[Le meilleur de l’horreur 2019] Les choix de Marc-Antoine Labonté

Comme fer de lance de l’année 2019, il y avait quatre cinéastes dont le premier film a marqué la décennie et qui revenaient cette fois avec leur deuxième effort. Jordan Peele, Ari Aster, Jennifer Kent et Robert Eggers ont tou.te.s évité la malédiction du deuxième film pour proposer des oeuvres vitales qui auront connu un grand succès.

Les règles d’Horreur Québec m’empêchent d’intégrer à la liste ci-dessous plusieurs des meilleurs films d’horreur que j’ai découvert en 2019, puisqu’ils ont été projetés dans un festival durant l’année 2018. Je les mentionne tout de même rapidement ici: Luz, Tigers Are Not Afraid, Un Couteau dans le coeur, In Fabric et Climax.

Leur présence vous aurait peut-être évité de vous arracher les cheveux sur mon numéro 10…

10- Black Christmas de Sophia Takal

Oui, le discours satirique de Black Christmas est à peu près aussi subtil que celui d’un The Purge. Mais l’horreur est un genre hyperbolique par essence, qui tend un miroir déformant à la réalité. Black Christmas (1974) était sans doute le slasher pré-Scream le plus féministe (shoutout à la franchise Slumber Party Massacre, quand même) et ce remake en actualise les thèmes. Le slasher, dont l’image matricielle est celle d’une jeune femme pourchassée par un stalker omniscient, constitue un terrain de jeu idéal pour mettre en scène des renversements de pouvoir. Cette nouvelle version manque parfois de finesse, mais s’avère aussi jouissive que les séries B que nous adorons et défendons à l’année.

Black Christmas 2019

9- 3 from Hell de Rob Zombie

C’est un peu le Once Upon a Time in Hollywood de Rob Zombie. Je dois être honnête, j’ai largement préféré passer du temps avec Bill Moseley et Sheri Moon qu’avec Leo et Brad… D’ailleurs, Moseley est un véritable poète white trash. Qui d’autre arrive à faire autant avec le mot motherfucker?

3 from hell

8- The Dead Don’t Die de Jim Jarmusch

Film mineur de Jarmusch, mal reçu auprès de ses adeptes comme des amateurs de comédies de zombies. Le cinéaste touche à la poésie qui se cache au sein des films de Romero et signe une méditation hautement cynique sur l’engourdissement spirituel et politique. Un projet aussi mélancolique que drôle.
The dead don’t die

7- High Life de Claire Denis

Les vampires de Claire Denis défiaient les conventions. Que devait-on attendre d’un film de science-fiction horrifique où Mia Goth, Robert Pattinson et Juliette Binoche sont enfermés dans un vaisseau spatial où se trouve aussi une chambre BDSM appelée la fuckbox? Voilà une cinéaste qui exploite le langage du cinéma de genre pour raconter des histoires uniques et personnelles.

High life

6- Horror Noire de Xavier Burgin

Celui-là est devenu l’un de mes documentaires préférés sur le cinéma d’horreur. Appuyé par une mise en scène dynamique, Horror Noire présente la perspective de fanatiques d’horreur issus d’une communauté marginalisée, milite pour plus de représentativité au cinéma… et s’il ne vous donne pas envie de (re)découvrir des films comme Ganja & Hess, Def by Temptation et Tales From the Hood, vous êtes une personne très aigrie.

Horror Noire

5- The Perfection de Richard Shepard

On dira ce qu’on veut de Netflix, c’est parfois au sein de leur immense machine que fleurissent les films les plus atypiques. The Perfection, c’est comme si quelqu’un avait reçu carte blanche pour réaliser le téléfilm Lifetime le plus déviant possible. Bette Davis et Joan Crawford auraient été à leur aise dans ce projet aussi campy et excessif que surprenant et cathartique.

The Perfection

4- Hagazussa de Lukas Feigelfeld

Une grande vague d’horreur folklorique est née du succès qu’a connu The WitchHagazussa est peut-être le projet le plus réussi du lot. Ce film hallucinatoire et minimaliste atteint les sommets du Mandy de Cosmatos. C’est l’équivalent cinéma d’un album de drone: chaque plan se déploie lentement et s’amplifie afin de créer un état de transe morbide.

Hagazussa

3- Midsommar de Ari Aster

Une rupture, c’est le plus petit des apocalypses. Frais sorti d’Hereditary, Ari Aster filme un couple mal assorti dans toute sa laideur et confirme au passage qu’il est passé maître dans l’art du grotesque et de la représentation de la maladie mentale. Le cinéaste prend à revers une histoire de culte vue et revue et en modernise les thèmes. Vous pensez connaître la fin, mais la savez-vous vraiment?

Midsommar

2- Us de Jordan Peele

Après deux films, Jordan Peele est déjà devenu l’une des voix essentielles du cinéma d’horreur contemporain. Il dispose cette fois de moyens beaucoup plus conséquents qu’avec Get Out et s’en sert pour créer un univers mémorable. Plus que tout, Peele semble être un des seuls cinéastes à se souvenir que l’horreur peut faire réfléchir tout en étant le fun. Il réussit un spectaculaire numéro d’équilibriste et marie dans son film commentaire social habile, comédie et horreur pure. Lupita Nyong’o donne la (les?) meilleure performance de la décennie dans un film d’horreur.

Us

1- The Lighthouse de Robert Eggers

Quelque part entre Harold Pinter, Gustave Doré et Ingmar Bergman est né le film le plus fou de 2019. Robert Eggers peut désormais être couronné maître incontesté de l’horreur folklorique. Il recrée les environnements d’époque et les mythes ancestraux avec la même minutie que l’on retrouve chez un Wes Anderson. Dafoe et Pattinson sont plus grands que nature dans un duel tragi-comique qui prendra des proportions mythiques.

The Lighthouse

Mon coup de gueule!

Godzilla: King of the Monsters de Michael Dougherty

Le film d’horreur le plus exécrable de 2019 était sans contredit I Spit on Your Grave: Deja Vu, mais le plus frustrant s’avère cette méga-production sans âme ni cohérence. Le scénario ne fait aucun sens, tous les personnages sont antipathiques et les combats entre kaijus se résument à une cacophonie de CGI hideux. Vaut mieux se commander le magnifique coffret Showa-Era de Criterion.

I Spit on Your Grave Deja Vu

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