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[Critique] «His House»: accueillir les fantômes que l’on porte en soi

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4
Note Horreur Québec

Lorsque Netflix a vu His House (Sa maison) à Sundance en janvier dernier, le film leur a tellement plu qu’ils ont aussitôt délié les cordons de leur bourse sans fond afin de l’acquérir. Le streameur s’est ensuite assis pendant près d’un an sur le long-métrage pour s’assurer d’en faire son attraction principale durant le week-end d’Halloween. Leur confiance envers le film était contagieuse. Avec raison.

His House raconte l’histoire de Bol et Rial, un couple que la guerre civile sud-soudanaise a poussé à quitter son pays natal. Comme de nombreux migrants, ils ont emprunté la voie de la mer pour chercher à atteindre l’Europe. La traversée ne s’est pas déroulée sans heurts: la fille de nos protagonistes, Nyagak, a perdu la vie dans les eaux de la Méditerranée. Bouleversés, Bol et Rial doivent maintenant afficher un profil convaincant s’ils veulent espérer devenir citoyens de l’Angleterre. Obtenant d’abord le statut de réfugiés temporaires, ils sont interdits de travail et résident dans un logement miteux fourni par le gouvernement anglais. Le couple partage toutefois ledit logement, qu’il ne peut pas quitter, avec d’inquiétantes présences…

svg%3EProduit par la BBC, His House mêle la tradition du «kitchen sink» anglais, ou «réalisme social» dans sa traduction française peu inspirée, au cinéma d’épouvante gothique revenu en vogue depuis quelque temps. Il s’agit du premier long-métrage de Remi Weekes (Tickle Monster), qui fait écho au récent Atlantique de Mati Diop (aussi acheté par Netflix) dans sa volonté d’utiliser le fantastique pour représenter le coût humain des vagues migratoires en direction de l’Europe et les fantômes qui hantent leurs survivant.e.s.

His House rappelle bien le cinéaste Ken Loach dans sa façon de montrer l’inhumanité du léviathan administratif anglais, mais ce qu’on trouve au coeur du récit est plutôt l’histoire universelle d’une personne qui espère arriver à changer de peau et se confronte à chaque détour au poids du passé qu’elle cherche à laisser derrière elle. Weekes est d’ailleurs très créatif pour faire glisser le passé dans le présent: d’abord par l’emploi de la musique, puis par une série d’apparitions de plus en plus sinistres et finalement par des flashbacks impressionnants qui ramènent Bol au coeur de ses traumatismes.

Le cinéaste a aussi un très bon flair visuel lorsqu’il s’agit de susciter l’empathie pour l’état de confusion ressenti par une personne laissée à elle-même dans un pays qu’elle ne connaît pas. Dans les performances centrales, Wunmi Mosaku (Lovecraft Country) et Sope Dirisu (Gangs of London) sont excellents en couple qui se déchire entre deux perspectives du processus d’intégration à une nouvelle culture. L’un fait preuve d’obstination aveugle dans sa volonté de s’assimiler sans faire de remous, l’autre montre davantage de méfiance et de résistance, se résignant presque à faire marche arrière. Comme dans la majorité des fictions gothiques, la résidence des protagonistes devient un personnage en soi, reflétant l’état psychologique de Bol et Rial et se dégradant au même rythme qu’eux. Les scènes d’horreur sont très bien menées et misent sur des comédiens maquillés ainsi que effets pratiques.

À la manière d’un Mike Flanagan, Remi Weekes montre un talent assuré pour illustrer par l’horreur toute l’intimité et la subjectivité d’un univers émotionnel tourmenté. Le jeune cinéaste rejoint un courant récent qui se sert du genre pour bâtir des ponts entre l’expérience du monde des gens issus de communautés marginalisées et celle des spectateurs qui appartiennent aux différentes sphères privilégiées. Le film unit aussi ces différentes perspectives par un constat: Cellui qui cherche à enterrer son passé risque de se retrouver enterré.e par lui.

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