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Recommandations d’une étagère poussiéreuse: Kuroda Yoshiyuki, Yokai Monsters: Spook Warfare (1968)
7Note Finale

L’éducation des kids est primordiale. Plus tôt on s’y prend, mieux c’est. Et si nous ne pouvons pas les pitcher tout de suite dans The Conjuring, The Human Centipede ou encore Texas Chainsaw Massacre, il faut bien trouver un adjuvant. Là apparaissent les «films pour enfants» et Dieu merci, il existe des films d’horreur destinés au jeune public.

Nous retournons donc cette semaine au pays du soleil levant pour découvrir une petite pépite du cinéma de genre: Yokai Monsters: Spook Warfare. Même si, à l’origine, le film est adressé aux enfants, le cinéphile adulte y trouvera son compte. Attroupez votre marmaille devant l’écran familial et profitez-en pour vous cultiver sur un des aspects les plus fascinants du Japon: les yokai.

Mikoshi-nyūdō (見越, un esprit au cou qui s’allonge en fonction de la vitesse à laquelle on l’observe) selon Toriyama Sekien

Avant d’entrer dans le vif du sujet, laissez-moi vous apprendre deux-trois choses sur ces créatures. Yokai peut se traduire par «fantôme», «apparition», ou encore «esprit». Dans ce texte, j’emploierai cette dernière traduction lorsque je n’utiliserai pas le terme nippon. Cette catégorie de créatures contient tout un tas de personnages fabuleux allant du karakasa (sorte d’ombrelle unijambiste munie de bras et d’une longue langue) au terrible jibakurei (cet esprit qui hante un lieu, tel que Kayako dans Ju-On/The Grudge). Il existe un nombre incroyable de ces drôles de bestioles. Certaines d’entre-elles apportent la chance, d’autres sont de terribles malédictions pour quiconque croisera leur chemin.

L’origine de ces esprits remonte à loin et ce que l’on sait d’eux provient principalement de légendes ainsi que d’une culture principalement orale. Bon nombre de représentations de ces yokai datent de l’époque d’Edo (1603-1868) ce qui rend ardue la tâche d’un référencement précis. Aujourd’hui, ces esprits font partie intégrante de l’imaginaire populaire des japonais. On retrouve ces yokai dans un grand nombre d’oeuvres contemporaines (dans le manga GeGeGe no Kitaro de Shigeru Mizuki, dans la J-Horror ou encore dans Princesse Mononoke de Hayao Miyazaki — mononoke étant d’ailleurs un terme parfois synonyme de yokai). Faire une présentation concrète de ce que l’on sait aujourd’hui de ce bestiaire fantastique serait un travail fastidieux qui m’empêcherait de parler du film alors je m’arrête ici et vous invite à fouiller les internets si jamais vous êtes curieux.

Dans un Japon féodal, Daimon, un démon babylonien millénaire, s’attaque à la famille d’un magistrat en prenant possession de son corps décédé. Il suscitera alors le courroux de yokai vivant dans les environs qui y voient une insulte éhontée à tous les esprits du pays. Ils décideront alors de venir en aide aux proches du magistrat et au samouraï qui le protège.

Yokai Monsters: Spook Warfare est le deuxième volet d’une trilogie datant de la fin des années 1960 et qui s’intéresse de près aux phénomènes surnaturels liés aux esprits du folklore japonais. Il apparaît très rapidement que la plupart des effets spéciaux — qui sont l’un des points d’intérêt de ce film — ont bigrement mal vieilli… Mais sous un aspect un peu ridicule se cache une forme de naïveté très touchante et étonnamment inventive. De manière générale, beaucoup des effets spéciaux du film exploitent au maximum le peu de techniques disponibles à la production: des effets de montage tels que la surimpression, le fondu enchaîné ainsi qu’un recours intensif des sfx de tokusatsu (marionnettes et acteurs costumés, comme dans la saga Godzilla ou Power Rangers/Super Sentai). Le résultat: une belle tribu de créatures fantasmagoriques se dandinant dans des costumes de carton-pâte et de caoutchouc qui gigotent trop. L’effet est hilarant mais hyper attendrissant tant le spectacle est on ne peut plus japonais.

Malgré ces apparences grotesques, il est étonnant que le film parvienne quand même à créer une atmosphère étrange et creepy très efficace. De nombreux éléments du scénario savent rappeler au spectateur à quel point les yokai présentés sont à l’origine de terrifiantes créatures. Les connaisseurs reconnaîtront le kappa, cette sorte de tortue-singe qui piège les voyageurs dans les marais et violent les femmes; quant au néophytes, ils comprendront le danger que représentent ces esprits en voyant les réactions horrifiées des personnages humains du film.

Mais malgré tout, le film nous montre une version très édulcorée et bienveillante de ces yokai. Ainsi, se crée une double lecture du film: d’un côté, d’amusants monstres team-up avec des humains pour se battre contre un «méchant»; et d’un autre côté, un véritable cortège de créatures fantomatiques foutent la chair de poule (je pense notamment à la rokurokubi, cette femme super flippante dont le cou s’allonge sur plusieurs mètres — dans les légendes originales, il n’est pas rare qu’elle dévore des hommes la nuit).

C’est cette étrange ambivalence qui rend l’atmosphère de ce film si particulière et en fait un ajout plutôt bizarre à la culture cinématographique de quiconque s’intéresse de près ou de loin au cinéma d’horreur ou au cinéma japonais.

Autre atout indéniable de ce film: son aspect intergénérationnel sous forme de conte ou de légende. Si vous cherchez à partager votre passion avec vos plus jeunes, à stimuler leur imagination et à leur donner à voir un peu d’une culture pourtant si lointaine de la nôtre, Yokai Monsters: Spook Warfare est de toute évidence une ressource qu’il serait dommage d’oublier au fond d’une étagère poussiéreuse.

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