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Près d’un siècle après le classique de James Whale (1935), ressusciter la Fiancée de Frankenstein était un pari risqué.
Sorti le 6 mars dernier, The Bride!, le second long métrage de Maggie Gyllenhaal, a d’ailleurs divisé la critique. On lui reproche souvent un récit chaotique, des ruptures de ton abruptes et un grand écart déconcertant entre la romance gothique et le polar mafieux.
Pourtant, ce prétendu chaos cache une véritable note d’intention. À l’image de son célèbre monstre recousu de toutes pièces, The Bride! assume une structure fragmentée. Ses coutures apparentes reflètent directement les traumatismes d’une héroïne qui se réapproprie son corps et son histoire.
Contrairement à la version de 1935, cette nouvelle Fiancée refuse d’être une victime ou une simple réanimation de chair destiné à combler la solitude masculine. En reprenant vie, elle reprend d’abord la parole.
Dans le Chicago poisseux de 1936, Ida (Jessie Buckley), une travailleuse du sexe brutalement assassinée pour avoir tenu tête au mafieux Lupino, est ressuscitée par la visionnaire docteure Euphronius (Annette Bening) afin de tenir compagnie au monstre de Frankenstein (Christian Bale). Mais un détail crucial échappe à la scientifique : la jeune femme ne revient pas seule. Son corps réanimé sert désormais de réceptacle à l'esprit de Mary Shelley en personne. Revenue d'outre-tombe pour dicter la suite de son récit, l'autrice insuffle à Ida une rage millénaire.
Comment raconter de façon lisse et linéaire le parcours d’une femme brisée naviguant dans un univers rongé par la corruption, la violence patriarcale et les abus? L’irrégularité du film devient tout simplement l’écho de ce traumatisme.
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Un monstre hideux, mais profondément protecteur
L’une des grandes audaces du scénario réside dans sa redéfinition de la créature de Frankenstein, plus fidèle au roman. Loin de la relecture potentiellement plus esthétisée et « sexy » de Guillermo del Toro sortie en 2025, Christian Bale incarne un être repoussant, maladroit et profondément attachant.
« Maggie ose passer du sublime au ridicule d’une manière réellement formidable », confiait d’ailleurs Christian Bale lors de la promotion du film, résumant parfaitement l’audace de la réalisatrice.
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La fuite des deux amants vers New York prend des allures de Bonnie and Clyde macabre. Gyllenhaal subvertit la romance traditionnelle et s’offre même un clin d’œil méta particulièrement cynique : en montrant Frank fasciné par des comédies musicales hollywoodiennes ringardes (mettant en vedette son frère, Jake Gyllenhaal), elle dénonce l’hypocrisie d’une industrie qui nous vend un amour factice, lisse et inoffensif.
(Attention, divulgâcheurs) Là où la dynamique du duo brille réellement, c’est dans son évolution. Au départ, le scénario joue intelligemment sur la tromperie : Frank profite de l’amnésie post-réanimation d’Ida pour lui faire croire qu’elle est sa fiancée. Mais plus le récit avance, plus leur relation s’équilibre. Lors d’une scène poignante aux chutes du Niagara, il finit par avouer son mensonge. L’aveu de cette tromperie transforme le rôle de Frank : de geôlier, il devient un bouclier.
Lorsqu’Ida est harcelée par deux hommes à la sortie d’un club, la violence de Frank ne relève plus de la sauvagerie aveugle : elle agit comme un bouclier contre les agressions masculines d’un monde qui ne cherche qu’à consommer le corps féminin.
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Une profondeur psychologique qui donne une leçon au cinéma contemporain
L’œuvre se distingue par son refus de cantonner ses figures féminines à de simples faire-valoir. Ida n’est pas qu’une muse passive. Avec son dédoublement de personnalité, ses souvenirs traumatiques liés au crime organisé et sa volonté farouche de survie, elle possède une épaisseur psychologique rare. Cette trajectoire d’émancipation souligne, par contraste, les failles d’écriture de personnages récents comme Harley Quinn dans Joker : Folie à Deux.
Dans The Bride!, la folie n’est pas une simple esthétique : c’est une arme de survie.
En refusant de polir son récit, Maggie Gyllenhaal s’inscrit dans la digne lignée des réalisatrices de genre ayant choisi l’outrance pour briser les codes. On pense inévitablement à Jane Campion, sévèrement jugée à l’époque pour son subversif In the Cut, ou plus récemment aux œuvres viscérales de Julia Ducournau (Titane) et de Coralie Fargeat (The Substance).
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Cette désobéissance cinématographique culmine dans la caractérisation des seconds rôles, tous pensés pour renverser les stéréotypes. Le mythe du savant fou devient l’apanage d’une femme (Bening), tandis que l’enquête policière est en réalité menée par Myrna Malloy (Penélope Cruz). D’abord cantonnée à un rôle d’assistante, elle supplante brillamment le détective Jake Wiles (Peter Sarsgaard) pour prendre la place qui lui revient de droit.
Sublime esthétique et naissance de l’anti-Joker
Soutenue par une direction photo splendide qui magnifie la noirceur de la Grande Dépression, des sombres laboratoires aux éclairages contrastés d’un ciné-parc de l’Illinois, la réalisation culmine dans un sous-texte sociétal d’une rare puissance.
La conclusion tragique mais lumineuse du récit, suivie de la fameuse scène post-générique, renverse complètement les codes habituels. Si, dans Joker, les hommes s’appropriaient le maquillage du clown pour semer une violence destructrice, The Bride! propose exactement l’inverse.
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Inspirées par les diatribes d’Ida/Mary Shelley, les femmes de Chicago s’approprient la marque noire de ses lèvres pour en faire un cri de ralliement. Ce rouge à lèvres devient l’emblème d’une révolte contre l’oppression masculine. Ce n’est donc pas le chaos pour le chaos : c’est cette sororité enragée qui mènera à la chute et à l’arrestation du mafieux Lupino.
The Bride! n’est peut-être pas le film parfait que les critiques espéraient, mais c’est une œuvre riche, politique et visuellement somptueuse qui redonne enfin à la création de Mary Shelley. Au bout du compte, il faut l’avouer : ce genre de proposition audacieuse fait un bien immense au paysage cinématographique. The Bride! est une œuvre radicale et nécessaire, qui confirme le statut de Maggie Gyllenhaal comme l’une des voix les plus frondeuses du cinéma actuel.


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