon vous, qu’est-ce qui différencie La courte échelle et la Collection Noire des autres maisons d’édition qui font des romans jeunesse d’horreur?
AP : Je vais être bien franc avec toi, je ne connaissais pas ça. Pour moi, c’est nouveau. Je n’ai pas d’enfants, ce qui fait que je ne sais pas vraiment. Je connaissais La courte échelle, je savais que c’était la grande maison d’édition.
JB : La Collection Noire a vraiment remis l’horreur au goût du jour chez les jeunes, et ça fait lire des milliers d’enfants. Je le vois dans les classes. Quand je leur dis que j’en ai un quatrième qui s’en vient et que je leur demande s’ils veulent voir la couverture, ils en tremblent! Ils veulent savoir si ça va être un deux lunes ou un trois lunes. C’est l’apothéose. Je lève vraiment mon chapeau à Carole Tremblay, qui a parti la collection et qui l’amène de main de maître. Dans ces livres-là, il y a énormément d’amour. Ils ne font pas les choses rapidement, tout est réfléchi. Ils veulent aussi que chaque livre ait sa singularité.
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J’ai fait un autre livre qui s’appelle L’homme aux araignées. Le visuel est vraiment intéressant : quand les araignées arrivent dans mon histoire, elles envahissent physiquement les pages du livre, de plus en plus, à chaque page.
Elles se promènent sur la page, un peu comme si c’était un flipbook. Ça crée une atmosphère spéciale, surtout pour ceux qui sont un peu arachnophobes. C’est un cauchemar absolu!
Ma blonde, quand elle l’a vu, a dit des mots d’église que la décence m’empêche de répéter ici!
HQ : Comment on fait, en tant qu’adulte, pour s’adapter à l’écriture pour jeunes?
JB : Ma réponse va peut-être te décevoir, mais je pense que je suis resté jeune. Je suis encore un grand ado. Ça me plaît toujours, ces choses-là. Je me paie une aventure horrifique que je vis moi-même. Je le fais vraiment d’abord pour moi, tout en étant conscient qu’il y a des zones où je n’irais pas puisque j’écris pour des jeunes. Je pense que si je ne publiais pas de livres, j’écrirais quand même.
HQ : C’est une passion.
Jocelyn Boisvert : Oui, c’est ça. Tant mieux que je les publie et que je puisse vivre de ma plume, c’est génial! Mais quand j’ai commencé à écrire, ce n’était pas clair que j’allais réussir à publier un livre. J’écrivais beaucoup, j’étais dans mon imagination et j’avais du fun.
HQ : Si des parents hésitent à acheter Le mal de l’air à leurs jeunes, qu’est-ce qui le démarque?
JB: Je pense que cette histoire-là vient un petit peu de la pandémie. Le jeune personnage est très anxieux, il a peur des microbes, des virus. Pendant la pandémie, j’ai eu à prendre l’avion souvent parce que je vivais sur une île isolée. Les masques, c’était évident. D’imaginer un virus avec un état de paranoïa qui est un million de fois pire que la COVID, dans un tube à 10 000 mètres dans le ciel, je trouvais ça particulièrement horrible et oppressant. Après ça, une fois que tu as ces éléments-là, c’est de voir comment les héros vont essayer de s’en sortir.
HQ : Ouais, il y a un huis clos. Souvent, c’est anxiogène. Là, un huis clos dans les airs, c’est pire! J’ai beaucoup aimé ce côté-là du livre. Un mot de la fin?
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JB : Je veux saluer ton travail, Alain. Les illustrations que tu as mises dans le livre, le petit côté étampe, ça donne vraiment une texture à l’histoire. Des fois, ça frôle quasiment l’abstraction et j’aime vraiment ça. On parlait de climat anxiogène dans un huis clos ; je trouve que mettre des images un peu indéfinies, ça ajoute à l’histoire. Si on regarde la couverture, il y a quelque chose d’un peu étrange. Quelque chose de vide dans le regard. J’ai pu tester la couverture chez les jeunes et ça a très bien fonctionné. Donc, merci pour l’ouvrage.
AP : C’est toi qui m’as inspiré. Ton texte.
JB : Moi, quand je remets mon texte, au niveau du visuel, ce n’est pas grand-chose. C’est Alain qui a travaillé là-dessus, avec toute l’équipe de La courte échelle. Julie Massy est une perle. Elle et Carole Tremblay, c’est un duo de choc. Le succès de la Collection Noire repose vraiment sur ces deux femmes extraordinaires. Je suis allé en Italie au mois de septembre, et j’ai trouvé un de mes titres traduits en italien dans une librairie!
La Collection Noire est rendue en Italie, en France, en Belgique, et traduite en anglais dans le Canada anglophone. C’est un superbe succès qui fait lire notre jeunesse.
HQ : C’est l’introduction parfaite à l’épouvante. Honnêtement, ce genre de roman agit souvent comme un tremplin pour les jeunes lecteurs et forge leurs goûts littéraires futurs. Cette série relève le défi avec brio auprès de la nouvelle génération. Chapeau à vous deux : c’est une superbe réussite, et les illustrations sont tout simplement géniales.
Jocelyn Boisvert : Merci beaucoup!
Alain Pilon : Merci!
Le mal de l’air est disponible dès maintenant en librairie.


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