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[Fantasia 2022] «Coupez!»: la pertinence de la reprise

Le même festival qui nous a fait découvrir l’original il y a quatre ans nous propose maintenant sa relecture française Coupez!. Le remake ne fait pas souvent bonne figure, et c’est particulièrement le cas pour le genre horreur. Il faut bien admettre que les amateurs d’épouvante ont pu voir un nombre incalculable de classiques remis au goût du jour de manière exécrable dans les dernières années. Pourquoi vouloir revisiter le récent film One Cut of the Dead de Shinichiro Ueda, puisque ce dernier se suffisait amplement? L’exercice semble a priori sans intérêt, mais quand on constate que c’est le cinéaste oscarisé Michel Hazanavicius qui est à la réalisation, et que le film s’est vu présenter à Cannes, il devient impossible de ne pas être curieux.

Une série de quiproquos farfelus surviennent avant et pendant la réalisation du remake d’un film d’horreur japonais que l’équipe doit mener en une seule prise et qui sera diffusé en direct sur un site Web.
Coupez affiche film

Après le succès connu avec The Artist, il n’est pas si surprenant de voir le réalisateur Michel Hazanavicius se lancer sur un nouveau regard du septième art. On se rappelle d’ailleurs qu’il l’a souvent fait auparavant, notamment avec ses films La Classe Américaine et la série des OSS 117. Après son plongeon dans le cinéma muet, voilà qu’il tente de percer à jour le cinéma d’horreur de série Z. Cette relecture devait justement s’intituler Z à l’origine, en hommage à ce type de film.

Les détracteurs pourraient facilement souligner l’élan paresseux d’un réalisateur génial qui décide de se lancer presque plan par plan dans une relecture. Ce serait pourtant ce déni de la démarche savoureuse d’Hazanavicius qu’on pourrait qualifier d’inappliqué.

En reprenant les grandes lignes du long-métrage original, Coupez! lance un message assez contradictoire comparé à celui du film One Cut of the Dead. À travers le tournage houleux qu’on percevait dans la version japonaise, on ressentait l’imagination et les élans créatifs pour aboutir à la meilleure production possible. Les créateurs y étaient des artistes fauchés, ou désirant l’être. Plusieurs facteurs étaient ridicules, certes, mais on avait envie de lever notre chapeau à l’équipe face à sa persévérance. Ici, le peloton est guidé par l’appât monétaire et le succès et ne tente aucunement de composer le meilleur film possible avec un budget dérisoire, mais simplement de faire un produit rentable. On ne se moque pas que du tournage, mais aussi des motivations derrière celui-ci. On ostracise donc complètement le facteur artistique, et le cynisme avec lequel le processus de création de pareils longs-métrages est abordé fait davantage bifurquer l’ensemble vers la critique réfléchie que l’hommage. Les amateurs du genre pourraient trouver le créateur un brin sévère, mais ses observations sont trop ludiques pour qu’on lui en veule.

Également, le scénario de Coupez! jette un véritable regard sur les enjeux sociaux qui entrent dans le cheminement d’une adaptation cinématographique d’un pays à l’autre. Comme les personnages sont conscients de travailler sur la reprise d’un produit qui a cartonné, ceci apporte une nouvelle dimension à l’humour de la trame. C’est un peu comme si le metteur en scène nous projetait une mise en abîme de sa propre expérience. Il tient à nous souligner qu’il est un copieur. Un peu plus et une banderole glisserait au bas de l’écran pour lancer aux spectateurs: «Ceci est un remake!».

Hazanavicius signe une réalisation des plus énergiques qui aboutit vers un dernier segment animé, cocasse et hilarant. Dirigeant des acteurs cinq étoiles qui se prêtent très habilement au jeu de l’excès, le réalisateur ne se refuse rien. L’exceptionnel Romain Duris (L’auberge espagnole) est particulièrement exquis dans ses excès, et Bérénice Bejo (The Artist) se prête aussi délicieusement au jeu. Impossible également de passer sous silence la présence de Jean-Pascal Zadi (Tout simplement noir), désopilant à chacune de ses apparitions.

Au final, Coupez! sait afficher ses propres spécificités en en photocopiant le film original. Il ne faut pas le percevoir un adversaire à la version nippone, mais comme une thèse sur le film de série Z.

Coupez! en arrive en salle au Québec le 7 octobre prochain.

Note des lecteurs2 Notes
Points forts
Le regard critique
L'humour désopilant
Les acteurs de premier niveau qui se prêtent au jeu
Points faibles
La répétition d'éléments de la version originale
4
Note Horreur Québec

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Horreur Québec
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