[IMAGE+NATION] Entrevue: Mark Patton raconte son cauchemar dans «Scream, Queen! My Nightmare on Elm Street»

1985, quelques mois à peine après la sortie du succès-surprise de A Nightmare on Elm Street, la suite Freddy’s Revenge prend l’affiche. À la tête de sa distribution se retrouve Mark Patton, jeune acteur de 20 ans alors dans le placard, pour incarner le rôle de Jesse Walsh, un adolescent tourmenté par un monstre «caché en lui» et qui tente de s’emparer de son corps.

Près de 35 ans plus tard, le documentaire Scream, Queen! My Nightmare on Elm Street voit le jour et lève le voile sur l’histoire du film surnommé «le plus gay de l’histoire du cinéma d’horreur» et de sa star, bien décidée à nous livrer sa version du cauchemar qu’il a vécu, notamment depuis que le scénariste David Chaskin refuse d’admettre avoir écrit des scènes à caractère homo-érotiques et accuse l’acteur d’avoir rendu le film «gay».

On a eu la chance de rencontrer Mark Patton lors de son passage à Montréal la semaine dernière pour venir présenter le documentaire au festival IMAGE+NATION:


HQ: En tant que grand fan de A Nightmare on Elm Street: Freddy’s Revenge, j’ai l’impression que le film reçoit plus d’amour ces dernières années et qu’on peut enfin sortir du placard.

MP: C’est le préféré de plusieurs et les gens ne se sentaient pas libres de l’exprimer avant. Pour expliquer pourquoi il a fait ce documentaire, Roman [Chimienti, co-réalisateur de Scream, Queen!] raconte que lorsqu’il était jeune et a vu Nightmare on Elm Street 2, il l’a tout de suite reconnu comme était un film gay, mais les gens le décrivait comme un déchet qu’il ne fallait pas voir. Il s’est senti comme si on le traitait également comme une ordure. Le documentaire est sa réponse.

Pour plusieurs, Freddy’s Revenge a fait l’effet de regarder au travers le trou d’une serrure. C’est tellement cool d’entendre les gens qui viennent me dire à quel point ils ont aimé Jesse. Certains me disent: «j’avais l’impression que tu étais mon petit copain». C’est fabuleux!

HQ: Les gens te disent qu’ils avaient l’impression d’être avec toi?

MP: Il y a un segment complet dans le documentaire sur le sujet. On les appelle mes «jesses». Ce sont des garçons qui se sur-identifient au personnage de Jesse. Et ils sont plusieurs. On ne sait jamais au départ s’ils sont gays ou hétérosexuels, mais je l’apprend tout de suite en mettant ma main dans leur dos pour prendre une photo [rires]. Il y a quatre marines, qu’on voit aussi dans le film, qui m’ont écrit pour me dire qu’ils faisaient la dance de Jesse en Afghanistan la nuit pour les garder en sécurité. C’est incroyable!

HQ: Avec ta tournée des convention depuis le documentaire de 2010, Never Sleep Again, et les images qu’on voit dans Scream Queen!, on a l’impression qu’il s’agit vraiment pour toi d’une rédemption.

MP: Oh et ça l’est. Il n’y a aucun doute là-dessus! Mais je ne suis pas naïf. J’avais un agenda. Tout ce qui arrive en ce moment, nous l’avons planifié. Le documentaire est un succès et j’en suis très heureux. Plusieurs m’ont dit: «Tu ne peux pas scénariser un documentaire», mais nous l’avons fait. Évidemment, on ne connaissait pas exactement la tournure que les événements allaient prendre, mais nous avons travailler fort pour y arriver. Ça nous a pris cinq ans et un demi-million de dollars, de nos poches. Mais c’était notre mission. Et le film a beaucoup à dire et résonne même chez des gens qu’on ne croyait pas être notre public cible.

Montréal est ma 27e ville de suite. La réaction lors des projections est toujours la même: le film crée une vague qui émeut tout le monde, gay ou straight. Tout le monde a été intimidé dans sa vie. J’ai l’opportunité de corriger cela, de me lever et dire: «Je ne suis pas qui vous pensiez». Je n’étais pas aussi fort à ce moment-là, mais je le suis maintenant. Tout le monde peut s’identifier à ça. J’ai pu affronter mon monstre. On le voit lors de ma rencontre avec lui [David Chaskin, scénariste de A Nightmare on Elm Street: Freddy’s Revenge] dans le film.

HQ: Cette scène est tellement intense!

MP: N’est-ce pas? J’étais en black out complet quand on l’a tournée! Après notre rencontre, je me suis rendu compte que c’était triste de lui avoir donné tout ce pouvoir sur moi pendant toutes ces années. C’est comme ça que j’ai pu lâcher prise.

HQ: Vos deux réactions sont incroyables lors de cette rencontre. Avez-vous cru ses paroles?

MP: Non. Je crois par contre qu’il ne savait pas. Sa réaction a été très arrogante et condescendante toutefois. Les excuses qu’il me fait sont celles qu’on a tous déjà eues de nos pères: «Je suis désolé si j’ai pu dire quelque chose qui t’a blessé, et… désolé que tu te sentes ainsi», mais pas «désolé de t’avoir blessé». Mais j’ai été heureux qu’il réagisse ainsi. Ça m’a permis de réaliser que oui, il avait ses tords dans cette histoire, mais ce n’est pas le seul. Il n’a pas causé cela, mais je l’en ai tenu responsable. Et il pourrait retourner en entrevue demain matin et répéter ce qu’il disait il y a cinq ans quand même. J’ai réalisé qu’il n’était pas centré sur lui-même. Mais moi, oui. J’étais aussi très impressionné qu’il se présente. Comme c’était notre film, nous aurions pu couper le montage pour qu’il paraisse très mal, nous avions le matériel. Nous ne l’avons pas fait.

HQ: Vous dites dans le documentaire que vous avec accepté de faire Never Sleep Again à condition d’avoir cette confrontation avec David Chaskin, mais ce n’est jamais arrivé.

MP: Non en effet. Et je ne veux pas dénigrer le film, c’était fantastique pour les fans, mais ce n’était pas vraiment un documentaire. Ce sont des gens qui parlent de comment ils se sont sentis. Rien de ce qui s’y dit n’est vraiment vérifié. Par exemple, je me suis senti vraiment mal pour Tuesday Knight. Elle était dans Elm Street 4 et remplaçait Patricia Arquette. C’est une très gentille fille, mais tout ce qu’ils ont fait dans Never Sleep, c’est dire combien ils ne l’aimaient pas. Elle ne le savait pas! Elle l’a appris en regardant le film. C’est très cruel. Il y aurait dû y avoir un échange.

Concernant David, ils avaient déjà tourné son entrevue. Après m’avoir contacté, ils lui ont dit que je le traitais de menteur. Ils ont donc refait une autre entrevue avec lui. Mais ce que vous voyez dans le montage, probablement pour des raisons financières, ce sont des morceaux de sa première et de sa deuxième entrevue. Ça lui donne un air très psychotique d’ailleurs.

Je suis revenu pour l’héritage de Jesse et du film [Elm Street 2]. Je pense qu’il s’agit d’un bon film et d’une bonne performance de ma part. Je ne voulais pas que mon héritage ou que celui du film soit une farce. Je ne voulais pas que ce soit ce que les gens retiennent. C’est comme ça qu’on a débuté le film il y a cinq ans. Et nous avons certainement changé la conversation depuis. Et ça continue… On m’invite à parler lors de conférences dans les universités et le film est présenté dans des musées — d’ailleurs l’endroit où nous sommes [le Centre Never Apart] est magnifique!

Le gens me demandent si je regrette de ne pas avoir été acteur après Elm Street et je pense qu’à un moment donné j’ai eu des regrets, mais plus maintenant, parce que je pense que ma destinée a été de faire Scream, Queen!, comme si j’avais fait Freddy’s Revenge pour pouvoir faire ce film.

HQ: Quel a été votre réaction en apprenant récemment que la succession de Wes Craven voulait rebooter la franchise?

Évidemment, c’est une propriété de très grande valeur alors ils ne vont pas rester assis à ne rien faire. Je pense qu’ils devraient venir me parler! J’écris bien. J’ai écris un livre qui s’appelle Jesse’s Lost Journal, qui se trouve à être le journal intime de Jesse et j’ai toujours pensé à Elm Street comme un American Crime, où on pourront développer l’histoire d’un personnage pendant une saison. Elm Street est bâti pour ça. L’histoire de Jesse pourrait durer huit épisodes, ainsi que celle de chacun de ces adolescents.

Je pense que ce qui a rendu les deux premiers films si spéciaux, peut-être également le troisième, c’est que, par exemple dans Freddy’s Revenge, on ne voit Freddy que pendant onze minutes en tout, mais sa présence est partout. Et il est malveillant et laid et méchant. Il n’y a pas de dialogues punchés, de blagues, etc.. Après le troisième, même si j’adore Robert et qu’il a fait un travail remarquable et littéralement bâti une franchise milliardaire, c’est devenu le Robert Englund show. Je pense que s’ils retournent aux sources, ce serait gagnant. J’espère qu’ils auront assez de bon sens pour, oui ramener Robert en tant que consultant, mais aussi préparer ses fans avec le fait qu’il a maintenant 75 ans et pourra pas jouer Freddy Krueger à nouveau. Mais oui, il y aurait des choses merveilleuses à faire.

HQ: Êtes-vous fan de films d’horreur?

Je suis un fan de films. Dans le genre, le film qui m’a le plus impressionné dans les dernières années a gagné Meilleur film canadien au TIFF en 2015 et s’appelle Closet Monster. De toute évidence, le réalisateur a été inspiré par Elm Street 2, parce que le garçon dans le film souffre de maux d’estomac et quelque chose tente de sortir de son ventre. Je n’en dis pas plus, mais c’est un film merveilleux à propos d’une sortie de garde-robe horrifique. Les performances sont incroyables et le film contient l’une des meilleures scènes de séduction que j’ai pu voir de ma vie!


Merci pour la suggestion! On suivra le parcours du documentaire Scream, Queen! My Nightmare on Elm Street en festival jusqu’à sa sortie vidéo et remercie chaleureusement Mark Patton pour cette magnifique rencontre et son passage à Montréal dans le cadre du festival IMAGE+NATION.

Lisez notre critique du documentaire Scream, Queen! My Nightmare on Elm Street.

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