[Critique] 3 From Hell: Adieu mon Capitaine!

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Note Horreur Québec

Après avoir miraculeusement survécu à une fusillade, les trois membres de la famille Firefly sont dorénavant sous les verrous. Très vite, le demi-frère d’Otis le fait évader et ce dernier fera cavaler sa sœur rapidement.

L’univers cinématographique de Rob Zombie semble diviser les cinéphiles en catégories aussi peu pertinentes les unes des autres. Il y a premièrement ses détracteurs, qui articulent souvent leur haine autour d’arguments prévisibles, mais il y a aussi les fans complètement aveugles du cinéaste qui lui confèrent le talent d’Orson Welles et prétendent que ses diffamateurs ne connaissent rien. Le plus déplorable entre ces deux groupes demeure le manque de communication et d’échanges enrichissants. Comme s’il fallait réduire l’expérience d’un film au visionnement momentané, et que la conversation avec autrui ne servirait qu’à faire fuir ou à enrôler des partisans. Transmettre nos sentiments et notre savoir et accepter celui des autres peut enrichir notre expérience face à un film. Nous savons tous que cette réussite technique utopique que tente de définir chaque critique, ayant forcément un modèle d’excellence, peut être relativisée à différents niveaux.

3 From Hell

3 From Hell est le troisième volet de la saga entamée en 2003 avec le désormais culte House of 1000 Corpses. Depuis son annonce, les fans du chanteur/cinéaste suivent chacune des étapes de la création du long-métrage et sont à l’affût de la moindre nouvelle. Il faut dire qu’après la finale anthologique et audacieuse qu’avait livré Zombie à la fin du second opus, cette idée de résurrection paraissait aussi intéressante que risquée. Cette fois, aucune salle canadienne n’a pris le risque de diffuser le film, qui arrive directement en vidéo.

Forcément pris en otage par la maladie et la mort de Sid Haig, Rob Zombie a eu à remanier son scénario et plusieurs éléments semblent brouillons. La première partie se résume en une série de fausses images d’archives présentant le séjour et les procès du trio terrible. Une seconde nous montre leur périple en cavale, alors que Zombie termine son film avec une sorte de western un peu plus approximatif. Ce cher Rob a souvent stipulé avoir une grande culture cinématographique et on ne peut qu’acquiescer à la vue de ses clips et de ses films. On se souvient qu’avec House, le cinéaste a proposé sa propre lecture de The Texas Chain Saw Massacre, où le visuel poisseux de Tobe Hooper faisait place à des filtres phosphorescents. Bien sûr, on se rattachait aux série-B des seventies, mais à plusieurs niveaux, le film réussissait à pasticher également le Hollywood de l’âge d’or, dans lequel Sheri Moon devenait presque une Marilyn Monroe diabolique. Zombie a ensuite repensé le survival et le western avec son majestueux The Devil’s Rejects, qui renferme des segments extrêmement violents, notamment une agression dans une chambre de motel à la limite du supportable. Ses vilains le sont plus que jamais, et on pense forcément aux classiques amenés par le Wes Craven des premiers temps, mais aussi à certains classiques du western comme The Wild Bunch. Mais voilà qu’avec 3 From Hell, le réalisateur semble manquer de modèles et décide de s’inspirer de… Rob Zombie. C’est-à-dire que ce troisième chapitre balaie ici et là des idées qu’il avait lui-même mieux défendues dans ses deux premiers chapitres.

Si la grande gueule de capitaine Spaulding nous manque, et que sa courte apparition vaut le détour, on est en droit de se rappeler ce délectable langage ordurier employé dans 31, alors que des personnages nous lançaient des dialogues aussi truculents que profanes. Dans ses mots comme dans ses actions, 3 From Hell se veut trop gentil. Dommage qu’un personnage aussi savoureux qu’Otis se soit aussi assagi. Rob aurait eu avantage à mettre à profit une entité aussi barbare. Le grand talent de Bill Moseley est sous-utilisé, et il en est de même pour Dee Wallace, dont le personnage coloré manque d’action. Si elle continue de crever l’écran en Baby Firefly, Sheri Moon est, en revanche, la seule à obtenir un rôle digne de ce nom. Notre amour pour ces personnages rend la ballade amusante, mais cette vague reste néanmoins la plus faible de la trilogie. Certaines dimensions socio-symboliques demeurent savoureuses. On peut y déceler plusieurs figures bibliques, mais il y a certes une lecture à faire du siège final survenant au Mexique, où Baby se mettra un panache de chef indien pour combattre.

À la réalisation, Rob Zombie assure. Jouant avec les textures de l’image, les angles et les éclairages, il réussit à nous dorer une pilule qui resterait en travers de la gorge sinon. Le film porte sa signature pimentée, et si vous avez aimez ces autres longs-métrages, vous risquez de vous y amuser. Cela dit, 3 From Hell reste son moins bon travail cinématographique jusqu’à maintenant.

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