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[Critique] Le successeur : une force tranquille sous haute tension

Après la création de son premier long-métrage en 2017 (Jusqu’à la garde), le réalisateur français Xavier Legrand nous arrive avec son second projet tout frais : Le successeur. Avec l’adoré Marc-André Grondin (C.R.A.Z.Y), Yves Jacques, Anne-Élisabeth Bossé et d’autres talents autant québécois que français, le film nous immisce dans le monde de la mode et du suspense.

Ellias (Grondin) vient tout juste d'être couronné comme le nouveau visage et directeur artistique d'une célèbre maison de haute couture française. Après le succès de son défilé, on lui informe que son père, avec qui il est resté en mauvais termes, vient de subir un malaise cardiaque. Contre son gré, le créateur de mode doit retourner au Québec pour régler les affaires et surtout, les secrets sombres de son père.

La spirale annonciatrice

On dit souvent que la scène d’ouverture d’un film est déterminante et annonciatrice de ce qui sera à venir. Le successeur commence sur un plan à vol d’oiseau d’un public assis dans une formation spiralée, en noir sur blanc, où se déplace fièrement des mannequins qui portent la collection d’Ellias. Cette spirale nous apparaît ici comme un présage : le récit ne sera pas un long fleuve tranquille, bien au contraire.

spirale successeur

La première partie, en France, nous installe dans le monde de la haute couture qui apparaît comme aseptisé avec sa blancheur et ses grandes structures urbaines. Le personnage d’Ellias est marqué d’un accent français prononcé, franchement risible, qui nous met sur nos gardes : il semble jouer un rôle qui n’est pas le sien (ou l’accent de Grondin est visiblement à retravailler). C’est soudainement en pleine campagne promotionnelle pour sa succession en tant que directeur artistique qu’il est pris de douleurs au cœur. En revisitant son historique familial à la recherche de maladies héréditaires potentielles, on comprend que ses liens de famille sont disparates et complexes, mais surtout qu’il n’a pas parlé à son père depuis plusieurs années. Ellias confirme incessamment son risque accru de problèmes cardiaques en apprenant quelques jours plus tard le décès de son père dans ces mêmes circonstances.

Ellias ou Alias

LE SUCCESSEUR affiche HR

De retour sur le territoire québécois, Ellias détonne. On apprend bien vite que le nom qu’on lui a attribué à la naissance est plutôt Sébastien et qu’Ellias n’est qu’un alias autoproclamé pour se fondre dans la masse de son milieu étranger. Cette double personnalité transparait dans la cinématographie avec l’utilisation fréquente de surfaces réflectives comme des miroirs ou des vitres dans lesquelles la figure de Sébastien/Ellias se dédouble. L’accent français du protagoniste tombe également peu à peu alors qu’il replonge dans la vie qu’il avait laissée derrière lui auparavant. En réglant les détails des funérailles et de la vente de la maison de son père, il découvrira éventuellement un secret qui changera le cours de son existence et de son identité, déjà vacillante.

Tension et inconfort au rendez-vous

Legrand réussit, à l’aide de plans séquences lents et de musique inquiétante, à nous faire envisager le pire à chaque instant. Ce dispositif permet de faire monter la tension en douceur, mais de façon extrêmement efficace. Le climat anxiogène est à son comble lors des plus grandes révélations du film qui vous feront littéralement vous tortiller d’inconfort sur votre siège. Quant à Grondin, sa performance est phénoménale (outre l’accent français), surtout pendant ces moments de divulgation où ces réactions sont viscérales.

Le successeur viendra vous tordre le cœur en vous lançant dans un conflit moral axé sur le thème de la succession et la transmission sous toutes ses formes. En accueillant ces longueurs qui vous permettront d’évaluer et analyser les intentions des personnages, le film deviendra alors contemplatif dans la plus tordue de manières.

Note des lecteurs28 Notes
Pour les fans...
de retournement de situation
de secrets bien gardés
de «slow burners»
4
Note Horreur Québec

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