[Critique] Love, Death & Robots: les larmes de métal

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Produit par David Fincher (Se7en) et Tim Miller (Deadpool), il a fallu 11 ans au duo pour concrétiser Love, Death & Robots, qui devait être au départ un nouveau film adapté du magazine Heavy Metal. Maintenant disponible sur Netflix, l’anthologie propose 18 épisodes différents, d’une durée variant de 6 et 17 minutes, indépendants les uns des autres et utilisant des styles d’animation diverses, allant de la 2D traditionnelle à la 3D photo-réaliste.

Rappelons que deux films inspiré du magazine français de BD de science-fiction ont été produits jusqu’à maintenant, un premier en 1981 et un deuxième en 1999, ainsi qu’une série télévisée en 2012. Punk, subversif et parfois pornographique, Métal Hurlant mettait généralement en scènes des mutants, des machines et des femmes dénudées, et a inspiré l’esthétique de nombreux films tels que Mad Max, Alien et Blade Runner.

Love Death Robots Netflix affiche

Le tout ressemble davantage à une série comme Twilight Zone qu’à un film à sketchs. De plus, chose rare dans ce genre d’exercice, aucun des courts proposés n’est raté. Au contraire, la qualité est toujours au rendez-vous. Même si l’horreur est quasiment présente à chaque fois, l’ensemble penche définitivement du côté de la science-fiction. Il serait trop long de vous parler de tous les épisodes, donc voici quelques coups de cœur.

Le premier épisode (Sonnie’s Edge) n’est pas le meilleur du lot, mais donne un bon avant-goût pour la suite. Réunissant les trois «s» (sang, sexe, sport), on assiste à un combat entre deux monstres dignes d’un Kaiju eiga et contrôlés par des êtres humains grâce à des connexions neuronales. Un affrontement qui a lieu dans une arène et qui est motivé tout simplement par l’argent et le plaisir sadique du public. Le dénouement n’est peut-être par hyper-original, mais fait plaisir à voir.

Ressemblant à un vidéoclip déjanté de Marilyn Manson (sans Johnny Depp), la conclusion de The Witness est légèrement prévisible, mais l’esthétisme proposé impressionne par sa «trashitude». Le réalisateur Alberto Mielgo donne une patine cinématographique à l’image (scratch de pellicule et effet de floue sont au rendez-vous), tout en conservant un aspect bédéesque efficacement exploité par la matérialisation des sons à l’écran avec des onomatopées stylisées et dynamiques. La scène dans un bordel S&M dirigée par une «drag queen» clownesque vaut à elle seule le détour.

Sucker of Souls est le premier épisode de l’anthologie à renouer avec une animation traditionnelle en 2D et raconte l’histoire d’un archéologue et d’un groupe de mercenaires qui réaniment rien de moins que Vlad l’Empaleur. Ici, on est loin du gentilhomme à la Christopher Lee, l’apparence de ce Dracula se rapprochant davantage à celle d’un démon tout droit sorti d’un manga horrifique. Le scénario est parsemé de plusieurs touches d’humour bienvenues (la créature a peur des chats) et les dialogues sont franchement efficaces.

Croisement entre un film de Miyazaki et un récit steampunk, Good Hunting flirte également avec l’animation traditionnelle et fait preuve d’une profonde sensibilité. Un jeune Chinois devient l’ami d’une huli jing (femme-renarde) après que son père ait tué la mère de cette dernière. D’un film pastoral, on passe rapidement à un conte urbain avec l’arrivée des Britanniques qui prennent possession de Hong Kong. L’évolution technologique fait alors peu à peu disparaître la magie, ce qui empêche la femme-renarde de prendre une forme animale et la rend vulnérable aux abus des Anglais pas très respectueux de la gente féminine, surtout lorsqu’elle est d’origine chinoise. Brutalement mutilée par l’un d’eux, la femme se fait alors construire un nouveau corps par son ami humain fasciné par la robotique.

Dans Helping Hand, pour sauver des coûts salariaux, les missions spatiales effectuées pour la maintenance des satellites se font maintenant en solo. Pas très pratique lorsqu’un incident se produit pendant une sortie dans l’espace et qu’une astronaute se met à dériver, l’éloignant de sa capsule. L’héroïne trouve une solution inattendue à son problème, mais cela nécessite un douloureux sacrifice. Les plus empathiques d’entre vous risquent de détourner le regard lors de cet épisode.

Dernier coup de cœur de cette critique, Lucky 13 n’a rien d’horrifique, mais allez savoir pourquoi, il a profondément marqué l’auteur de ces lignes. L’héroïne de cet épisode est une pilote d’un vaisseau qui sert au transport des troupes pendant une nébuleuse guerre interplanétaire. Si son vaisseau, dont le numéro de matricule est 13-02313, n’a pas porté chance à ces précédents occupants — tous décédés — sa nouvelle pilote s’y attache rapidement au point de développer un certain respect et une complicité étrange avec la machine. Une attitude qui sera récompensée d’une belle manière.

Bref, dans Love, Death & Robots, il y en a pour tous les goûts. Que ce soit un redneck vivant dans un dépotoir, des mechas combattant des insectes géants, des androïdes visitant une Terre dévastée ou encore, des loups-garous enrôlés par l’armée américaine pour lutter contre les Talibans, vous devriez y trouver votre compte.

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