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Au Québec, l’art fantastique sinistre a un nom: Steve Otis. L’artiste originaire de la ville de Québec évolue dans le domaine depuis maintenant près de 30 ans. Avec un nombre impressionnant d’expositions et de mentions à son actif, en plus de figurer dans un recueil de Clive Barker (!), Steve s’est taillé une place de choix en ce qui a trait aux arts lugubres ici, mais également à l’international.

Horreur Québec s’est entretenu avec le peintre, question d’en apprendre plus sur son art et ses goûts en matière de cinéma d’horreur:


Horreur Québec – Tes sujets sont extrêmement variés. Tu passes de l’abstraction, au portrait, aux animaux, au surréalisme, au Dark Art, etc. Comment décrirais-tu ton style?

Steve Otis – Mon style, je l’appelle toujours, en anglais, du Imaginative Realism. C’est un terme très large en fait qui englobe tout ce qui est Fantasy Art et surréalisme. Je trouve l’appellation vraiment intéressante parce que ça enlève la connotation négative du côté «donjon et dragon» du Fantasy Art. On s’éloigne des guerriers qui combattent des monstres ou des héroïnes avec des attributs hallucinants.

Le Imaginative Realism convient vraiment à tous les sujets, mais avec une touche plus fantastique et même parfois plus ésotérique ou symbolique. Je m’amuse beaucoup dans ce domaine, c’est vraiment mon créneau.

Welcome to Magic Kingdom

HQ – Comment est née ta passion pour le fantastique?

SO – Je vais avoir 55 ans cette année, donc très jeune, probablement vers 4 ou 5 ans, j’ai vu la version 1933 de King Kong et ça m’a vraiment marqué. Je pense avoir vu ce film au moins 100 fois! Et à chaque fois, je l’apprécie encore, malgré tous ses petits défauts techniques. C’est un grand moment de cinéma fantastique et c’est un peu ça qui a parti le bal, je pense. Ça et aussi mes parents qui m’achetaient souvent des comic books. J’ai été élevé avec Marvel, DC et plus tard en vieillissant, avec les anthologies d’horreur et fantastiques de Warren Publishing des années 70, qui m’ont vraiment forgé en tant que petit garçon qui dessinait des Batman et des dinosaures. J’ai toujours dessiné du fantastique, de la science-fiction et de l’horreur.

HQ – Quand il y a du symbolisme dans l’art, on essaie toujours de trouver la signification. Que penses-tu vouloir exprimer avec des œuvres?

SO – Je n’ai jamais fait de symbolisme consciemment, à part peut-être pour des commandes spéciales. J’utilise souvent des images qui sont hautement symboliques pour certaines personnes, mais pas nécessairement pour moi. D’ailleurs, il y a souvent des gens qui en trouvent où je n’en ai pas mis.

Je trouve ça amusant et intéressant. Mon œuvre a influencé et créé une émotion chez la personne. Si ton vécu t’apporte à voir une de mes peintures d’une autre façon dont je l’ai imaginée, j’ai réalisé mon but. Des fois aussi, je m’amuse à créer des images un peu plus edgy pour voir jusqu’où je peux aller…

HQ – Est-ce que t’as eu des œuvres qui ne passaient pas justement, dans certaines expositions par exemple?

SO – Les œuvres qui choquent le plus souvent les gens sont celles qui sont les plus inoffensives. Mes pièces plus hardcore, grotesques ou gore sont toujours exposées dans un cadre où les gens s’attendent à voir ce genre d’œuvres. Par exemple, je fais beaucoup de nus, et les commentaires de «femmes objets» arrivent souvent. Quelqu’un a pensé une fois que, parce que j’avais mis un voile sur la tête d’une femme, ça représentait l’absence d’identité, etc. Moi au fond, j’adore faire des drapés et je trouve ça beau sur une femme. C’est tout. C’est purement esthétique.

A Crippling Desire

HQ – Tes techniques sont également nombreuses: huile, acrylique, crayons de bois. Avec quels médiums préfères-tu travailler?

SO – Foncièrement, j’ai plus l’âme d’un peintre. Je ne suis pas quelqu’un qui dessine beaucoup. Moi ce que j’aime, ce qui me fait plaisir, c’est l’action immédiate d’une couleur sur une toile. Par exemple, je ne fais jamais de croquis avant. Je pars d’une idée, d’une forme, d’une couleur et tranquillement, ça va devenir une image. J’aime travailler rapidement. J’admire les gens qui ont la patience de faire des esquisses et travailler des croquis avant, mais ce n’est pas mon cas.

HQ – Sur quoi travailles-tu présentement? As-tu des expositions à venir?

SO – Je travaille toujours sur des commandes. J’ai une exposition qui s’en vient à Montréal, aux Foufounes Électriques, en mars. J’ai une thématique qui est en train de germer présentement, je devrais m’attaquer à ça dans les prochaines semaines.

L’hiver c’est toujours une période plus tranquille du côté des expositions par contre. Avec le froid sibérien de Québec, moi je m’enferme dans mon atelier avec ma horde de chiens et je peins. Des fois ma blonde passe pour superviser le tout, voir si ça va bien… (rires)

Maternal Instincts

***

HQ – Justement vous semblez faire une bonne équipe. Ta conjointe, Marie-Eve Marion, s’occupe de tout ton côté production, booking, etc.

SO – Tout le côté logistique, les suivis, les organisations d’exposition, etc., c’est elle qui gère ça. Elle est vraiment assidue. Comme je dis toujours, moi je fais juste pitcher de la peinture sur une toile. Une chance que je l’ai pour m’aider de ce côté-là.

Elle est aussi beaucoup plus critique que moi. De temps en temps elle me fait des commentaires et c’est toujours spot on. Si elle me dit, par exemple: «Ouin, il me semble que la main est un peu bizarre…», c’est signe qu’il faut que je travaille un peu plus!

HQ – Es-tu un fan de cinéma d’horreur? Que préfères-tu dans le genre?

SO – Ma mère était une grande fan de cinéma américain. Très tôt, j’ai entendu parler d’acteurs comme Lon Chaney Jr., Bela Lugosi, etc. Tous les films de la Universal, Frankenstein, Dracula, Creature from the Black Lagoon, ont fait partie de ma jeunesse. J’ai toujours eu ce trip-là, de voir des films d’horreur. Avec le temps, j’ai vu les William Friedkin, les films adaptés de Stephen King, les Carpenter, Clive Barker, etc.

Aujourd’hui, je suis un peu plus critique, mais je suis toujours excité à l’idée d’aller voir un film d’horreur. Mais mes goûts sont vraiment old school. Je préfère encore les vieux films des années 50 et 60 en noir et blanc.

When they come back, they belong to you

HQ – Tes peintures représentent souvent des monstres. Quels sont tes monstres préférés du cinéma d’horreur?

SO – Définitivement les monstres de la Universal. C’est eux qui m’ont donné la piqure. Très jeune, j’étais aussi abonné à Famous Monsters of Filmland, la revue mythique des années 60. J’ai encore ma boîte de collection. Je lisais ça religieusement à chaque mois.

HQ – Une de tes œuvres, Fathera été sélectionnée pour le premier tome Hellraiser: Anthology de Clive Barker plus tôt cette année. Comment s’est passé le processus de sélection?

Father

SO – Clive Barker avait lancé un appel sur sa page Facebook pour trouver du sang neuf, des fans principalement, pour illustrer ce volume. J’avais quelques pièces qui pouvaient très bien fitter dans l’univers de ses histoires. On a soumis 5 ou 6 œuvres, puis quelques semaines plus tard, on a su qu’une des pièces avait été sélectionnée parmi près de 1 000 soumissions!

J’ai reçu ma petite copie du livre signée par Clive, j’étais très content. C’est aussi une belle vitrine pour moi. Disons que ça paraît bien dans un CV…

HQ – Effectivement! Est-ce qu’il y a d’autres de tes pièces dont tu es particulièrement fier et qui ont fait rayonné ton art à travers le monde?

SO – Y a quelques petits trucs dans mon passé artistique d’intéressants. Dans les années 90, j’étais freelancer pour Iron Crown Enterprises, une compagnie américaine qui faisait des cartes à jouer dans le style de Magic: The Gathering et des jeux basés sur The Lord of the Rings. J’ai créé pour eux entre 30 et 50 pièces. Vingt ans plus tard, je reçois un message sur Facebook d’un italien qui me dit qu’il est en train d’organiser la plus grosse exposition d’artworks sur The Lord of the Rings au monde; une exposition permanente à Milan et à Zurich et voulait m’acheter plusieurs de ces pièces. Il m’a acheté une dizaine de tableaux qui sont maintenant exposées là-bas. J’suis finalement assez fier de me retrouver dans une exposition gigantesque parmi les plus grands de l’industrie.

Récemment, j’ai aussi eu la chance de faire une toile pour Steve Hackett, l’ex-guitariste de Genesis. C’était un moment important pour moi parce que c’est une grande influence dans ma vie de «guitardeux». C’est un de ceux qui m’a inspiré à jouer. En plus, le gars était super cool et pas prétentieux pour deux secondes. Ça été une rencontre vraiment rafraîchissante.

HQ – Justement, tu es également musicien…?

SO – Oui j’ai un petit groupe qui s’appelle Evil. C’est un band de vieux mononcles (rires)! On fait des hommages à Ronnie James Dio et à Mötley Crüe. On se produit de temps en temps dans des bars de Québec. Moi ça me garde un pied dans le monde de la musique. Quand j’suis tanné de faire de la peinture, je joue du métal!

***

HQ – Chez Horreur Québec, on aime découvrir de nouveaux artistes. Nomme-nous 6 des artistes qui t’inspirent le plus.

Wow, je ne sais pas si je vais en avoir assez de seulement six!

The Death Dealer, Frank Frazetta

Je vais commencer avec celui qui m’a influencé le plus: Frank Frazetta. Pour moi, c’est le Dieu de tout ce qui s’appelle Fantasy Art ou Heroic Fantasy. Ce gars-là, j’ai étudié ses toiles des années de temps. J’ai aussi visité son musée en Pennsylvanie. Tu dois sûrement connaître son image du Death Dealer sur son cheval. Quand tu vois ça live, en pleine face, c’est quelque chose.

Dans l’art plus science-fiction, horreur: Richard Corben, qui a fait la série Den. Il a travaillé aussi beaucoup sur des histoires de Edgar Allan Poe. Ça a été mon autre grande influence.

Simon Bisley avec Slaine et Judge Dredd, entre autres. C’est un personnage intéressant, mais également une personne très intéressante. J’ai pu jaser avec une couple de fois via Facebook. Il m’a même donné plein de ses trucs!

On a abordé le sujet plus tôt avec Famous Monsters: Basil Gogos. Pas le choix! Pas qu’il m’ait tant influencé, mais plutôt qu’il a été le premier que j’ai connu dans ce milieu-là. À 7-8 ans, il m’a fait réaliser que tu pouvais peindre des monstres et être considéré comme un artiste; que ça se pouvait.

Étrangement, sans lien aucun avec l’horreur ou le fantasique, je nommerais l’artiste canadien Robert Bateman, un peintre animalier. J’ai passé des heures à étudier ses techniques, ses compositions…

Pour terminer, Boris Vallejo, pas nécessairement pour ses compositions, mais pour ses techniques en hyperréalisme.

Mais j’ai envie d’ajouter aussi un du domaine des Beaux Arts: Rembrandt. J’ai été beaucoup influencé par ses clairs obscurs; son utilisation de la lumière dans ses peintures; la création d’une approche très texturée, mais qui donne une image très photographique. Son travail a influencé beaucoup de mes essais artistiques.


Pour en savoir plus sur l’art de Steve Otis, rendez-vous sur sa page web officielle et sur sa page Facebook.

Crédit photo couverture: André-Anne Séguin

Sometime When We Touch

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