[⏪ On rembobine] Black Christmas (1974): il est né le divin slasher

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4.5
Note Horreur Québec

Que dire sur Black Christmas qui n’a pas déjà été dit? Oui, le film est un pionnier du film d’horreur qui peut se targuer d’avoir créé plusieurs tropes. Oui, il s’agit d’un des premiers métrages à mettre en scène un tueur et un body count. Il était après Psycho, mais avant Halloween. Même qu’à en croire les commentaires du réalisateur Bob Clark (Porkys, A Christmas Story), l’inspiration de la saga centrée sur Michael Myers serait venue à Carpenter quand ce dernier, au téléphone avec le réalisateur, lui aurait demandé comment il imaginerait une suite à son film. Clark, sur le vif, aurait dit: «Plusieurs années plus tard, le tueur a été capturé, il s’évade d’un asile et retourne dans la maison tuer tout le monde le jour de l’Halloween.» Autrement dit, le film est culte pour une bonne raison: il est en avance sur son temps. Malgré cela, il reste un peu méconnu dans les sphères cinéphiles. Dommage, car son facteur «creepy» fonctionne encore très bien et ses thématiques sont toujours pertinentes aujourd’hui.

Black Christmas (1974)Quelques jours avant Noël, une sororité fête l’arrivée des vacances quand un étrange appel téléphonique vient interrompre la soirée. L’une des filles ayant disparu le lendemain de cet appel, la police commence à enquêter et à vouloir tracer un lien entre les appels qui se font de plus en plus fréquents et les disparitions.

Comme le long-métrage n’est pas très connu et que l’architecture de son récit repose sur une enquête, nous ne nous permettrons pas d’en dire plus sur la prémisse afin d’éviter de divulgâcher. Cela dit, nous conseillons quand même à ceux qui n’auraient pas encore vu le film de le regarder en en sachant le moins possible. La mise en scène et l’imagerie ont probablement plus d’impact dans un contexte de découverte.

Ce point est d’ailleurs, très certainement, l’une des forces du projet. À la fois très minimaliste dans sa manière de filmer le tueur et assez expressionniste dans sa manière de filmer les meurtres, Black Christmas est un film qui nous reste en tête pour son esthétique globale plus que pour son boogeyman. En effet, Clark et son équipe ont fait le choix de montrer le tueur à travers la synecdoque de A à Z; ce procédé consistant à prendre une partie de quelque chose pour représenter sa totalité est employé ici avec un grand talent. En effet, jamais le spectateur n’aura droit à plus qu’une main, un œil, une ombre ou une voix pour s’imaginer l’homme du téléphone. Or, comme on le sait, souvent dans le cinéma d’horreur, ce qu’on s’imagine est pire que la réalité. Il suffit juste de bien orienter le spectateur pour que ses propres cauchemars dépassent la mise en scène du film en terme de terreur.

Black Christmas (1974)

Et on peut dire que Bob Clark est très inventif pour donner des pistes d’angoisse à son public. Que ce soit avec la caméra à la première personne, qui se met à la place du tueur à plusieurs reprises pour créer plusieurs moments d’ironie dramatiques très efficaces, ou encore avec le travail sur les changements de ton rapides de la voix du téléphone, lui donnant un côté possédé, le film regorge de sève à cauchemars qui donne la chair de poule. Toutes ses façons de créer de l’angoisse chez le spectateur peuvent, certes, paraître clichées un peu aujourd’hui, mais il faut se rappeler que l’on parle d’un film de 1974 qui précède la cimentation des codes du slasher venue avec Halloween. Sachant cela, on ne peut qu’être impressionné par les multiples innovations du long-métrage. D’autant plus que ce dernier n’est, malgré tout, pas daté aujourd’hui.

Ce côté intemporel vient également de la distribution du projet qui est assez impressionnante. Mettant en vedette Olivia Hussey (Jésus de Nazareth), Margot Kidder (Superman, Superman II), John Saxon (A Nightmare on Elm Street) et Keir Dullea (2001: A Space Odyssey) se partagent la vedette avec un très bon sens du timing. En effet, Black Christmas opère, au premier plan, sur le registre du suspense, mais se permet quand même plusieurs ruptures de ton où ses interprètes se plongent assez adroitement dans la comédie. Que ce soit l’incompétence de son équipe soulignée par le détective joué par Saxon ou les allusions savoureuses de Margot Kidder sur sa sexualité, les blagues font mouche et donnent à l’histoire un côté très authentique. Comme dans la vie, tout n’est pas tragique ou comique en même temps, peu importe la situation. Cette authenticité s’exprime également au travers du choix des thèmes qu’il choisit d’aborder et qui résonnent encore aujourd’hui; notamment, ceux de l’avortement et de la masculinité toxique, qui désire contrôler le corps des femmes, sont développés de manière très intéressante. La relation entre la protagoniste et son amoureux est, en ce sens, assez complexe par rapport à ce que les slashers modernes nous ont habitué.

Bref, Black Christmas est un classique du genre qui mérite d’être plus souvent cité. Outre le chauvinisme dont nous pouvons faire preuve, car il s’agit d’un film canadien, c’est une pierre angulaire du cinéma d’horreur qui fonctionne encore très bien aujourd’hui. Avec le second remake qui pointe le bout de son nez et sa disponibilité sur Shudder, c’est le moment parfait pour se replonger dedans avec un biscuit en pain d’épice et un verre de lait à la main.