Death Wish: les mauvaises circonstances

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Le docteur Paul Kersey (Bruce Willis) est un chirurgien urgentologue qui a à cœur la vie de ses patients, quels qu’ils soient. Par contre, le jour où sa femme est sauvagement assassinée et que sa fille est violemment agressée par des cambrioleurs, Kersey remet progressivement en question son serment d’Hippocrate. Lui qui avait fait vœu de protéger la vie choisit maintenant la voie des armes et n’a plus aucune pitié pour les voyous qui menacent les autres citoyens.

Quel mauvais timing pour Death Wish que de sortir en salle en pleine crise politique aux États-Unis suite au carnage dans une école de la Floride. D’un autre côté, les tueries aux États-Unis se produisent tellement souvent que trouver une bonne date relève du miracle (il paraît d’ailleurs que la sortie du film a été retardé à cause des événements tragiques qui ont eu lieu à Las Vegas cet automne, ce qui est plutôt ironique).

Bref, avec ses allures de grosse pub pour la NRA, Death Wish risque clairement de déplaire à plusieurs spectateurs, surtout ceux qui ne capteront pas le second degré derrière certains gags (la facilité avec laquelle on peut se procurer des armes aux États-Unis est d’ailleurs illustrée de manière amusante dans le film). Le hic, c’est que le personnage principal – joué dans le film original par Charles Bronson – est l’une des inspirations du Punisher. Difficile avec un tel (anti)héros de ne pas faire indirectement l’apologie des armes, surtout si on décide de parsemer son film de calembours douteux digne d’une série B des années 80, sans compter la présence d’un magnifique «montage» en splitscreen sur l’air de Back In Black du groupe AC/DC. Eli Roth peut bien après nous proposer une (timide) remise en question éthique des actes du héros par la présence récurrente d’extraits de débats enflammés qui ont lieu à la radio et sur le web, ça ne suffit pas. En refusant de faire un choix entre la réalisation d’un film sombre et réaliste, ou d’une parodie assumée (à l’image de la fausse pub grindhouse qui a circulé sur le web), le réalisateur de Hostel rate la cible (sans vouloir faire un vilain jeu de mots). Le film souffre terriblement de cette hésitation artistique et s’en retrouve irrémédiablement déséquilibré d’un point de vue narratif.

Comparativement à la version réalisée par Michael Winner, l’agression contre la famille de Kersey (qui est architecte dans le film de 1974 et non chirurgien) est beaucoup plus soft dans la version de Roth. Il n’y a pas de scène de viol et la mort de la mère a lieu hors-champ. Est-ce que même Roth aurait lui aussi des limites? Ce choix étonne quand on observe la violence présentée dans les scènes suivantes (il y a quelques mises à mort qui sont d’ailleurs bien gore). Mais bon, les temps ont changé et montrer la mort violente d’un méchant demeure socialement plus acceptable que de montrer celle d’une femme innocente.

Autre différence: le personnage interprété par Charles Bronson ne croisait jamais les malfaiteurs qui s’en étaient pris à sa femme et sa fille, élevant ainsi le film au-dessus du simple récit de vengeance. Dans la version de 2018, Kersey retrouve au contraire rapidement la trace de l’un des meurtriers de sa femme et ça tout à fait par hasard. Merci messieurs les scénaristes…

Notons la présence de plusieurs bons acteurs comme Vincent D’Onofrio (qu’on est d’ailleurs heureux de voir faire autre chose qu’un méchant) et Dean Norris (Breaking Bad) qui joue ici les comiques de service en duo avec Kimberly Elise. Soulignons également la présence de deux acteurs canadiens qu’on aime bien, Jason Cavalier (Screamers) et Stephen McHattie (Pontypool), le film ayant été tourné en bonne partie à Montréal.

Face à ce résultat peu convaincant, on aurait préféré voir la version que proposait Joe Carnahan, un film qui promettait de flirter davantage avec le cinéma de Michael Mann qu’avec celui de Steven Seagal. Et c’est quelqu’un qui est un grand fan des classiques de Seagal qui vous dit ça!

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