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Les Blood Brothers, c’est Jib Bérubé et Carlo Harrietha. Si vous êtes moindrement aux aguets, vous savez qu’ils sont deux spécialistes en effets spéciaux qui ont œuvré sur plusieurs films de genre tels que Turbo Kid, Game of Death et Les Affamés.

Lors de notre visite sur le plateau du film Blood Quantum, nous sommes entrés dans une forêt enfumée qui nous donnait presque l’impression d’être les protagonistes d’un film de Lucio Fulci, marchant en enfer, mais sur terre. Cette ambiance était le fruit du duo explosif à l’oeuvre. Peu de qualificatifs peuvent exprimer l’enthousiasme des fans que nous étions.

Se dirigeant vers le moniteur pour aller parler à son équipe, Jib Bérubé croise mon regard ébahi et me lance: «Tu dois être un des membres d’Horreur Québec? Nous sommes souvent sur vos pages. Si tu as du temps après, on pourra vous parler.»

Ce fut donc avec un très grand plaisir que le geek survolté en moi alla les retrouver devant leur remorque pour discuter de cinéma. Intéressants, drôles et passionnés, les deux magiciens ont été très généreux:


Horreur Québec: Quel est le plus gros défi que vous avez eu ou que vous aurez sur Blood Quantum, par rapport aux projets que vous avez fait avant?

Jib Bérubé: Le défi était de trouver le bon niveau d’horreur pour le film. C’est-à-dire qu’on cherchait un ton et un niveau de blood qui n’était pas exagéré ou humoristique. On souhaitait quand même rester over the top. Il va y avoir du sang et des gens vont mourir. Il y a de la bataille et certains seront décapités, mais il ne fallait pas que ça soit drôle. Il fallait trouver le bon ton pour le film de Jeff. Ce n’est absolument pas un film humoristique. C’est même un long-métrage qui présente un scénario avec plusieurs couches et plusieurs niveaux. On voulait que les effets appuient son scénario.

Carlo Harrietha: Ce n’est pas comme Game of Death, par exemple. Comme Jib le mentionne, surtraiter la violence peut amener à une scène drôle. En revanche, si on ne montre pas assez de violence, les amateurs en demandent plus. Trouver le bon mélange, c’est un challenge en tant que tel. Est-ce qu’une coupure doit dégouliner? Doit-on voir la pression cardiaque? Le jet de sang devrait jaillir à quatre pieds de haut? Il y a quelques plans qu’on fait dans le film qui sont très sanglants.

JB: Quand on coupe la jugulaire de quelqu’un ou qu’on le coupe en deux, c’est certain que ça saigne.

CH: C’est ça, mais dès qu’on aborde un film d’horreur, il faut mettre sa signature dans les effets en respectant ce que le réalisateur veut avoir.

JB: Nous, les Blood Brothers, on tripe autant à faire exploser des têtes, à couper du monde en deux, qu’à faire des affaires plus subtiles. Dans Les Affamés, c’était plus terre à terre, mais encore là, il y a quelques meurtres qui ne sont pas si mal. C’était aussi semblable avec Robin: il voulait satisfaire la soif de gore des fans, mais ne pas tomber dans l’excès pour que ça devienne de la comédie.

HQ: Dans un film comme Blood Quantum qui doit rester sérieux, est-ce que le réalisateur vous a déjà dit: «Là, c’est trop», en voyant les effets sanglants?

CH: Pas encore, mais demain, on fait un paquet de meurtres. On a tourné une scène la semaine dernière et nous étions certains que ça allait être trop, justement. Quand vous verrez le film, vous aller savoir exactement c’est quoi le moment. Quand on l’a fait, la caméra s’est fait arroser à mort et il y avait du sang partout. On était certains qu’on allait nous appeler pour faire une nouvelle prise. Et le réalisateur s’est mis à crier: «That’s what I wanna to see!». On est donc passé à autre chose.

HQ: Même si nous sommes sur le plateau, nous n’avons absolument aucune idée de votre travail sur ce film-ci. Vous me dites que ce sera sérieux et quand je regarde la forêt autour, je ne peux m’empêcher de vous demander s’il faut s’attendre à quelque chose dans la lignée de The Walking Dead ou du premier The Evil Dead?

JB: On est plus dans la lignée de The Walking Dead au niveau du sérieux. Le film est vraiment dans le ton de Rhyme for Young Ghouls de Jeff Barnaby aussi. C’est le même genre d’univers. C’est très sombre sur des réserves, mais cette fois, on tombe dans un contexte post-apocalyptique duquel les personnages essayent de survivre. Évidemment, ça parle de leur histoire et de leur nation. On voit comment il vont se battre finalement. On ne peut pas dévoiler trop de choses, mais on a eu la chance de se mêler au design des armes dans le film. On a créé les outils des personnages principaux pour leur donner un peu de notre style, en respectant le contexte du film et les techniques amérindiennes. Il va y avoir du beau stock dont nous sommes très fiers.

CH: On a aussi travaillé avec Michel St-Martin, notre directeur photo. Il apporte une image assez léchée et il aime la texture. Dans ce film, on travaille beaucoup au niveau atmosphérique. On travaille avec le brouillard, de la légère haze pour donner de la profondeur de champ, avec de l’éclairage au feu. On a beaucoup travaillé avec les éclairagistes.

JB: C’est l’apocalypse, donc il n’y a plus tellement d’électricité, donc il y a beaucoup de feu dans la direction photo. Mais c’est varié. Comme t’as vu aujourd’hui, nous étions sur un lac et il fallait une fumée très étouffante. Nous avons donc passé deux jours à se promener en bateau moteur avec des machines à boucane.

HQ: Le réalisateur peut déjà, si on regarde son dernier film et ses courts, être appelé un auteur. Rhymes for Young Ghouls a quand même eu une certaine renommée dans plusieurs festivals, mais cette fois, il va se présenter avec un film de zombies. Pensez-vous que le film pourrait avoir un succès similaire, ou les critiques vont l’accuser de délaisser son ancrage historique pour offrir de l’horreur?

JB: Je pense que celui-ci aussi pourrait avoir du succès, car il a, à la base, un très bon scénario avec plusieurs couches de compréhension. Les personnages y sont bien développés. Tu ajoutes à cela l’horreur et un côté thriller, et le bloody qui arrive par-dessus devient juste du bonbon. Je pense que le film a un potentiel commercial, mais aussi dans les différents festivals, à cause du style de Jeff.

CH: Je pense que Les Affamés a donné la preuve qu’on peut avoir de l’intérêt pour autre chose que pour une comédie romantique. Si l’histoire et les personnages sont intéressants, tu y crois en tant que spectateur. C’est amusant d’aller vers quelque chose que le grand public n’est pas habitué. Ça va les surprendre.

HQ: Nous sommes actuellement dans un renouveau de l’horreur où la suggestion l’emporte sur la démonstration. On dirait que la grande qualité des œuvres du studio A24 déteint sur tout le monde. En tant que créateur d’effets spéciaux, mais aussi comme cinéphile, est-ce que vous trouvez qu’on accorde une trop grande importance à l’horreur plus psychologique et intellectualisé?  Est-ce que la reconnaissance critique n’est pas un peu trop liée parfois à l’absence de violence?

CH: Tous ces modes se comparent à l’histoire des effets spéciaux, à la base. Il fut un temps où tout était entièrement mécanique: tout était sur le plateau. Après, il y a eu les CGI, les effets 3D et on a vu une grande poussée. Tout est devenu numérique. Aujourd’hui, on se retrouve à chercher un juste milieu, je pense. Mélanger les deux techniques permet de faire de quoi de différent. Il y a des films d’horreur plus intellectuels qui sont juste too much, mais un bain de sang total peut être too much aussi.

JB: Moi j’aime les deux (rires). J’aime écouter des films complètement déficients. S’il y a des extraterrestres qui giclent bleu partout, j’aime bien. Je vais aimer aussi plus sérieux.

HQ : Est-ce que beaucoup de films y parviennent, selon vous, à ce mariage? On a souvent l’impression qu’un cinéaste maîtrise l’un des deux côtés et qu’il se plante pour l’autre. Avez-vous un exemple de film?

CH: Le bon mariage de tout qui me vient vite à l’esprit, c’est The Devil’s Reject. Il se passe tellement de choses dans ce film et subitement, on se dit: «Holy fuck!». Il des scènes où les acteurs la joue tellement intense psychologiquement que tu es mal à l’aise.

JB: Des fois, en voir moins fait encore plus peur. Si on pense au premier Jaws, il n’y a pas de meilleur exemple. On ne voit pas le requin et c’est terrifiant. D’un autre côté, Sharknado est super con, mais super drôle aussi. Pour en revenir à ta question, est-ce que les studios veulent s’en aller vers plus psychologique et moins gore? Je ne sais pas, mais nous on fait de plus en plus de gros films (rires). Il y a encore des films plus hardcore qui marchent. Turbo Kid, Game of Death et Les Affamés ont fonctionné autour du monde.

CH: Et il y a le court-métrage Cauchemar Capitonné dont on ne compte plus les prix. Je pense que nous sommes rendus à notre cinquième prix d’effets spéciaux pour ce film-là.

JB: C’est les gros studios peut-être qui aiment mieux l’horreur intellectuelle, mais nous, on nous appelle de plus en plus chaque année. Cela dit, le public québécois boude bien des choses. Les Affamés a eu plus de succès à plein d’endroits qu’au Québec. C’est aussi la même chose pour Turbo Kid, mais en même temps, certains producteurs d’ici commencent à avoir le culot d’en faire.

CH: Le film Turbo Kid est plus culte ailleurs. Les gens se font tatouer des Skeletron.

HQ: Vous n’avez jamais pensé à faire bénéficier vos fans de vos effets, en faisant une maison hantée à l’Halloween par exemple?

CH: Ça pourrait être une idée, mais il faut aussi comprendre qu’une vraie maison hantée, comme nous on l’entend, c’est quand même un six mois de travail. Je ne te parle pas d’une chambre d’horreur amusante et pour toute la famille. Ça serait un endroit où il faudrait mettre une couche avant d’entrer.

HQ: En terminant, est-ce que votre émission sur Z Télé doit revenir?

JB: On l’espère, mais on encourage nos fans à se rendre sur la page Facebook de Z Télé et leur mentionner qu’ils souhaitent nous revoir.


Nous vous encourageons donc à aller soutenir le tandem en écrivant un petit mot à cette chaîne spécialisée. Il nous faudra patienter encore de longs mois avant de pouvoir voir Blood Quantum, mais l’ensemble paraît très alléchant.

Lisez également l’entrevue avec le réalisateur Jeff Barnaby dans la première partie de notre couverture du tournage du film.

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