En 2024, le cinéma de genre a été littéralement cannibalisé par le phénomène The Substance de Coralie Fargeat, fable viscérale sur la haine de soi et la quête éperdue de la jeunesse. Sorti dans la même fenêtre temporelle, Shell, le deuxième long-métrage de l’acteur et réalisateur Max Minghella, a logiquement été éclipsé, relégué au rang de simple curiosité de festival.
Difficile d’exister lorsqu’on sort dans l’ombre d’un géant.
Pourtant, maintenant que la tempête médiatique est retombée, l’arrivée du film sur les plateformes de diffusion (Prime Video) offre l’occasion idéale de redécouvrir cette variation sur le même thème. Là où Fargeat optait pour le chirurgical et le glacial, Minghella choisit la satire pop et le film de monstre. Moins radical mais tout aussi corrosif, Shell mérite qu’on s’y attarde.
La promesse? Une jeunesse éternelle et une peau neuve.
![[Critique] « Shell » : le versant pop et monstrueux du miroir hollywoodien 13 shell 2](https://cdn.horreur.quebec/wp-content/uploads/2026/02/shell_2-750x422.jpg)
La péremption programmée de l’actrice
L’histoire nous présente Samantha Lake (l'impériale Elisabeth Moss), une actrice dont la gloire passée repose sur une sitcom familiale ringarde, Hannah Has a Heart. À l'aube de la quarantaine ,âge fatidique à Hollywood, Sam traîne un psoriasis tenace et subit l'humiliation constante des auditions où elle est systématiquement mise en concurrence avec la jeunesse triomphante.
Cette jeunesse a ici un visage, et pas n'importe lequel : celui de Chloe Benson (Kaia Gerber), une influenceuse insipide mais radieuse. Le choix de casting est ici méta et cruellement brillant : Gerber, fille de Cindy Crawford, incarne cette nouvelle aristocratie génétique qui n'a même plus besoin de talent pour réussir. Désespérée, Sam se laisse séduire par Zoe Shannon (Kate Hudson), la PDG de la clinique Shell, qui promet une régénération cellulaire totale.
Une satire aux couleurs de bonbon
![[Critique] « Shell » : le versant pop et monstrueux du miroir hollywoodien 15 shell 3](https://cdn.horreur.quebec/wp-content/uploads/2026/02/shell_3-338x450.jpg)
Dès sa scène d’ouverture, mettant en vedette une Elizabeth Berkley (Showgirls) méconnaissable et en proie à une décrépitude accélérée, Minghella annonce la couleur. Nous ne sommes pas dans le réalisme, mais dans une réalité augmentée, presque rétro-futuriste. La direction artistique, saturée de rose, de pastels et de décors luxueux, évoque moins Cronenberg que le cinéma de Paul Verhoeven ou la comédie noire Death Becomes Her (La mort vous va si bien) de Robert Zemeckis.
Le réalisateur utilise cette esthétique « glamour » pour mieux souligner la pourriture qui ronge ses personnages. Le film n’est pas tant une réflexion psychologique sur la dysmorphie qu’une charge contre l’industrie du bien-être. La scène la plus marquante, et la plus révélatrice, reste ce dîner mondain où les convives dégustent ce qui ressemble à du saumon fumé, avant de comprendre qu’il s’agit de la propre peau morte de leur hôtesse, régénérée par le traitement. Sam, totalement endoctrinée par le culte de la beauté, continue de manger.
La métaphore est posée : pour rester dans la course, le système demande littéralement aux femmes de s’autoconsommer.
![[Critique] « Shell » : le versant pop et monstrueux du miroir hollywoodien 17 shell 1](https://cdn.horreur.quebec/wp-content/uploads/2026/02/shell_1-750x422.jpg)
Du « Body Horror » au film de créature
Si le scénario de Jack Stanley explore les affres du vieillissement, il n’hésite pas à basculer franchement dans le body horror grand-guignolesque. Oubliez la subtilité : ici, on vomit bleu, la peau se craquelle comme de la peinture sèche et les créatures qui rôdent dans les ombres de la clinique rappellent les grandes heures des « Creature Features » des années 90.
C’est d’ailleurs là que le film divise. En glissant vers le film de monstre pur et dur dans son dernier acte, Shell perd peut-être en profondeur ce qu’il gagne en divertissement. Les effets spéciaux, mélange de pratique et de numérique parfois inégal, servent un final explosif qui rappelle les délires de Roger Corman (The Wasp Woman).
Elisabeth Moss, également productrice, ancre le film dans une réalité émotionnelle tangible qui empêche l’ensemble de sombrer dans la parodie totale. Elle excelle dans ce registre de la femme au bord de la rupture, prête à tout pour ne pas devenir invisible.
En somme, Shell est une série B de luxe, un divertissement cruel caché sous un emballage de comédie noire. Si The Substance était le film qui vous a fait détourner le regard, Shell est celui qui vous fera rire jaune. Il nous rappelle que la quête de la beauté est une coquille vide, brillante à l’extérieur, mais souvent monstrueuse à l’intérieur.

![[Critique] « Shell » : le versant pop et monstrueux du miroir hollywoodien 12 shell 3](https://cdn.horreur.quebec/wp-content/uploads/2026/02/shell_3-1155x770.jpg)


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