[Critique] Épidémie: quand le plaisir n’est pas contagieux

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Note Horreur Québec

Nouvelle série sur la chaîne généraliste TVA, Épidémie arrive sur nos écrans en pleine crise du Coronavirus. Les auteurs Annie Piérard (L’imposteur), Bernard Dansereau (L’imposteur) et Étienne Piérard-Dansereau avaient vu juste en mettant en scène une pandémie qui pourrait toucher la population québécoise. Selon TVA nouvelles, ceux-ci auraient consulté la liste des virus à surveiller et leur choix s’est avéré judicieux.

Un groupe d’itinérants inuit entre en contact avec un furet infecté d’un virus mortel. Après plusieurs morts mystérieuses, l’équipe d’Anne-Marie Leclerc (Julie Le Breton, Cadavres), infectiologue et directrice du Laboratoire d’urgence sanitaire, se met à enquêter sur le phénomène. Le groupe de médecins est loin de se douter qu’il fait face à un virus qui pourrait se transformer en une épidémie mortelle.

D’emblée, il est toujours excitant de voir une création télévisuelle québécoise sous le thème de l’horreur et de la science-fiction; genres toujours très peu exploités dans l’univers de la télévision au Québec. Épidémie a donc piqué la curiosité parce qu’on avait hâte de voir comment des auteurs habitués de la chaîne allaient traiter d’un tel sujet. Naïvement, on aurait pu espérer quelque chose d’un tantinet plus audacieux.

Une tonne d’invraisemblances parsèment les dix épisodes. Par exemple, une jeune femme rencontrée au hasard d’un accident de la route complète justement son doctorat en biochimie et elle se retrouvera précipitée du jour au lendemain dans un rôle de stagiaire. Aussi, il est à noter que tous les personnages masculins de la série sont cruellement dépourvus d’intelligence, lorsqu’ils ne sont pas simplement mesquins et menteurs.

Epidemie TVA

Également, le triangle amoureux composé des trois médecins protagonistes — Anne-Marie, Marc (Gabriel Sabourin, Le Secret de ma Mère), et Chloé (Mélissa Désormeaux-Poulin, Incendies) — vient ajouter à l’absurdité du récit. On comprend difficilement la nécessité de ce filon au niveau de l’intrigue. Ils abordent la question de l’adultère lors de moments inappropriés, comme au beau milieu d’une opération. On aurait pu se concentrer sur des enjeux plus importants et mettre l’emphase sur l’épidémie en soi. Quelques moments parviennent à nous angoisser lors de la fin de certains épisodes. Une scène mettant en vedette une personnificatrice de Marilyn Monroe l’illustre très bien. Un long plan au ralenti nous la montre embrassant chaque homme présent dans la salle et l’effet est saisissant. Cependant, l’intrigue se remet vite à faire du sur-place en se concentrant sur des anecdotes sans intérêt.

Un des rares points positifs est l’intégration d’acteurs issus de la communauté inuit. Il est important et trop peu fréquent de voir des acteurs des Premières Nations dans les créations télévisuelles de chez nous et on se doit de féliciter l’initiative. Également, la musique de Ramachandra Borcar, connu aussi sous le nom Ramasutra, est très bonne et toute en subtilité, contrairement aux intrigues de la série.

Par ailleurs, il est extrêmement curieux de voir des acteurs chevronnés et talentueux soudainement jouer faux. L’exemple de Julie Le Breton est frappant. Elle nous a démontré tout son talent d’actrice dans des séries comme de Victor Lessard et Les beaux malaises. Les dialogues insipides dans lesquels elle répète ad nauseam le titre du poste qu’elle occupe (directrice du Laboratoire d’urgence sanitaire) enlèvent toute crédibilité à son personnage. Le même sort s’applique à Guillaume Cyr (Jusqu’au déclin), interprétant un ministre de la santé complètement épais et sans grand jugement.

Ne vous attendez surtout pas à une finale à grand déploiement, car la conclusion est bâclée et précipitée. Tout cela donne l’impression qu’il n’y aura pas de deuxième saison. Malgré tous ces bémols, un mystère demeure: pourquoi a-t-on envie de dévorer chaque épisode comme s’il n’y avait pas de lendemain? C’est tout de même divertissant et on s’amuse à ressortir chaque imperfection de cette série. L’expression anglaise “So bad it’s good” définit très bien la première saison d’Épidémie.