[Critique] Creepshow (2019): BD et série B

2.5
Note Horreur Québec

Plus de trente-cinq ans après le premier film qui rendait hommage aux bandes-dessinées horrifiques des années 50 de EC Comics, Shudder ramène Creepshow aux fans d’anthologies et de petites histoires macabres cet automne. Le cinéaste Greg Nicotero (The Walking Dead) pilote le projet ambitieux qui réunit plusieurs grands noms du milieu.

Faisons un tour d’horizon des douze segments de cette nouvelle mouture, dont le dernier épisode arrivait sur la plate-forme le 31 octobre.

N.D.L.R.: Les étoiles représentent les segments préférés de l’auteur.


Gray Matter, réalisé par Greg Nicotero

C’est une histoire écrite par Stephen King, adaptée par Byron Willinger et Philip de Blasi, qui ouvre le bal. Un jeune homme terrifié débarque au dépanneur pour acheter des cigarettes à son père, un alcoolique notoire de la petite ville. Deux locaux iront investiguer la demeure pour voir ce qui s’y trame. Dommage que le jeu des acteurs soit plutôt inégal. On est très heureux de retrouver la toujours excellente Adrienne Barbeau, qu’on pouvait voir également dans le segment The Crate du premier film, mais le jeune homme à qui elle donne la réplique est carrément à côté de la plaque. La transformation du père, qu’on observe au fil du segment, fonctionne bien quand à elle et le travail au niveau de la créature finale est le plus impressionnant de l’anthologie. Les personnages de Tobin Bell (Saw) et Giancarlo Esposito (Breaking Bad) ne savent pas ce qui les attend…

Gray Matter Creepshow

Etoile Horreur Québec

The House of the Head, réalisé par John Harrison

L’auteur du roman Bird Box signe ici une fable surréaliste, amusante et particulièrement inquiétante où une jeune fille découvre des choses plutôt étranges dans sa maison de poupées. The House of the Head est certainement l’un des segments les plus intéressants et étranges de cette anthologie — Shudder a d’ailleurs beaucoup misé sur les images de celui-ci pour sa campagne de publicité. Si on s’amuse à suivre l’évolution de la situation, l’épisode s’avère toutefois répétitif et manque peut-être un peu de substance. D’où vient cette tête ignoble? La fin ouverte est néanmoins bienvenue et toute indiquée dans ce genre de projet. Au final, on aurait pris davantage de segments de la sorte. Avez-vous repéré l’hommage à Creepshow 2?

The House of the Head Creepshow

Bad Wolf Down, réalisé par Rob Schrab

On se retrouve en pleine Seconde Guerre mondiale où un groupe de soldats américains pris au piège trouve un moyen saugrenu de se sortir de sa fâcheuse position. Sachant d’entrée de jeu qu’il s’agit d’un film de loups-garous, avouons qu’il ne reste plus beaucoup de surprises à découvrir dans Bad Wolf Down. Jeffrey Combs (Re-Animator) est ici entre autres accompagné du chanteur-rapper-producteur Kid Cudi pour des résultats plutôt mitigés, en partie à cause des dialogues très douteux. Et entre nous, pourquoi donne-t-on des rôles francophones à des acteurs qui n’ont aucune idée de la langue? On aurait pu se rabattre sur les effets, mais faute de budget, les transformations de loup-garous opèrent ici sous forme d’animations et le look final des bêtes n’impressionne pas outre mesure. Aussi bien le dire: le résultat est épouvantable. Suivant!

Bad Wolf Down Creepshow

The Finger, réalisé par Greg Nicotero

Qu’est-ce qu’on fait lorsqu’on trouve un bout de chair dans la rue? On le ramène chez soi! Ne serait-ce que pour sa narration à la première personne, The Finger offre une variation tout de même intéressante. L’acteur DJ Qualls (Z Nation, The Core) a la tête de l’emploi et on suit avec amusement l’évolution plutôt classique de sa relation avec son nouvel ami Bob, qui se veut attachant et adorable. Le rendu de la créature en CGI ne fonctionne pas du tout, celui en effet pratique n’est pas parfait non plus, mais la finale ouverte réussit à sauver les meubles de justesse.

The Finger Creepshow

All Hallows Eve, réalisé par John Harrison

Avec All Hallows Eve, John Harrisson (Tales from the Crypt) nous offre un segment peu mémorable de Creepshow. Cinq halloweeneux arpentent les rues du quartier un 31 octobre, mais ils ne sont pas à la recherche de bonbons. Le scénario syntonise Trick ‘r Treat avec ses traditions et légendes d’Halloween de manière moins réussie. La chimie opère pourtant au sein du groupe et une certaine nostalgie se dégage de l’ensemble, notamment grâce à la trame sonore. Il manque toutefois un peu de jus pour rendre le groupe vraiment menaçant ou même touchant, comme l’aurait bien voulu la dernière scène.

All Hallows Eve Creepshow

Etoile Horreur QuébecThe Companion, réalisé par Dave Bruckner

Dans The Companion, un garçon poursuivi par son frère tortionnaire se retrouve dans une ferme abandonnée habitée par une force surnaturelle. On reconnaît la signature du réalisateur de The Ritual au niveau de la créature construite à partir d’ossements d’animaux, bien que plus modeste que dans son précédent métrage. Certains effets rappellent même le Babadook de Jennifer Kent. Le retour en arrière sur les origines de l’épouvantail pimente cette affaire de vengeance sordide, dont la légende est plutôt bien développée, et qui s’avère somme toute efficace.

The Companion Creepshow

The Man in the Suitcase, réalisé par Dave Bruckner

Bruckner réalise également ce segment où un étudiant revient de voyage et ramène à la maison la mauvaise valise. Il y retrouvera éventuellement un homme piégé qui distribue de l’or de manière étrange. Le segment joue avec les notions d’avarice de manière excessivement convenue avec cette créature à mi-chemin entre le génie de la lampe et l’abominable lutin. Éventuellement, encore ici, on aurait peut-être préféré ne pas le voir dans sa forme finale, garder un peu de mystère et plutôt en apprendre davantage sur ses racines. L’issue finale est tout de même plutôt rassasiante.

The Man in the Suitcase Creepshow

Lydia Layne’s Better Half, réalisé par Roxanne Benjamin

Lorsqu’une femme apprend que sa patronne et amante ne lui fera pas profiter d’une importante promotion, les choses vont de mal en pis. Le réalisatrice de Body at Brighton Rock met en scène un duel peu commun, mais assez mémorable, dans ce huis clos entre deux (ex) amoureuses. Tricia Helfer (Battlerstar Galactica) se fait malmener de belle façon par sa co-vedette Danielle Lyn (Allegiant), donnant lieu à un échange verbal musclé et même quelques frissons bien orchestrés. La rivalité féminine et l’attrait du pouvoir sont au cœur de l’intrigue qui demande: connaissez-vous vraiment la personne avec qui vous couchez?

Lydia Layne’s Better Half Creepshow

Etoile Horreur QuébecNight of the Paw, réalisé par John Harrison

Un thanatologue (Bruce Davison, X-Men) accueille chez lui une femme victime d’un accident de la route et lui raconte l’histoire qu’il a vécue en compagnie de sa femme avec la fameuse patte de singe qui peut exaucer trois vœux. Davison offre certainement la performance la plus appréciable de l’ensemble de l’anthologie dans cette énième variation très intéressante du classique The Monkey’s Paw de W. W. Jacobs. Le jeu de dialogues qui s’opère entre les deux protagonistes, entrecoupé de scènes flashbacks, fonctionne très bien, merci à la réalisation habile et soignée de John Harrisson. Au final, l’histoire plus que centenaire qui nous somme de faire attention à ce que l’on souhaite est toujours aussi pertinente aujourd’hui.

Night of the Paw Creepshow

Times is Tough in Musky Holler, réalisé par John Harrison

Le très court Times is Tough in Musky Holler (environ quinze minutes) propose aux dirigeants corrompus d’une ville de goûter à leur propre médecine. David Arquette figure au générique dans le rôle du shérif violent. Malheureusement, la star de Scream est grandement sous-utilisée dans ce segment plutôt mineur. Beaucoup d’explications en flashback nous sont servies en séquences animées et la finale, qui se veut épique et sanglante, propose des scènes peu convaincantes où la violence est plutôt suggérée. Dommage.

Times is Tough in Musky Holler Creepshow

Skincrawlers, réalisé par Roxanne Benjamin

Skin Deep, c’est la nouvelle clinique du Dr. Sloan qui vous promet une méthode miraculeuse pour perdre du poids instantanément. Il s’agit du festival gore de l’anthologie et si on parvient à oublier toutes les lois de la physique et, surtout, de l’anatomie, on peut réussir à y trouver un certain plaisir. D’un côté, les prothèses pour engraisser les acteurs et certains commentaires ou dialogues sur le sujet de l’apparence sont complètement ridicules. Et c’est sans parler de cette idée pas très subtile d’une procédure télévisée en direct durant une éclipse solaire (!?). Mais de l’autre, la performance de Dana Gould (Southbound) et cette explosion de sang — à moitié réussie — qu’on nous propose au final amusent. Décidément, mieux vaut ne pas trop se prendre la tête avec Creepshow.

Skincrawlers Creepshow

By the Silver Water of Lake Champlain, réalisé par Tom Savini

By the Silver Water of Lake Champlain est le seul film de l’anthologie qui se permet de développer un peu ses personnages. C’est d’autant plus surprenant qu’il ramène à la réalisation le grand maître des effets spéciaux Tom Savini, qui avait travaillé sur film de 1982 et ne nous avait rien offert côté fiction depuis The Theatre Bizarre en 2011. On se retrouve pas très loin de Montréal, au Lac Champlain, où une jeune fille tente de percer le mystère qui a préoccupé son père du temps où il était vivant, celui du monstre aquatique Champy. Malgré un ou deux moment gores, le segment verse davantage dans le drame familial que le film d’horreur. Encore ici, la direction d’acteurs n’est pas de niveau alors que l’interprétation de l’ensemble paraît plutôt robotique. Les animatroniques géants, créés à la main, sont impressionnants, mais on devine l’issue du scénario dès les premiers instants.

By the Silver Water of Lake Champlain Creepshow


Au final, cette édition Creepshow 2019 s’avère amusante, mais sans plus. Même si on se réjouit de ce retour et qu’on aime revoir quelques-uns de nos visages préférés, force est d’admettre que les segments partagent tous une facture téléfilm plutôt décevante. En contre-partie, l’atmosphère BD et ses transitions sont très bien rendues — le générique d’ouverture est d’ailleurs magnifique. Il règne également une certaine homogénéité dans le style de l’ensemble. Les différentes histoires sont grosso modo du même calibre et, même si certains styles se ressentent, on discerne l’effort de vouloir présenter un produit fini cohérent; un aspect essentiel souvent négligé dans les films d’anthologie.

Avec autant de talent devant et derrière la caméra, peut-être que les attentes étaient trop élevées, mais espérons que Nicotero et son équipe en profiteront pour nous servir quelque chose de plus corsé tant au niveau des scénarios que du look final lors de la deuxième saison annoncée.

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