Après avoir exploré ses racines autochtones dans Wildhood (2021), Bretten Hannam poursuit ce travail avec At the Place of Ghosts (VFQ : Là où vont les fantômes). Mais là où son précédent film s’inscrivait davantage dans le mélodrame initiatique, celui-ci s’enfonce dans une obscurité plus radicale, plongeant le spectateur dans les méandres psychiques de ses personnages.
![[Critique] « At the Place of Ghosts » (Sk+te’kmujue’katik) : critique qui a trop refoulé ses traumatismes 13 VVS At The Place of Ghosts Poster 27x39](https://cdn.horreur.quebec/wp-content/uploads/2026/05/VVS_At-The-Place-of-Ghosts_Poster_27x39-311x450.jpg)
Mise’l et Antle, des frères inséparables durant leur enfance, se sont éloignés une fois rendus adultes. Lorsqu’un esprit malveillant les tourmente, ils sont contraints de se réunir et d’explorer Sk+te’kmujue’katik (Là où vont les fantômes), une forêt primitive où le temps n’existe pas afin d’affronter leur enfance violente.
À la croisée du thriller psychologique et du film d’horreur, entre codes occidentaux et traditions autochtones, le film évolue dans un équilibre fragile, souvent fascinant. Porté par une photographie soignée, sublimée par la densité des paysages forestiers, il installe rapidement ses enjeux sans détour. Le récit se déploie par strates, sans insistance, sans surlignage inutile. Les thèmes, héritage colonial, trauma familial, spiritualité, identité, s’articulent avec une forme de clarté presque didactique, mais jamais appuyée.
Le film ne cherche pas à expliquer, il laisse dériver. Il désoriente. Et c’est précisément là sa force : placer le spectateur en terrain inconnu, comme un étranger au cœur d’un monde qui ne lui appartient pas.
Se perdre pour mieux se retrouver
La forêt devient alors bien plus qu’un décor : elle est une présence. Un troisième personnage. Tantôt refuge, tantôt menace. Territoire ancestral du Mi’kma’ki, elle est filmée comme une entité vivante, presque consciente. Elle absorbe les souvenirs, reflète les blessures, matérialise les non-dits. Elle est à la fois mémoire et piège, espace de confrontation autant que de révélation.
![[Critique] « At the Place of Ghosts » (Sk+te’kmujue’katik) : critique qui a trop refoulé ses traumatismes 15 POG D6 0814 SF 056 f](https://cdn.horreur.quebec/wp-content/uploads/2026/05/POG_D6_0814_SF_056_f-675x450.jpg)
Si le film impressionne par ses choix esthétiques et sa singularité narrative, il souffre néanmoins d’un certain relâchement dans son rythme. La mise en scène, volontairement contemplative, installe un mysticisme envoûtant, mais atténue parfois la tension et l’oppression que le récit pourrait générer. Ce ralentissement peut créer une distance, une forme de flottement. Pourtant, le montage, minimaliste, joue habilement avec les ellipses et les ruptures temporelles, renforçant cette sensation d’un temps éclaté, presque circulaire.
Et c’est peut-être là que réside le cœur du film : ne jamais en faire trop. Une mise en scène épurée pour un récit qui l’est tout autant, porté avant tout par la relation entre les deux frères. Une relation brisée, contrainte de se reconstruire en affrontant ce qu’elle a enfoui. Car ici, guérir ne signifie pas oublier, mais accepter de rouvrir les plaies.
![[Critique] « At the Place of Ghosts » (Sk+te’kmujue’katik) : critique qui a trop refoulé ses traumatismes 17 POG D17 0829 SF 313 f](https://cdn.horreur.quebec/wp-content/uploads/2026/05/POG_D17_0829_SF_313_f-675x450.jpg)
At the Place of Ghosts n’est finalement pas un film d’horreur au sens strict. La peur y est diffuse, presque secondaire. Ce qui fascine davantage, c’est la manière dont la culture autochtone s’y déploie, offrant une autre lecture du monde : du temps, de la mémoire, du lien à la nature, et de soi. Sous ses apparences de récit classique, le film opère un déplacement subtil, une reconfiguration des codes à travers une sensibilité profondément ancrée dans une autre cosmologie.
“Sometimes, it takes one spirit to find another”
Et au bout du chemin, il n’y a pas vraiment de résolution. Seulement une accalmie fragile. Comme si les fantômes ne disparaissaient jamais vraiment : ils changent simplement de forme, se fondent dans le paysage, attendent en silence. Et les vivants, eux, continuent d’avancer avec ce poids invisible, apprenant à cohabiter avec ce qui ne sera jamais totalement effacé.


![[Critique] « At the Place of Ghosts » (Sk+te’kmujue’katik) : critique qui a trop refoulé ses traumatismes 12 POG D5 0813 SF 023 f FL](https://cdn.horreur.quebec/wp-content/uploads/2026/05/POG_D5_0813_SF_023_f-FL-1155x770.jpg)


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