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[Fantasia 2022] La Pietà: Œdipe exposant dix

Eduardo Casanova, qui nous a donné le déroutant et singulier Skin (Pieles) en 2017 — à voir chez Netflix si ce n’est déjà fait — est de retour avec son second long-métrage La Pietà (La Piedad), présenté en grande première nord-américaine à Fantasia. On y retrouve les mêmes excès visuels que son premier titre alors que le cinéaste espagnol souvent comparé à John Waters est en train de se construire une filmographie des plus uniques, qui ne ressemble à rien d’autre dans le cinéma de genre.

La Pietà suit la relation malsaine entre un jeune homme et sa mère, qui refuse de voir son fils quitter le nid douillet ou encore même mettre le nez seul à l'extérieur. Leur relation de co-dépendance attendra un nouveau sommet lorsque la maladie s'immiscera dans leur vie. Entre temps, les nouvelles à la télévision font état de la situation en Corée du Nord. 

Si on avait absolument à comparer La Pietà, on dirait qu’il s’agit d’un Pedro Almodóvar, stylé par Wes Anderson et écrit par le réalisateur de Pink Flamingos. Casanova explore cette fois le complexe d’Œdipe, et peut-être même le syndrome de Stockholm au passage, avec cette relation mère-fils des plus problématiques et en dressant plusieurs parallèles avec la situation politique de la Corée du Nord. Les rapprochements entre cette mère et la dictature de Kim Jong-il (le film se déroule en 2011, peu avant sa mort) sont audacieux, voire même dangereux, mais s’inscrivent bien dans la logique surréaliste du métrage. C’est dans le même ordre d’idée que la production s’attend à ce que le spectateur accepte la grossièreté de ces analogies, mais celleux qui préfèrent les trames un peu plus subtiles s’en trouveront un brin décontenancés.

Reste que comme avec Skin, le traitement de cette réalité est plutôt rafraîchissant et fascine grandement visuellement. La direction artistique de La Pietà impressionne encore avec ses décors et costumes pastels immaculés — une «prison rose», comme le décrivait le cinéaste lors de la projection. L’homme qui donne dans le trash opulent bombarde d’images indélébiles pour l’esprit. Qu’on se retrouve en contre-plongée sous une femme qui urine ou qu’on assiste à un accouchement cauchemardesque hors norme, le huis clos (ou presque) n’aura été aussi stimulant pour les yeux.

Ángela Molina (Étreintes brisées) est également délicieuse de malaise dans son rôle de la mère, Libertad (hihi!). L’actrice dose habilement l’exubérance requis pour ce genre de mélodrame, et ce, en parfaite contradiction avec le jeu désincarné de Manel Llunell (Valley of the Dead).

Les festivaliers qui ont pu attraper La Pietà sur grand écran ont de la chance: la production en collaboration avec Netflix devra être altérée en lien avec des passages sur Kim Jong-il et l’usage de chansons propagandistes nords-coréennes avant sa sortie sur la plateforme. Il s’agissait donc tristement de l’unique chance que nous avions de voir le produit intact. Concernant Eduardo Casanova, son parcours est à suivre à tout prix. Son cinéma unique et sans compromis est certainement à l’aube d’un véritable chef-d’œuvre.

Note des lecteurs1 Note
Points forts
La direction artistique fulgurante
La performance ahurissante d'Ángela Molina
Points faibles
Un sujet qui aurait pu bénéficier d'un brin de subtilité
Une certaine redondance dans le propos
3.5
Note Horreur Québec
Rédacteur en chef

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