Entrevue «The House with a Clock in Its Walls» avec le spécialiste en effets spéciaux Louis Morin

Le Québécois Louis Morin travaille dans le domaine des d’effets spéciaux depuis près de 20 ans. Aujourd’hui superviseur d’effets visuels, l’homme a eu la chance travailler sur plusieurs grosses productions américaines, dont Eternal Sunshine of the Spotless Mind, Arrival et, plus récemment, The House With a Clock in Its Walls.

Horreur Québec a profité de la sortie vidéo du dernier film de Eli Roth (Cabin FeverHostelThe Green Inferno) pour discuter avec lui:


HQ: Peux-tu nous décrire ce qu’est un superviseur d’effets visuels?

Louis Morin: C’est un travail de longue haleine. Souvent les gens croient que les effets visuels ne se passent qu’en post-production, mais ça commence très tôt dans le processus. Ça peut même débuter avant qu’un réalisateur ne soit choisi. Je suis appelé à lire un scénario et les producteurs veulent savoir budgétairement comment ils peuvent faire le film. On aborde les avantages de faire des effets visuels versus tourner pour vrai.

Il y a une lecture et une évaluation du scénario et des effets visuels à faire. Des fois, c’est plus évident, d’autres moins. Ensuite, je discute avec le réalisateur, qui a une vision spécifique. Il faut donc adapter la liste des plans d’effets visuels par rapport à la perception du réalisateur. Ensuite, on fait une évaluation et on trouve les boîtes qui font les effets. En même temps, on fait la préparation du tournage. L’idée, c’est d’essayer d’avoir tous les éléments nécessaires pour construire ou faire la recette en post-production lorsqu’on fait les effets. Rendu là, on s’assure d’avoir tous les plans pour que le réalisateur approuve.

Je travaille beaucoup sur les films américains et un film sur cinq est tourné à Montréal. Comme les autres sont à l’extérieur, je suis souvent appelé à voyager. Je vais sur des tournages à différents endroits. Dans mon cas à moi, lorsque survient la post-production, je travaille toujours à Montréal jusqu’à maintenant. On a dix ou quinze bonnes boîtes ici. Il y a près de 7000 artistes qui y travaillent. Il y a donc un bon bassin de talents avec lequel on peut faire à peu près tous les films.

Louis Morin en compagnie de Eli Roth sur le plateau de tournage

HQ: Pour le film The House With a Clock in Its Walls tu as travaillé avec Eli Roth, reconnu par nos lecteurs pour ses films violents. Comment a été ton expérience avec lui?

LM: Eli est un super bon gars. On a travaillé très proche l’un avec l’autre. Il y avait une très bonne chimie entre nous. En plus, il parle français! C’était vraiment cool et nous nous sommes bien entendus du début à la fin du projet. Il était à l’écoute et en général, on était synchronisé sur ce que le film avait besoin.

HQ: En tant que spectateur, on voit le film en deux heures, mais tu estimerais à combien de temps ton travail sur ce film-ci?

LM: Je suis arrivé un peu sur le tard pour ce film, mais en général au moins un an.

HQ: As-tu travaillé avec des cinéastes moins agréables et qui t’ont donné du fil à retordre?

LM: Il y a toujours des moments où on souhaite pousser le directeur vers une direction. Donc oui, ça arrive, mais en général, je suis flexible et je sais que c’est le réalisateur le patron. J’essaie toujours de pousser un maximum pour avoir les meilleurs effets possibles, mais aussi pour l’histoire. Certains ont des idées plus arrêtées, mais en général, ça va bien. J’imagine qu’ils me choisissent pour quelque chose et qu’ils me font confiance. Je n’ai eu aucun problème majeur. Il y en a qui ont plus de personnalité que d’autres, mais c’est normal.

Louis Morin en compagnie de membres de l’équipe technique

HQ: À quel point un superviseur d’effets spéciaux peut interagir ou avoir un impact sur le jeu d’un acteur?

LM: Quand il y a des interactions avec des personnages qui ne sont pas là, je leur parle un peu. Cependant, je travaille davantage avec le réalisateur. Sur ce film-ci, Jack Black me regardait souvent lorsque j’avais des interventions avec Eli. Mais mon travail n’est pas de les diriger. Souvent, ils demandent des conseils ou discute des essais.

HQ: Sur lequel de tous tes projets t’es-tu senti le plus créatif?

LM: Eternal Sunshine of the Spotless Mind m’a ouvert la porte pour les États-Unis. Je suis quasiment devenu ami avec Michel Gondry juste en lui parlant au téléphone. Au niveau de l’implication créative, il me lançait une idée durant deux où trois minutes au téléphone et j’arrivais avec des propositions. Il était assez clair dans ses demandes, mais il y avait beaucoup de place pour l’imagination. C’est un film hautement créatif.

Sinon, je dirais Arrival de Denis Villeneuve. Ça été un challenge parce que Denis avait une vision particulière et j’essayais de le pousser. La chimie entre les deux a donné ce que l’on voit à l’écran.

HQ: Les réalisateurs disent souvent en entrevues que l’idéal est de marier les effets numériques aux effets pratiques. Pourtant, on a cette impression qu’on nous dit cela pour bien paraître puisque tout est de plus en plus numérique. 

LM: C’est que le numérique peut à peu près tout faire. Cela n’empêche pas qu’on aura toujours besoin de trucages physiques. Sur le film d’Eli par exemple, plusieurs décors étaient vrais, mais on a ajouté des choses. Les effets numériques, on peut les refaire jusqu’à ce qu’ils soient parfaits. Ce n’est pas le cas avec les effets pratiques: beaucoup de réalisateurs souhaitent éviter le numérique autant que possible, mais au montage, ils constatent qu’il manque quelque chose. C’est relativement facile d’atteindre un 90% de réalisme, mais le 10% qui reste, il faut du temps pour le peaufiner.

HQ: Peux-tu nous nommer des films sur lesquels tu as travaillé et où les gens ne aperçoivent pas qu’il y a du numérique?

LM: Sicario de Denis Villeneuve. Il y a une grosse bataille sur un pont et 60% du pont est en 3D. Plusieurs voitures et parties du pont sont numérisées. Nous avons tourné cette séquence dans un stationnement. Personne ne l’a su. C’est plus dur de reproduire des personne. Denis a fait reproduire le personnage de Rachel pour Blade Runner 2029 et ça marche assez bien, sans être parfait.


Louis Morin travaille actuellement sur le film The Aeronauts de Tom Harper, un drame d’aventure biographique qui racontera les aventures en montgolfière de la pilote et scientifique Amelia Wren. Nous avons hâte de suivre son parcours, qui est déjà colossal.

The House With a Clock in Its Walls est maintenant disponible en vidéo sur demande, Digital, DVD, Blu-ray et 4K.

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