Avec une bande-annonce quasi éthérée, le dernier bébé d’A24 faisait fière allure dans son esthétique gothique et dans son aura qui respire l’air pur d’une relation aussi malsaine que toxique. Dans une ambiance mystique frôlant le religieux, des blessures enfouies depuis longtemps refont surface lorsque la star de la pop emblématique, Mother Mary (Anne Hathaway), retrouve son ancienne meilleure amie et ex-costumière Sam Anselm (Michaela Coel), à la veille de son grand retour sur scène.
![[Critique] « Mother Mary » : critique qui prouve que le diable s’habille bien en Prada 13 VVS MotherMary Poster 27x39](https://cdn.horreur.quebec/wp-content/uploads/2026/04/VVS_MotherMary_Poster_27x39-311x450.jpg)
C’est sans doute cette ambiance extatique qui donne au film des allures assez intrigantes pour sortir du carcan classique de la chanteuse en crise qui commence à sombrer dans la folie. C’est aussi, sans doute, ce catholicisme dans lequel David Lowery a grandi qui établit un parallèle fascinant entre icônes religieuses et icônes pop.
Lowery l’affirme lui-même : « Religious icons and pop icons go hand in hand in what they provide to their respective audiences. »
La salle de concert est ainsi filmée comme une cathédrale moderne où les spectateurs deviennent des fidèles, silhouettes anonymes, mains tendues vers la scène comme vers une apparition divine.
Le créateur, la créature, la création
Je ne suis pas assez calé en robes, ni en style, d’ailleurs, pour connaître la valeur d’une couture pour une femme. En revanche, je peux saisir celle d’une création. De ce processus parfois déchirant qui extirpe des entrailles de l’artiste une œuvre portant encore les cicatrices de sa gestation.
Comme l’écrivait Carl Jung, « l’œuvre créatrice vit et croît en l’homme comme un arbre dans le sol ».
Chez Mother Mary, l’art ne se contente pas d’exprimer la douleur : il la transforme, la sublime, la commercialise même.
![[Critique] « Mother Mary » : critique qui prouve que le diable s’habille bien en Prada 15 MM 14](https://cdn.horreur.quebec/wp-content/uploads/2026/04/MM_14-674x450.jpg)
Lowery résume d’ailleurs parfaitement cette idée :
« Mother Mary is about how art can take something terrible and turn it into something beautiful. »
La dynamique entre Mother Mary et Sam relève alors presque du mythe de Pygmalion ou du docteur Frankenstein : l’artiste façonne son double, puis se retrouve hanté par lui. Sam n’est pas qu’une costumière ; elle est la matrice visuelle, l’architecte silencieuse d’une icône qui a fini par lui échapper. Mother Mary, quant à elle, semble prisonnière de sa propre création, avalée par l’image qu’elle a elle-même enfantée.
En effet, Lowery intellectualise son film et lui donne de faux airs d’érudit en pleine crise identitaire. Cette approche a le don de me faire botter en touche et de faire monter la mayonnaise de ma perplexité. Bien que l’esthétique soit léchée et séduisante, avec une photographie contrastée de toute beauté, la mise en scène manque cruellement de folie, de profondeur ou du débridage que les prémices de la relation Mother Mary/Sam laissaient entrevoir.
![[Critique] « Mother Mary » : critique qui prouve que le diable s’habille bien en Prada 17 Mother Mary First Look Image](https://cdn.horreur.quebec/wp-content/uploads/2026/04/Mother-Mary_First-Look-Image-675x450.jpg)
Elle est bien belle, la maîtrise du sujet. Mais trop de maîtrise tue l’extravagance. Cette relation, pour laquelle le mot « toxique » paraît presque pudique, méritait davantage de débordements, davantage de fureur, davantage de chair. Là où le film promettait une collision entre deux astres mourants, il se contente parfois d’une élégante combustion contrôlée.
Cette sainte trinité boite au lieu d’écraser par sa présence et sa démence. Impossible de ne pas penser à Perfect Blue, dont la plongée hallucinée dans la dissolution identitaire conserve encore aujourd’hui une puissance suffocante. La dynamique donnait l’impression d’assister à Frankenstein face à sa créature, mais ce n’était qu’une promesse.
L’immersion manque cruellement au film. Les mouvements fluides de la caméra, aussi gracieux soient-ils, atténuent l’insanité latente. Là où l’on attendait une chute libre, Lowery préfère une lente lévitation.
![[Critique] « Mother Mary » : critique qui prouve que le diable s’habille bien en Prada 19 MM 15](https://cdn.horreur.quebec/wp-content/uploads/2026/04/MM_15-674x450.jpg)
![[Critique] « Mother Mary » : critique qui prouve que le diable s’habille bien en Prada 21 MM 10](https://cdn.horreur.quebec/wp-content/uploads/2026/04/MM_10-674x450.jpg)
![[Critique] « Mother Mary » : critique qui prouve que le diable s’habille bien en Prada 23 Mother Mary Anne and Michaela](https://cdn.horreur.quebec/wp-content/uploads/2026/04/Mother-Mary_Anne-and-Michaela-674x450.jpg)
![[Critique] « Mother Mary » : critique qui prouve que le diable s’habille bien en Prada 25 MM 8](https://cdn.horreur.quebec/wp-content/uploads/2026/04/MM_8-674x450.jpg)
Un gore organique, malsain, finit bien par surgir, comme une plaie qu’on aurait longtemps refusé d’ouvrir. Introduit un peu abruptement, il redonne toutefois une épaisseur bienvenue à la diégèse. Il vient surtout fissurer la sainteté factice qui entoure Mother Mary. Car une icône, après tout, n’est jamais qu’un être humain qu’on a placé trop haut.
Faut-il pécher pour s’élever au rang de saint? Voilà la question qui hante le film.
Bien que Mother Mary soit canonisée par ses fidèles, elle n’a jamais réussi à fuir son démon. Elle entretient sa relation toxique avec Sam au lieu de la purifier. Les thématiques s’articulent autour d’un véritable chemin de croix : celui de deux femmes incapables de vivre ensemble, mais tout aussi incapables d’exister séparément.
Conclusion
Mother Mary fascine davantage qu’il ne bouleverse. David Lowery transforme la pop en liturgie, le concert en messe noire, l’artiste en démiurge tragique. Mais à force de vouloir sanctifier son sujet, il oublie parfois de le laisser saigner. Reste un objet de cinéma singulier, habité par des performances magnétiques, des fulgurances visuelles indéniables et une réflexion passionnante sur ce moment où le créateur cesse de posséder son œuvre.


![[Critique] « Mother Mary » : critique qui prouve que le diable s’habille bien en Prada 12 MM 6](https://cdn.horreur.quebec/wp-content/uploads/2026/04/MM_6-1155x770.jpg)


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