[⏪ On rembobine] The Devil’s Rejects: la horde sauvage

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4.5
Note Horreur Québec

Tandis que House of 1000 Corpses était avant tout un pastiche de The Texas Chain Saw Massacre 1 et 2, The Devil’s Rejects se veut au contraire un hybride entre les œuvres cultes de Tobe Hooper et des films comme Bonnie and Clyde et The Wild Bunch. Ainsi, au lieu de réaliser une suite surréaliste et cartoonesque à l’image de son premier film (où son passé dans le vidéoclip est très évident), Rob Zombie décide d’opter pour un style documentaire et une approche davantage axée sur le réalisme. Tournées en Super 16, les images de The Devil’s Rejects sont granuleuses et la caméra est portée à l’épaule. De plus, il quitte le décor isolé et nocturne de la maison des Firefly et amène le spectateur sur les routes ensoleillées de l’Amérique profonde. On pourrait également faire un parallèle entre l’évolution de la carrière de rock star de Zombie et celle de son trio de tueurs qui abandonnent eux-aussi leurs maquillages de forains diaboliques.

The Devils's Rejects affiche filmCe fameux trio est composé du patriarche de la famille, le Captain Spaulding (le regretté Sid Haig), et de ses rejetons, Otis et Baby (Bill Moseley et Sheri Moon Zombie). Les trois criminels doivent fuir la police à travers l’état du Texas suite à l’attaque de la maison familiale et à la capture de Mama Firefly lors d’une scène de fusillade rappelant Near Dark. À leurs trousses, le shérif John Quincy Wydell (l’excellent William Forsythe) est décidé à venger coûte que coûte son frère George, tué par le clan Firefly dans le premier film. L’histoire est simple et rappelle plusieurs vieux westerns, la vengeance étant un thème récurrent du genre. Il faut dire que la figure du tueur en série est devenue (avec les petits hommes verts) l’un des mythes les plus importants du folklore moderne américain. Ainsi, le serial killer a progressivement remplacé dans le cinéma américain la figure de l’indien pourchassant les diligences pour prendre le scalpe de ses passagers, comme dans The Hitcher où un auto-stoppeur massacre à l’arme blanche des automobilistes sur une route désertique.

The Devil's Rejects

Cependant, The Devil’s Rejects dépasse amplement en brutalité des films tels que The Wild Bunch ou le très gore From Dusk Till Dawn, dont la scène de séquestration à l’hôtel semble avoir inspiré Rob Zombie. La violence montrée à l’écran se rapproche davantage de celle de John McNaughton dans Henri: Portrait of a Serial Killer, qui abordait frontalement et crûment les scènes de tortures et de meurtres. Ici, nous n’avons pas affaire à de simples pilleurs de banque comme dans Bonnie and Clyde, mais à une vraie bande de psychopathes, pire encore que le couple de Natural Born Killers. La violence est particulièrement troublante et réaliste. Le but n’est clairement pas d’amuser la galerie.

Mais malgré le caractère monstrueux de leurs actes, Rob Zombie réussit tout de même à nous rendre ces personnages attachants. La complicité qui se dégage de leur relation nous donne droit à quelques joutes oratoires vraiment amusantes et même parfois touchantes. À l’instar des héros de Taxi Driver et A Clockwork Orange, les personnages sont charismatiques, malgré leurs actes brutaux et souvent insensés. De plus, après une première partie où les Firefly cumulent les meurtres et les tortures diverses, ils trouvent refuge dans le bordel de Charlie (Ken Foree), relooké comme un village du Far West. Charlie, très inspiré du personnage de Lando Calrissian de The Empire Strikes Back, trahira lui aussi les héros pour sauver son entreprise. «Business is business baby!», s’excuse-t-il à son ami le Captain Spaulding. À partir de ce moment, les rôles sont inversés et Otis, Baby et le capitaine passent du statut de bourreaux à celui de victimes. Le shérif utilise une violence aussi perverse que celle des criminels qu’il pourchasse et la frontière entre les «bons» et les «méchants» vole définitivement en éclats. Séquestrés et torturés par le shérif convaincu d’être «le bras de Dieu», les Firefly démontrent dans la douleur, de manière encore plus évidente, les liens qui les unissent, les rendant encore plus attachants aux yeux du spectateur.

The Devil's Rejects

The Devil’s Rejects est incontestablement le meilleur film de Rob Zombie. Tout ce qui fait la force de son cinéma est réuni ici et il n’est jamais parvenu à retrouver cette virtuosité par la suite. C’est avec beaucoup d’appréhension, mais également beaucoup d’impatience que nous attendons la suite des (més)aventures du clan Firefly. Parviendra-t-il à transcender le matériau d’origine? Difficile à dire, mais si Rob Zombie parvient à faire un film qui s’approche un tant soit peu de la qualité de The Devil’s Rejects, il pourra sans gêne crier victoire.

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