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[TIFF 2018] Climax: une descente aux enfers
7.8Note Finale
Note des lecteurs: (1 Vote)
9.1

Dès les premiers moments de Climax, le tout dernier de Gaspar Noé (Irréversible, Enter the Void, Love), présenté cette année au Toronto International Film Festival, un avertissement s’affiche à l’écran: voici un film français, et fier de l’être. Cette conscience de soi est omniprésente à travers le film, non sans une certaine dose de prétention. Fidèle à son habitude, Noé ne fait pourtant pas d’excuses et offre ici une oeuvre crue et viscérale; une vision singulière et hallucinante d’une innocente soirée devenue cauchemardesque, comme lui seul saurait l’offrir. Il en résulte alors l’une des meilleures oeuvres du réalisateur.

Climax s’ouvre avec une série de courtes entrevues d’une troupe de danse, offrant au spectateur une brève fenêtre sur un mélange éclectique de personnalités. Ces danseurs se retrouveront cloîtrés dans une école recluse et abandonnée et ces bribes de dialogues représentent une introduction nécessaire aux personnages. S’en suit une séquence de danse exaltante, qui, comme l’oeuvre dont elle fait partie, refuse de se coller à un genre en particulier. L’énergie des interprètes transcende l’écran et il est impossible de ne pas se perdre complètement dans cette frénésie hypnotique.

Climax film posterUne fois la répétition terminée, la fête commence et presque tout le monde y prend part, consommant libéralement la sangria préparée par Emmanuelle (Claude Gajan Maull), qui traîne d’ailleurs son jeune fils avec elle (un désastre qui se fait évidemment attendre d’une seconde à l’autre). À travers une série de dialogues habiles, tout aussi comiques que dramatiques, Noé sait développer et faire briller ses personnages. Ces moments intimes font de Climax le film original qu’il est et lui donne la substance dont il a fort besoin.

Malheureusement, le bonheur ne peut s’éterniser et nos protagonistes ne profiteront que de quelques minutes de sobriété avant de plonger rapidement dans un enfer hallucinogène où violence et érotisme se mêlent sous un tableau pittoresque muni d’une trame sonore électrisante qui ne s’amortit jamais.

Le film est porté par de solides performances — notamment celle de Sofia Boutella (Atomic Blonde, Star Trek: Beyond), possédée par une intensité qu’on lui a rarement connue — qui nous font régulièrement croire à la débauche extrême dont nous sommes témoins. Quelques lacunes sont toutefois présentes et ce n’est pas sans ironie que ce soit à l’apogée du délirium que des longueurs se font sentir. La culmination des événements est inévitablement prévisible dans son lot, mais aussi dans le sort individuel des personnages. Cette faiblesse joue pourtant en faveur du film à quelques reprises, soutenant un sentiment d’appréhension présent dès le début. Au final, c’est cette énergie souffrante et maladive qui fait sa force.

Climax n’est pas une histoire à découvrir mais une expérience à vivre et à souffrir, pleinement et sans retenue.

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