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Sienna Sayer - Crédit photo: Shudder

[Fantasia 2021] Une balade dans le subconscient nocturne de Ruth Platt et «Martyrs Lane»

Une fillette errant la nuit dans un presbytère qui pourrait être hanté. Voilà le postulat du nouveau film Martyrs Lane de la cinéaste britannique Ruth Platt.

Il s’agit du troisième long-métrage de Platt, présenté en première mondiale dans le cadre de cette édition 2021 de Fantasia, et pour ceux qui n’ont pas eu la chance de découvrir le long-métrage pendant le festival, sachez qu’il a été acheté par Shudder et arrivera sur la plateforme le 9 septembre prochain.

Horreur Québec a profité de la première pour s’entretenir avec la cinéaste:


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Horreur Québec: Martyrs Lane a d’abord été un court-métrage que vous avez tourné en 2019. Pensiez-vous dès lors qu’il y avait assez de matière pour en faire un long-métrage ??

Ruth Platt: Ça été très difficile d’en faire un court-métrage, mais la compagnie British Films Institute, pour qui je souhaitais faire le long-métrage, m’a demandé de faire un court. J’avais tout de même rédigé, auparavant, un scénario pour un film. Il m’a fallu adapter ça.

C’est déjà très difficile de tourner un court, mais quand il y a un casting avec des enfants, c’est encore plus ardu. J’espérais montrer qu’il y avait de la place pour plus qu’un short. J’ai beaucoup appris sur le tournage du cette courte version et je suis heureuse de l’avoir fait, mais je ne te cache pas que ça a été éprouvant.

HQ: Dans le film, vous ne montrez jamais Leah comme une enfant fragile, mais plus comme battante. Et l’une des forces du malaise, c’est que contrairement à vous, les personnages l’entourant la perçoivent assez frêle et l’infantilisent plus qu’ils ne le devraient. Est-ce que ce rapport de contradiction entre votre caméra et la famille de Leah était volontaire?

RP: Je crois que oui, et je crois que ça vient de ma propre enfance. Je ne voulais pas porter de robes, et j’étais un peu tomboy. Ça a probablement influencé mon écriture, parce que d’une certaine manière, je voulais que Leah soit résistante et forte. En même temps nous avons cette fillette qui a une vulnérabilité extraordinaire. Mais comme tu le mentionnes, je voulais que les spectateurs se lient à elle non pas parce qu’elle était une victime, mais un vrai personnage.

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Sienna Sayer et Kiera Thompson – Crédit photo: Shudder

HQ: Vous avez aussi donné à Leah deux parents très différents, qui semblent s’aimer, mais qui voient la vie de manières différentes. Ici aussi, j’ai eu l’impression que vous misiez un peu sur la confusion qu’elle ressent pour nous la rendre attachante.

RP: Absolument. À l’écran on ne voit pas les parents échanger si souvent ensemble. Ils ont quelques lignes, mais on voit Leah essayer de faire la part des choses. Leur manière de traverser ce qu’ils ont vécu, dix ans auparavant, est différente. Nous avons cette fillette qui tente de résoudre un mystère et qui les regardent.

HQ: Il est difficile de passer sous silence votre inspiration du roman gothique anglais. Martyrs Lane pourrait être une relecture de Jane Eyre, avec une touche de Wuthering Height. On ressent aussi un très grand amour pour le cinéma espagnol, dont les films de Guillermo del Toro. Selon vous quel artiste vous a inspiré le plus pour ce film?

RP: J’adore Jane Eyre et les films de Guillermo. Je dirais que mon inspiration la plus flagrante c’est comme tu le dis, les romans gothiques anglais. Ils ont marqué mon enfance. J’aime ton rapprochement parce que Leah ressemble beaucoup à Jane. Elle est forte, mais aussi vulnérable. Dans le roman, j’ai toujours vu la maison où Jane travaille comme la métaphore de l’intériorité du personnage. Le grenier en serait le subconscient rempli de colère et de démence. Dans Martyrs Lane, c’est comme si la maison représentait la mentalité de la mère. Durant la journée, tout va bien, mais quand tombe la nuit, les cauchemars reviennent. Leah est perdue dans le cerveau de sa mère, en quelque sorte. J’aime beaucoup le sens que l’on donne à la notion de fantôme dans Wuthering Heights, également.

The Devil Backbone a certainement été une influence, car j’aime les traditions espagnoles. C’est très amusant parce que plusieurs personnes me disent qu’elles perçoivent dans mon film certaines touches espagnoles, et sans trop savoir pourquoi, je crois qu’ils ont raison.

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Sienna Sayer – Crédit photo: Shudder

HQ: Les cinéphiles vous connaissent comme actrice et je me suis demandé en regardant ce film dédié à différents portraits féminins si vous aviez eu envie d’y jouer un rôle?

RP: Aucunement (rires). Sur un tournage, j’aime trop avoir les yeux fixés sur l’écran, ce qui veut dire que j’aurais eu à me regarder sans cesse, ce que je déteste. J’adorais jouer, mais c’est dorénavant derrière moi. Il y a quelque chose de toxique quand nous ne sommes pas une super vedette et qu’on tente sans cesse de se donner. J’ai envie d’être davantage une marionnettiste qu’une marionnette. Je ne veux pas dire que les acteurs sont des pantins, cela dit. Il reste que je me sens plus confortable de l’autre côté de la caméra.

HQ: Plusieurs réalisateurs mentionnent souvent qu’il est difficile de diriger des enfants, mais vous aviez aussi le défi de leur faire jouer des scènes plus dramatiques, qui traitent de sujets assez difficiles. Aviez-vous une façon spéciale de leur expliquer les émotions à aller chercher?

RP: J’étais inquiète à ce propos. J’ai aussi fait attention en choisissant les scènes pour les auditions. Avec mes actrices, je te dirais qu’elles n’ont jamais montré le moindre inconfort à propos des contextes du film. De toute manière, c’est quelque chose qu’on réalise très vite quand on travaille avec des enfants sur un plateau. Je ne voulais pas trop expliquer non plus. Je souhaitais y aller une scène à la fois, et qu’elles disent leur texte sans trop cogiter sur le sujet. Nous focalisions sur la scène présente et jamais sur l’ensemble du film. Je désirais que ça soit plus spontané que réfléchi, et c’est aussi ce genre de chimie que j’ai recherché lors de mon casting. Les deux fillettes que j’ai choisies pouvaient faire ça et aussi changer de ton rapidement dans leur jeu.

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Sienna Sayer – Crédit photo: Shudder

HQ: Vous avez une touche personnelle et originale pour présenter l’horreur, et après avoir vu Martyrs Lane, tous les amateurs voudront savoir si nous avons des chances de vous revoir à la barre d’un film d’épouvante dans le futur?

RP: J’adorerais. Je suis justement en train d’en écrire un. J’ai le sentiment que, présentement, je comprends le genre. Il faut aussi trouver une balance difficile à établir. Certains aiment mieux les films plus commerciaux, d’autres préfèrent quand ils sont plus expérimentaux. J’essaie toujours de m’accrocher à l’histoire et aux émotions. J’aimerais aussi élever mon travail à un autre niveau d’horreur. Ce qui me fascine, peu importe le genre, c’est d’explorer une humanité détruite. L’horreur offre forcément plusieurs possibilités.


Lisez notre critique de Martyrs Lane.

Nous encourageons nos lecteurs à découvrir cette fascinante cinéaste. Après sa seconde diffusion virtuelle à Fantasia le 21 août, Martyrs Lane arrive en exclusivité chez Shudder le 9 septembre. La bande-annonce était d’ailleurs dévoilée plus tôt cette semaine:

Martyrs Lane - Official Trailer [HD] | A Shudder Original

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