Universal n’a eu de cesse de tenter de mettre sur pied son rêvé « Monsters Universe », cet objectif chimérique censé devenir sa vache à lait, comme Marvel l’est pour Disney.
Oui mais voilà, Universal n’a eu de cesse de se casser les dents face au jugement irrévocable du public : Van Helsing s’est planté au box-office, La Ligue des gentlemen extraordinaires a davantage gagné son aura dans les scandales entourant le tournage que pour le film lui-même, le Dracula Untold de Gary Shore s’est lamentablement écrasé, parmi tant d’autres, sous le poids de celui de Coppola. Même Tom Cruise et ses cascades dans La Momie de 2017 n’ont pas réussi à créer l’illusion d’un engouement. Il fallait s’y faire : cet univers est à jamais perdu dans la galaxie des projets mort-nés… ou pas.
![[Critique] « Lee Cronin's The Mummy » : critique sortie d'outre-tombe 13 WB 2603 THEMUM Main 1080x1350 FR](https://cdn.horreur.quebec/wp-content/uploads/2026/03/WB_2603_THEMUM_Main_1080x1350_FR-360x450.jpg)
Car Hollywood est un adepte du déterrage de projets, et à ce petit jeu, Blumhouse commence sérieusement à exceller, voire à devenir la référence. Il n’y a qu’à voir L’Homme invisible de Leigh Whannell : 17 millions de dollars de budget, 144 millions au box-office. Il n’en fallait pas plus pour que la fabrique de l’horreur fonce tête baissée dans la confection d’un film autour de la momie.
Figure emblématique du cinéma de genre avec notamment La Momie de Karl Freund sortie en 1932, qui servira de matrice à toutes les résurrections ultérieures de cette icône, le monstre s’offre donc une nouvelle sortie de sarcophage, made in Blumhouse.
Mais alors, que vaut ce film? Qu’apporte-t-il de nouveau? Qui est Lee Cronin? Allez-vous lire cette critique jusqu’au bout? Ai-je mangé du popcorn pendant la projection?
La réponse à (presque) toutes ces questions se cache dans les bandelettes encore humides de cette nouvelle Momie et on va voir si elle sent le renouveau… ou la naphtaline.
Au bout du rouleau… de bandelettes
![[Critique] « Lee Cronin's The Mummy » : critique sortie d'outre-tombe 15 rev 1 TMY TRL 060 High Res JPEG H 2026](https://cdn.horreur.quebec/wp-content/uploads/2026/04/rev-1-TMY-TRL-060_High_Res_JPEG-H-2026-750x422.webp)
Une jeune fille disparue dans le désert égyptien réapparaît mystérieusement huit ans plus tard, mais les retrouvailles tournent vite au cauchemar. Alors que son comportement devient de plus en plus inquiétant, sa famille se lance dans une course contre la montre pour comprendre l'origine du mal. Ce qu'ils vont découvrir dépasse tout ce qu'ils imaginaient.
Je pense très sincèrement que les studios n’ont toujours pas compris que prendre les spectateurs pour des gens crédules ne fonctionne plus depuis bien longtemps. Admettre qu’ils ont un bagage culturel et un peu de jugeote reste visiblement une réflexion que leurs cerveaux bouchés aux dollars n’arrivent pas à formuler.
Sur le plan cinématographique, on peut dire que le cahier des charges est rempli : une mythologie, un enfant disparu, un personnage louche, une famille brisée et une police traînant ses incompétences de film en film. Tout est là, le package est complet. Mais la beauté de la forme n’arrivera jamais à cacher le vide abyssal qui habite le film.
Par vide, j’entends l’absence d’une vision, d’un style défini, d’une atmosphère suffocante, d’un récit capable de te faire sombrer dans la tête torturée du protagoniste. Rien de tout cela n’existe dans cet opus. Lee Cronin a beau user d’effets de style et d’effets sonores frôlant la surdité, rien n’y fait.
![[Critique] « Lee Cronin's The Mummy » : critique sortie d'outre-tombe 17 Lee Cronins The Mummy 34d81f9](https://cdn.horreur.quebec/wp-content/uploads/2026/04/Lee-Cronins-The-Mummy-34d81f9-674x450.webp)
Crédit photo : Warner Bros. Pictures
Bien que la photographie contrastée du film lui confère une esthétique assez agréable, l’œuvre dévoile petit à petit ses atouts, qui ne sont, in fine, que des pétards mouillés. Le jumpscare s’est transformé au fil des ans en objet de culture pop davantage qu’en arme de terrorisation. Pour les initiés, le film sent l’usé. Il peut en revanche prétendre à être un Horror 101 pour les plus jeunes qui testent leurs limites et c’est déjà quelque chose.
Quant à la campagne marketing assez agressive, Warner veut visiblement vendre son film comme une œuvre « grand public »… mais cette formule n’est-elle pas déjà un oxymore?
L’horreur estampillée mainstream n’arrive toujours pas à cerner un public devenu volage, aux goûts en constante évolution.
Ceci étant dit, le film soulève deux problématiques fondamentales.
Comment (re)faire peur?
Le jumpscare ne fonctionne plus. Les cinéastes qui utilisent les codes du genre ne semblent plus assez les maîtriser pour en jouer librement, et on se retrouve rapidement avec un film oubliable. D’autres réalisateurs « parasitent » ces codes avec un autre genre, ou insufflent à l’horreur un certain intellectualisme qui, lui, semble fonctionner donnant naissance à ce qu’on appelle aujourd’hui les films à style horrifique.
L’horreur n’est plus tangible : elle est abstraite, diffuse dans l’articulation de nouveaux récits (Get Out, The Substance, Grave, Hereditary…). Dans The Weird and the Eerie (2016), Mark Fisher distingue deux régimes affectifs : le weird ; l’intrusion de quelque chose qui ne devrait pas être là et le eerie ; l’absence troublante de ce qui devrait être là. Pour lui, le cinéma post-2010 délaisse la peur-sursaut au profit d’une angoisse diffuse et durable, moins immédiate mais plus profonde.
C’est précisément là que pèche La Momie de Lee Cronin. Xavier Aldana Reyes, dans Horror Film and Affect (2016), prolonge cette idée en distinguant la peur-choc (startle), réflexe physiologique court, de la peur-dread, état d’appréhension soutenu qui s’installe sur la durée d’un film et qui expliquerait le succès critique de The Babadook.
Comment renouveler le genre?
Les films mainstream ont oublié quelque chose d’essentiel dans toute leur machinerie : un film d’horreur pur n’existe pas. On ne peut pas construire un récit et articuler des thématiques sur la seule peur c’est structurellement impossible.
C’est précisément pourquoi ce dernier bébé Blumhouse dégage un aspect saccadé, comme s’il fuyait ses propres écueils scénaristiques à coups d’ellipses et de MacGuffin balancés à vue de nez. L’horreur a toujours vécu dans l’hybridation : elle est née dans le drame familial, le thriller, l’étrangeté du quotidien. Il suffit de voir Sinners pour constater que l’horreur n’est plus un simple joujou elle est devenue une menace à la fois plus réelle et plus difficile à fuir.
![[Critique] « Lee Cronin's The Mummy » : critique sortie d'outre-tombe 21 katie with her jaw portruding and blooding leaking out of it in the mummy](https://cdn.horreur.quebec/wp-content/uploads/2026/04/katie-with-her-jaw-portruding-and-blooding-leaking-out-of-it-in-the-mummy-750x422.jpeg)
![[Critique] « Lee Cronin's The Mummy » : critique sortie d'outre-tombe 22 katie with her jaw portruding and blooding leaking out of it in the mummy](https://cdn.horreur.quebec/wp-content/uploads/2026/04/katie-with-her-jaw-portruding-and-blooding-leaking-out-of-it-in-the-mummy-750x422.jpeg)
Refermer le tombeau
Les codes de l’horreur ne s’épuisent pas : ils se déplacent. Le renouvellement emprunte plusieurs voies : la métafiction (jouer avec la conscience des codes), l’hybridation (contaminer d’autres genres), l’ancrage sociopolitique (nommer les refoulés contemporains) ou encore le dépouillement formel (retrouver la peur dans l’absence plutôt que dans l’excès). Ce qui meurt, ce sont les formules figées, qui deviennent des caricatures d’elles-mêmes. Ce qui survit et mute, c’est la fonction du genre : donner une forme au danger innommable.
Au final, le constat est assez cruel : il fallait laisser la momie dans son sarcophage, à l’abri des idées indiscrètes.


![[Critique] « Lee Cronin's The Mummy » : critique sortie d'outre-tombe 12 The Mummy](https://cdn.horreur.quebec/wp-content/uploads/2026/04/The-Mummy-1155x770.jpg)


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