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Lors de la première mondiale du film d’anthologie Nightmare Cinema, Horreur Québec a eu la chance de s’entretenir avec quatre des cinéastes du film, Alejandro BruguésRyûhei KitamuraJoe Dante et Mick Garris, David Slade n’ayant pu se rendre à Montréal, pour discuter à la fois de leur expérience sur le film, mais également de leur carrière:


Alejandro Brugués

Reconnu surtout pour le succès de Juan of the Dead et sa participation à la série From Dusk Till Dawn, le cinéaste Alejandro Brugués fut le premier à répondre à nos questions:

Horreur Québec: Votre histoire de Nightmare Cinema est en partie un slasher. Aimeriez-vous vous dirigez un slasher entier de 90 minutes?

Alejandro Brugués: Énormément. Je les adore, mais j’ai presque l’impression de l’avoir fait. Mon segment me semble un film complet. C’est un slasher de vingt minutes auquel il manque les deux premiers actes. Mais après l’avoir vu vendredi soir, il me semble qu’on comprend l’ensemble de ce que pourrait avoir été ces deux parties. J’ai eu un grand plaisir à le tourner. J’aimerais tourner un slasher, en effet. Un nouveau Friday the 13th ou quelque chose de similaire serait un grand plaisir.

HQ: Vous pourriez postuler pour faire l’un des prochains Friday the 13th? On aimerait tous voir Jason reprendre du service.

AB: Ce serait cool. J’aimerais beaucoup faire quelque chose ressemblant à cette franchise. Ce sont des films que j’affectionne particulièrement.

HQ: Vous avez travaillé sur plusieurs épisodes de la série From Dusk till Dawn, et lors du Q&A, il a été énormément question de liberté artistique pour vous tous. Quelle est la différence pour vous entre tourner un film destiné aux salles ou tourner pour la télévision?

AB: Selon mon expérience à moi, il y a une grande différence. Au cinéma, on travaille sur notre bébé, notre création, mais à la télé, on met en images le bébé d’un autre. Vous avez le créateur de l’émission. Au cinéma, les détails sont plus importants. On veut que tout soit parfait. Le réalisateur est davantage maître de ce qu’il fait. À la télévision, ce sont les scénaristes qui le sont. À la télé, on dort mieux la nuit puisqu’on n’a pas tout sur les épaules.

HQ: De grands réalisateurs se tournent vers la télévision pour continuer à pouvoir travailler, mais de votre côté, c’était plus restrictif?

AB: Dans le cas de Nightmare Cinema, c’était vraiment mon histoire et pas lors des expériences à la télévision que j’ai eues. À la télé, il faut tenir compte de règles et des autres épisodes. Ici, la violence n’était jamais un problème. Mick supportait totalement ce que l’on faisait. Et avec le budget qu’on avait, tout le monde a fait du bon travail.

HQ: Saviez-vous dès le départ que votre film ouvrirait l’anthologie?

AB: Non, on ne savait pas l’ordre en débutant le projet, mais lorsque je l’ai appris, ce fut assez lourd à porter (rires). En écrivant le scénario, on l’ignorait.

HQ: Si l’on regarde non seulement votre segment The Thing in the Woods, mais également votre travail antérieur, vous démontrez un désir flagrant de mélanger horreur et comédie.

AB: Oui, j’aime mélanger les deux et ça me rend confortable de le faire. J’aime confondre les genres et aller rapidement d’un à l’autre.

HQ: Il y a un réservoir de références dans votre clip, mais si je vous demandais tout de même de nous signaler vos inspirations, vous me nommeriez quels films?

AB: J’aimerais dire qu’il est tourné comme le premier The Evil Dead, quand la caméra pourchasse Ash, mais aussi je suis obsédé par John Carpenter. Mais je dois aussi mentionner Friday the 13th. J’aime la manière loufoque avec laquelle on tue les gens dans les slashers. J’ai plusieurs sources d’inspirations. Je pourrais dire aussi The Cabin in the Woods. Si je devais en mentionner un, je dirais The Evil Dead davantage. Du moins, lors du tournage.

HQ: Avez-vous des projets futurs?

AB: Oui, je travaille actuellement sur un projet différent. Ce n’est pas une comédie d’horreur, mais quelque chose de bien plus sombre. C’est inspiré de crimes réels. Mais c’est en préparation et on a toujours peur que ça nous porte malheur si on en parle trop avant que ça soit concrétisé.

HQ: Si Mick replongeait dans une série de l’ampleur de Masters of Horror, comme il l’a mentionné lors du Q&A, aimeriez-vous en faire partie?

AB: J’aimerais beaucoup. J’aimerais aussi avoir l’opportunité de faire un long film avec mon segment, même une suite.


Ryûhei Kitamura

Lors de cet exercice de chaise musicale avec les réalisateurs, nous avons eu ensuite la chance de parler à Ryûhei Kitamura (The Midnight Meat Train, Godzilla: Final Wars):

Horreur Québec: On a mentionné lors du Q&A que votre film était d’inspiration italienne. Est-ce qu’un film vous a inspiré particulièrement?

RK: Pas particulièrement, mais j’ai grandi avec eux. Dario Argento et Lucio Fulci ont fait partie de mon enfance.

HQ: Vous avez fait un Godzilla, mais aimeriez-vous en tourner un hollywoodien?

RK: J’ai fait ce que j’ai pu avec Final War et je n’aime pas me répéter. Mais j’ai déjà fait tout ce que je pouvais pour le film.

HQ: Bradley Cooper a été révélé avec votre film The Midnight Meat Train et il y a comme un renvoi d’ascenseur dans Silver Linings Playbook, où on filme l’affiche de votre film alors que Bradley marche devant un cinéma. Votre film est donc présent dans un film à Oscars!

RK: Oh oui! J’étais au TIFF quand le film est sorti pour No One Lives et les gens ne cessaient de m’en parler. Cela m’a fait bien rire. C’était très agréable.

HQ: Comment c’était de tuer une série d’enfants dans un film de vingt minutes?

RK: Au cinéma seulement, c’était très agréable.

HQ: De tous les épisodes, le vôtre est le plus stylisé et selon moi, le meilleur. Vous utilisez véritablement le langage cinématographique à travers certains cadrages et certains travelings. Est-ce qu’engager tout ce processus filmique pour un court film et un budget limité ne devient pas plus ardu que pour un long-métrage?

RK: Merci beaucoup de ce que vous dites. C’était un défi, en effet. Je n’y ai pas pensé directement, dans la mesure où je voulais montrer à quel point la religion pouvait être terrifiante. Je n’ai jamais montré un démon directement. Nous avons travaillé l’ambiance.

HQ: En un court film de vingt minutes, vous nous proposez une série de tabous qui font déjà jaser en ligne depuis la projection. Pour connaître votre style, je ne crois pas que c’est quelque chose qui vous effraie vraiment, mais n’y a-t-il pas quand même un risque? Vous avez mentionné que votre clip pouvait faire basculer à lui seul la classification.

RK: Oui, je savais que les thèmes pouvaient avoir une controverse. Mick Garris nous a sélectionnés et ma mission était de faire quelque chose qui me ressemblait. Je savais les risques, mais c’est un film après tout.

HQ: Dans vos films, l’action est toujours ponctuée d’horreur et l’horreur devient de l’action. Est-ce que c’est volontaire pour vous que ces deux genres n’en deviennent qu’un?

RK: Il y a toujours les deux, vous avez raison. Par contre, je ne focus pas toujours sur l’action, mais sur les combats. J’aime travailler ma présentation des batailles. Comment survivre? Comment se battre? C’est toujours important dans mes histoires.

HQ: Aimeriez-vous changer complètement de registre et nous offrir une comédie dramatique, ou encore un film musical?

RK: Tout à fait. Au Japon, j’ai d’ailleurs travaillé sur un projet musical. La musique est importante pour moi. Et à L.A, il y a toujours des concerts et j’adore la musique. Pour mon sketch, je voulais une musique ressemblant à celle du cinéma italien, justement. Mais, pour répondre à la question, j’aimerais tourner un genre différent.

HQ: Est-ce qu’il y a un film qui vous attend après Nightmare Cinema?

RK: Oui, j’ai un projet de long-métrage: ce sera mon film d’action. On me considère comme un cinéaste d’horreur, mais moi je me vois plus comme un réalisateur d’action. Mon film sera dans la lignée de Kill Bill.


Joe Dante

Ce fut par la suite le légendaire Joe Dante (Gremlins, The Howling) de nous faire l’honneur de répondre à notre questionnaire:

Horreur Québec: Parmi tous vos excellents films en avez-vous un favori personnellement?

Joe Dante: C’est comme de demander à un parent s’il a un enfant favori. Je ne pense pas que j’en ai un préféré. Certains sont nos favoris à cause des tournages, d’autres à cause des libertés que vous avez eus. Gremlins est le film qui m’a donné une certaine popularité, me permettant de plonger dans plusieurs autres projets. Donc je serais porté à dire Gremlins. En général, je suis satisfait de mes films. Certains sont moins biens, mais en général, je les aime.

HQ: Lors du Q&A, vous avez mentionné qu’il était facile de participer à une anthologie parce que vous n’aviez pas toutes les responsabilités. Vous avez commencé d’ailleurs votre carrière avec un film co-réalisé. Aimeriez-vous refaire l’expérience de co-réaliser un film avec un autre cinéaste?

Joe Dante: Vous vous souvenez donc d’Hollywood Boulevard? Je l’ai fait pour Roger Corman. Moi et Allan Arkush l’avions co-réalisé. J’aimerais le refaire. J’ai appris à réaliser de cette manière. Ce serait agréable de refaire l’expérience.

HQ: On ressent énormément de nostalgie des années cinquante et soixante dans vos films. On pourrait même dire que votre filmographie entière est un hommage à ces décennies. Vous pensez quoi du cinéma d’aujourd’hui?

JD: Plusieurs films aujourd’hui s’inspirent des années 1980; comme à mon époque, on s’inspirait des films de nos jeunesses à nous. La popularité de Stranger Things vient de là. Nous sommes tous influencés par ce qu’on voit étant enfant, simplement.

HQ: Il y eu plusieurs suites douteuses à votre classique The Howling. Est-ce que vous aviez personnellement envisagé d’en tourner une, suite au succès du film original?

JD: Plusieurs franchises sont comme ça. Ils essaient de faire de l’argent avec le nom. Aucun des Howling n’est comme le premier. Je n’ai jamais obtenu d’argent pour aucune des suites. Je n’étais pas dans la Director’s Guild, donc je n’avais pas ces privilèges. Le personnage meurt à la fin de The Howling: pour moi, c’était la fin de l’histoire. Vous avez vu comment ils ont bâclés la reprise de cette scène? (rires) Jamais, je n’ai envisagé une suite.

HQ: Parlez-nous de Gremlins 3. Aimeriez-vous le tourner?

JD: Tous le monde parle de Gremlins 3, sauf moi. Ce n’est pas moi qui ne veut pas, mais les gens qui sont derrière Gremlins 3 n’ont pas aimé le second. Moi, je l’aime bien.

HQ: Votre film Piranha est arrivé après Jaws, dans ce qu’on appelle la vague sharksploitation. Contrairement à plusieurs reprises minables du classique de Spielberg, la vôtre tient la route et demeure l’un des seuls marquants du sous-genre. Pourquoi Piranha dure autant, selon vous?

JD: The Shape of Water est un excellent film de sharksploitation qui risque de durer (rires). Pour Piranha, c’était un peu une reprise de Creature from the Black Lagoon également. Ce n’est pas un secret. C’était effectivement un rip-off de Jaws et les gens le savaient. J’ai même mis le jeu vidéo de Jaws dans une arcade pour souligner que je savais ce que je faisais. Jaws avait même marqué l’univers fictif du film. Les gens ont aimé qu’on assume et Piranha a eu du succès. C’était mon dernier projet pour Roger Corman.

HQ: Dans votre filmographie, plusieurs acteurs reviennent sans cesse: on se surprend même à les surveiller.

JD: Plusieurs réalisateurs aiment revenir avec les mêmes acteurs. Reprendre ces bonnes vieilles équipes dont les membres sont devenus vos amis. J’ai ramené Dick Miller: il est dans presque tous mes films, mais il est maintenant à la retraite. Je l’ai ramené dans Gremlins 2. En fait, il y a quelques mots dans Gremlins mentionnant que Monsieur Futterman était à l’hôpital et non pas mort.

HQ: On présume que vous aviez aimé The Little Shop of Horrors, puisque dans Gremlins, vous lui avez pris la même actrice pour jouer sa femme.

JD: En effet, j’ai beaucoup aimé The Little Shop of Horrors et Jackie Joseph interprète Mrs. Futterman avec lui, dans Gremlins.

HQ: Avez-vous tourné volontairement The ‘Burbs en voulant rendre un hommage à Rear Window?

JD: Pas exactement, mais plusieurs spectateurs ont vu ça de cette manière. Je savais que c’était similaire, d’une certaine manière, mais dans The ’Burbs j’aimais l’idée que le héros n’est pas vraiment témoin d’un meurtre.

HQ: Quand peut-on espérer voir un nouveau film de vous en salle, après Nightmare Cinema?

JD: J’aimerais vous dire que j’ai des projets, mais je n’en ai pas. Quand on a une récompense pour l’ensemble de notre carrière, on a tendance à se dire que beaucoup de choses sont derrière nous. J’essaie de rester dans le coup, mais c’est difficile.


Mick Garris

Mick Garris (Masters of Horror, Sleepwalkers) fut le dernier à répondre à nos questions. Il est l’investigateur de l’anthologie Nightmare Cinema.

Horreur Québec: Vous êtes en quelque sorte un meneur de la troupe. Déjà dans Sleepwalkers, vous avez amené une série de cinéastes pour y faire un caméo. D’où vous vient cette idée de rassembler tout le monde?

Mick Garris: Plusieurs sont mes amis, et j’ai commencé comme journaliste comme vous. Les premières entrevues que j’ai eu à faire ont été Ray Bradburay et Rod Terling, au secondaire. Ils ont eu une grande influence sur ma vie. J’ai réalisé que je pouvais apprendre d’eux. Ces entrevues ont été mon école de cinéma. Ce que je voulais par dessus tout était écrire et faire du cinéma. À 12 ans, je commençais à tourner en 8 mm. J’ai toujours aimé le cinéma et l’écriture. Steven Spielberg a été le premier à m’engager. J’ai fini par écrire pour Spielberg pour Amazing Stories et j’ai écrit un épisode que Joe a réalisé. Nous sommes maintenant amis depuis des années. J’ai réalisé aussi mon amour des anthologies. Tourner quelque chose pour nous en tant que réalisateur était aussi l’idée derrière Masters of Horror. L’idée d’amener ces grands artistes a été une grande expérience. J’étais le leader, en quelque sorte, mais eux étaient les maîtres.

HQ: Masters of Horror est une série de petits films inoubliables, mais je dois vous avouer que trois noms semblent manquer à la liste: Wes Craven, Georges Romero et Sam Raimi. Est-ce qu’il y a une raison à leur absence?

MG: Ils y ont tous été invités. À l’époque, je pense que Georges était impliqué avec Universal pour Land of the Dead et Wes a eu un empêchement, mais aurait possiblement été de la troisième saison si elle avait eu lieu. Georges et Wes souhaitaient y participer. Haeckle’s Tale devait au départ être réalisé par Georges, d’après mon scénario inspiré par Clive Barker. Sam vit dans son propre monde. C’est un gars très gentil, mais c’était difficile de le convaincre.

HQ: Vous avez souvent basculé de la télévision au cinéma et vice-versa. Seulement, on oublie souvent la différence dans votre cas. J’ignorais totalement, au moment de visionner Psycho 4, qu’il avait été tourné pour la télévision par exemple. Est-ce que vous abordez différemment les deux mediums en réalisant?

MG: Je tourne mes projets cinématographiques et télévisuels de la même façon puisque plusieurs personnes voient les films qu’ils regardent à la télévision. Psycho 4 et Masters of Horror ont été faits pour des chaînes payantes. Il n’y avait pas autant de restrictions ou d’interférences que si nous avions été sur une chaîne normale. La télé a une grande audience et dorénavant, tout se retrouve en DVD ou Blu-ray. La visibilité est très grande. Au cinéma, on ne sait jamais ce qui peut arriver.

Plusieurs cinéastes tournent des fictions pour le petit écran avec une série de close-ups, mais ce n’est plus si essentiel. Les gens ont des écrans panoramiques à la maison. La télévision peut bénéficier de plusieurs éléments cinématographiques.

HQ: Tourner une quelconque suite à Psycho devait être aussi stimulant qu’effrayant? Comment avez-vous approché l’idée?

MG: C’était intimidant, mais il ne faut pas y penser. Hitchcock est au sommet et pas moi. Ce qui a rendu la décision plus facile est qu’il y a eu Psycho 2 qui a été une excellente suite et Psycho 3 n’était pas si mal. Aucune critique n’a aimé le troisième. Un grand laps de temps me séparait du film d’Hitchcock, qui était décédé depuis longtemps également. Joseph Stefano, le scénariste original, était de retour pour l’écrire. Il paraît qu’au départ Anthony Perkins était perplexe de voir le film diriger par le gars derrière Critters 2 (rires). Je suis naïf en choisissant mes projets, parfois. Je n’ai vu aucun mal à reprendre The Shining. Kubrick a fait son film, mais je voulais présenter une autre version plus proche du roman.

HQ: Parlez-nous de votre relation avec Stephen King.

MG: King est un gars merveilleux, drôle et gentil. Il est présentement au sommet de sa carrière. C’est l’un de mes bons amis. Il reste à l’extérieur du monde hollywoodien ou même de New York. Je ne le vois pas souvent, car on habite loin l’un de l’autre. Tout le monde devrait rêver de travailler avec un homme comme lui. Sur un plateau, il est comme un enfant avec une boîte de jouets. C’est une de mes personnes préférées au monde. Il a vu Psycho 4 et il me voulait comme cinéaste pour Sleepwalkers. Je devine que je suis un bon cinéaste pour filmer des relations incestueuses (rires).

HQ: À quoi doit-on s’attendre de vous pour le futur?

MG: Je travaille présentement sur le pilote d’une série.


Nous souhaitons la meilleure des chances aux quatre cinéastes pour leurs prochains projets, et nous vous invitons à lire notre critique de Nightmare Cinema.

Consultez notre couverture Fantasia 2018

 

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