Si A24 fait chavirer les cœurs avec son impressionnant catalogue de films tout genres confondus, on peut en dire de même pour son homologue new-yorkais Neon. Véritable trublion au sein de la machinerie américaine, la marque aux tubes cathodiques aligne les sorties remarquées l’une après l’autre. Sirat, Arco, No other choice, un simple accident, longlegs et j’en passe. La liste s’allonge jusqu’à atteindre Hokum. Le 2eme long métrage du réalisateur irlandais Damian McCarthy avec Adam Scott dans le rôle-titre, devenue condamné à faire des jobs de bureau apparemment.
![[Critique] « Hokum » : une critique qui regrette d'avoir réservé une chambre d’hôtel 16 EP 1 Sheet Payoff AW Hokem 27x39 HR](https://cdn.horreur.quebec/wp-content/uploads/2026/04/EP_1-Sheet_Payoff_AW_Hokem_27x39_HR-311x450.jpg)
Hokum, c’est l’histoire d’Ohm Bauman (Adam Scott), un romancier qui se retire dans une auberge en Irlande pour disperser les cendres de ses parents. Mais les récits du personnel au sujet d’une sorcière ancestrale hantant la suite nuptiale s’emparent peu à peu de son esprit.
Ma sorcière (pas) bien aimée
Hokum semble avoir parfaitement compris une chose essentielle du cinéma d’horreur : le monstre n’est pas toujours celui qui griffe, parfois c’est simplement celui qui signe les chèques du psy. Damian McCarthy construit ici un récit qui pose d’emblée des bases solides, à la fois limpides et intrigantes, avec cette capacité assez rare de faire naître le malaise sans avoir besoin de hurler “attention, frisson imminent”. Il préfère l’inconfort diffus à la démonstration tapageuse et franchement, merci pour nos tympans.
Ohm Bauman, romancier en deuil et homme manifestement aussi agréable qu’un lundi matin sans café, débarque dans cette auberge irlandaise avec ses cendres familiales et son passif émotionnel bien emballé. Le film prend alors un malin plaisir à rendre son protagoniste profondément détestable, mais jamais gratuitement. Sa froideur, son égoïsme rampant, son obsession presque maladive pour ses propres blessures : tout semble pensé pour nous pousser à prendre parti. Et si le véritable tour de force de Hokum était justement là? Nous forcer à regarder la sorcière non pas comme une menace, mais comme une forme de justice poétique.
![[Critique] « Hokum » : une critique qui regrette d'avoir réservé une chambre d’hôtel 18 Hokum AdamScott 02 1](https://cdn.horreur.quebec/wp-content/uploads/2026/04/Hokum_AdamScott_02-1-750x309.jpg)
Guillermo del Toro disait que « monsters are the patron saints of imperfection » (les monstres sont les saints patrons de l’imperfection) .
Une phrase qui pourrait presque servir de slogan au film. Ici, la monstruosité n’est pas surnaturelle, elle est morale. Ohm ressemble finalement à ce conquistador aperçu en ouverture : un homme face à une impasse éthique, condamné moins par une malédiction que par son incapacité à se regarder honnêtement dans le miroir. Le fantastique devient alors un révélateur, pas un simple décor gothique.
McCarthy joue habilement avec cette ambiguïté : la mère est-elle Hokum? La sorcière existe-t-elle réellement ou n’est-elle qu’un bain tiède de culpabilité dans lequel le personnage finit par se noyer? La fameuse suite nuptiale devient presque un confessionnal irlandais sauf qu’au lieu d’un prêtre, on y trouve une entité ancestrale beaucoup moins patiente.
![[Critique] « Hokum » : une critique qui regrette d'avoir réservé une chambre d’hôtel 20 w1500 57181640](https://cdn.horreur.quebec/wp-content/uploads/2026/04/w1500_57181640-750x422.jpg)
Ce qui frappe aussi, c’est la richesse du folklore gaélique qui irrigue le film. Loin du folklore carte postale, Hokum puise dans une culture où les fantômes ne demandent pas la permission avant d’entrer. La mythologie locale n’est jamais gadget ; elle donne au récit une densité presque organique, comme si les murs eux-mêmes avaient gardé en mémoire quelque chose de profondément ancien. Le film rappelle à quel point la culture gaélique reste un terrain de jeu inépuisable pour l’horreur contemporaine.
Sur le plan de la mise en scène, McCarthy utilise des principes proches de James Wan : étirer le suspense, manipuler le hors-champ, faire durer l’attente jusqu’à ce qu’elle devienne presque plus insupportable que la peur elle-même. Par moments, c’est brillamment orchestré ; à d’autres, le mécanisme se voit un peu trop, comme un tour de magie où l’on aperçoit le fil. Mais même dans ses excès, le film garde une élégance certaine. Le sound design, parfois chaotique, évite heureusement la vulgarité du jumpscare putassier. (Oui, Lee Cronin, on te regarde un peu.)
Et puis il y a cette hybridation très réussie avec le thriller et le film à énigme. Hokum ne se contente pas d’être un film de couloir sombre et de porte qui grince, il cherche à construire un véritable puzzle moral. Le retournement final, ce jeu de miroirs entre le conquistador, le personnage fictif du romancier, et le romancier lui-même comme figure fictionnelle, apporte une vraie densité thématique.
Le film interroge alors frontalement : qui est le vrai monstre? Celui qu’on invente pour survivre, ou celui qu’on devient pour éviter la vérité?
![[Critique] « Hokum » : une critique qui regrette d'avoir réservé une chambre d’hôtel 22 Hokum AdamScott 01](https://cdn.horreur.quebec/wp-content/uploads/2026/04/Hokum_AdamScott_01-750x315.jpeg)
Les références pleuvent : Donnie Darko, The Ring, Saw, Chambre 1408, Fenêtre Secrète mais jamais comme un simple bingo cinéphile. Elles s’intègrent avec fluidité, presque avec sérénité. Hokum cite sans plagier, absorbe sans singer. Il avance calmement, sans fioritures inutiles, avec la confiance tranquille de quelqu’un qui sait exactement quel fantôme il veut convoquer.
Ce n’est pas une réinvention totale du mythe de l’écrivain torturé, non. Stephen King peut dormir tranquille. Mais c’est une modernisation suffisamment intelligente pour rendre l’ensemble captivant. Le film parle d’innocence consumée, de culpabilité qui ronge l’âme de l’intérieur, et surtout de cette idée simple mais brutale : fuir ses traumatismes ne les rend jamais moins dangereux. Au contraire, cela leur réserve juste une meilleure chambre d’hôtel.
Hokum n’est donc pas tant une histoire de sorcière qu’un récit sur l’acceptation. Embrasser ce que l’on est, affronter ses erreurs, regarder ses fautes en face plutôt que les laisser moisir dans une vieille baignoire hantée. Et si le film prend parfois un peu trop son temps pour nous le dire, il le fait avec suffisamment de style pour qu’on accepte volontiers de rester jusqu’au check-out.


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