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Le film d’horreur Better Watch Out, qui a fait un malheur sur les circuits festivaliers, était présenté à Fantasia le 28 juillet dernier. C’est avec un grand plaisir qu’on s’est entretenu avec son réalisateur, Chris Peckover, généreux de son temps.

Mentionnons également qu’Horreur Québec a fait en sorte de lui poser des questions qui ne révèlent aucune ficelle majeure de l’intrigue. Cependant, il s’agit d’un entretien sur le film et certains thèmes secondaires y sont effleurés. Nous préférons vous en avertir!


Horreur Québec — Sans ne rien divulguer d’essentiel, on peut affirmer que Better Watch Out est un film divisé en trois tons: une partie slasher, une étape plus home invasion, et un segment perfect murder. Ce qu’il y a d’étonnant, et surtout avec un film avec un modeste budget, c’est que ta réalisation offre une jonction parfaite dans chacun des styles. Pourquoi faire ce choix de changements de tons, quand on sait qu’il est aussi risqué?

Chris Peckover — Wow! Merci beaucoup. En fait, les films que je préfère sont ceux qui s’avèrent très différents de ce qu’ils laissent paraître. C’est dangereux si le film ne se suffit pas à lui-même. À la fin, on doit se dire: «Il fallait que ça aille dans cette direction.». Le changement de style ne m’effraie pas si je sens que les acteurs peuvent adapter leur jeu et s’il est bien exécuté. Quand on pense à Psycho, qui change complètement de direction, on comprend que c’est intéressant. Tout le monde a aimé le film d’Hitchcock. La chose la plus importe pour moi était d’offrir une finale très forte.

HQ — Dans un film d’horreur comme le tien, qui met en scène de très jeunes adolescents, il est difficile de ne pas toucher à certains tabous.  Il était évident juste à lire le résumé que Better Watch Out allait le faire. Est-ce que, lors de projections, tu as rencontré des gens offensés par certaines scènes? 

CP —  En Australie quand on a tourné le film, il fallait une organisation toute entière pour s’assurer que les jeunes n’étaient pas blessés ou atteints émotionnellement d’une quelconque manière. Il a fallu donc s’asseoir plusieurs jours avec ces gens pour qu’ils acceptent chaque gros mot et chaque scène violente ou gore. Il nous fallait l’accord des parents et l’accord d’un psychologue. Ceux qui ont vu le film comprennent l’ampleur du travail. C’était presque comique, car les jeunes nous disaient: «Nous sommes des adolescents, pas des enfants, évidemment qu’on peut supporter ça!». Mais je n’ai eu aucun problème de censure par la suite.: tout ce qui était dans le scénario est à l’écran.

HQ — Si demain je te propose un énorme budget pour réaliser le film d’horreur de ton choix, mais ayant comme thème une fête de l’année qu’on célèbre. Après Noël, laquelle choisirais-tu? Tu n’as pas le droit de dire l’Halloween, car ça serait trop facile.

CP — Je suis très surpris qu’on n’ait pas égratigné davantage la Saint-Valentin. Il y a quelque chose de très obsessif à propos de cette fête. Et je ne parle pas juste au niveau de l’horreur, malheureusement. Si une adolescente de douze ans ne reçoit pas de carte, elle devient en colère et a presque envie de tuer quelqu’un (rires). C’est un autre temps ou on idéalise tout. Chaque être humain est « supposé » être en amour. Je crois qu’il y aurait beaucoup de potentiel pour faire un excellent film. My Bloody valentine était un film très amusant, mais moi je focusserais davantage sur le côté obsessionnel de trouver le véritable amour.

HQ — Cela pourrait être un excellent film, si la Saint-Valentin était cadrée dans un décor du Québec. Nos hivers ont de quoi donner le frisson.

CP — Ça pourrait être une bonne idée. Ici, c’est mon véritable chez moi. Je ne suis pas venu depuis près de vingt ans et être à Montréal pour quatre jours me donne réellement envie de revenir. Tourner un film ici serait merveilleux.

HQ —Dans Better Watch Out, les adolescents regardent un film d’horreur et ton personnage féminin critique la jeune fille dans le long-métrage et la qualifie d’idiote, parce que cette dernière court se cacher dans le grenier. Quelques minutes plus tard, c’est son personnage qui court au grenier. Ton film est rempli d’éléments similaires où tu démystifies les clichés pour les utiliser différemment. C’est l’une des raisons qui fait que ton film est aussi fort. Tu nous donnes les clichés que l’on aime en tant que fans et tu les détournes. Cette manière de faire est typique de ce que Wes Craven a fait dans Scream. Est-ce que c’est toujours délibéré? Et rassure-moi, il y a bien un hommage à Black Christmas volontaire dans ce cas-ci?

CP — C’est totalement un hommage à Black Christmas. Je dirais même que c’est un baiser sur le front de Black Christmas, en particulier pour les éclairages. Je crois que nous, les amateurs de films d’horreur, sommes toujours extrêmement sous-estimés. Particulièrement par les studios. Le public est très affamé par des éléments qui, d’une manière ou l’autre, va les défier. Comme tu as pu l’expérimenter dans certain films, ce genre de jeux joue avec nous émotionnellement. Entre nous, je suis déjà anxieux d’utiliser d’autres clichés et de les faire bifurquer en terrains inconnus.

HQ — Est-ce que tu crois que ce snobisme envers le cinéma d’épouvante est propre à l’Amérique? On a souvent l’impression qu’à l’étranger, il y a plus d’ouverture? On ne verra jamais The Witch ou The Conjuring aux Oscars, par exemple.

CP — C’est totalement vrai et ce sont des pièces de maître, les long-métrages que tu nommes. Personnellement, je dirais que l’horreur et les comédies sont très souvent rabaissées, en général. Ils représentent pourtant des défis incroyables et quand ils sont bien faits, ils ont toujours quelque chose de dramatique. Personnellement, ça ne me dérange pas de ne pas être invité aux Oscars. Pendant que ces soirées ont lieu, nous, on récolte les votes du public.

HQ — Dans chacune de tes entrevues, tu mentionnes ton amour pour le film Gremlins. Comme dans le film de Joe Dante, Better Watch Out s’amuse à anéantir une à une les traditions de Noël. Tu nargues les décorations du sapin, les vêtements du temps des fêtes, les chorales et j’en passe. La maison du film rappelle celle de la famille Griswald dans Christmas Vacations. Impossible de ne pas voir de la dérision. Aimes-tu Noël ou est-ce que c’est une fête qui t’ennuie?

CP — (Rires) Pour le film, tu as absolument raison. Tout est exagéré pour en faire une blague. Est-ce que j’aime cette fête? On s’en va sur un terrain glissant ici. J’aime quelques éléments de Noël. Tu sais ce qui a été un défi pour moi lors du tournage? Je déteste 99% de la musique de Noël. Il y en a quelques-unes de bonnes, dont celle du groupe Ramones, qu’on a réussi à avoir dans le film. On a terminé le film en juin l’an dernier et je peux dire que le film a ruiné mon Noël 2016, car j’ai dû écouter de la musique des fêtes durant plusieurs mois. Quand la musique des fêtes a commencé en novembre, j’étais presque dégoûté. J’apprécie le fait qu’on soit en vacances et on peut appuyer sur le bouton «reset» au Nouvel An. Je n’aime pas du tout recevoir des cadeaux, mais je laisse savoir à mes proches que je les aime.

HQ — Dans ton film, on côtoie des adolescents typiques, mais on sent une lacune de supervision parentale, ou dans certains cas un abus de surveillance, ce qui peut revenir au même. Le couple de parents que l’on voit à l’écran semble former une union étrange: la mère est surprotectrice et même s’il s’agit d’une improvisation de ton acteur, certains éléments dans le film laisse croire que le père pourrait être gai. Cela n’en ferait pas un mauvais père pour autant, mais le manque de chimie du couple pourrait peut-être nuire à l’encadrement des enfants. Quelle est ta vision des relations parents-enfants dans la société d’aujourd’hui?

CP — L’homosexualité « supposée » du père peut ajouter certaines réflexions au film, c’est certain. C’est intéressant, en effet. Pourtant, l’improvisation de mon acteur, qui a brandi des ornements gais, avait surtout comme objectif de dire aux gens: «C’est parfait d’aimer des trucs qui font très gais». Et pourquoi pas? Il regarde sa femme et son regard dit presque: «Je suis un homme et j’ai le droit d’aimer des trucs plus homosexuels». Pour les relations entre les parents et enfants, je te dirais que je n’ai pas d’enfant, donc peu importe ma réponse, elle sera mauvaise. Je crois en revanche que les gens oublient que la personnalité d’un enfant fait surface très jeune. Parfois, le comportement des parents n’y changera rien. Les parents représentent tout pour leurs enfants, mais ils ont parfois cet idéal en tête d’une voie pour leur progéniture. Ils doivent être là pour aimer leurs enfants, mais ne devraient jamais penser qu’ils peuvent les changer. Les enfants d’aujourd’hui ont plus de moyens que jamais pour s’instruire et être intelligents. L’une des idées fondatrices de mon long-métrage, c’était cette impression qu’on a tout quand on est jeune et qu’on comprend que personne ne peut savoir ce qu’on a en tête.

HQ — Est-ce qu’il y a un «vilain» dans un film quelconque qui a inspiré ton «méchant»?

CP — Absolument. Chaque vilain que j’ai inventé se rattache à Hannibal Lecter. La raison pourquoi Hannibal nous terrifie davantage qu’une griffe d’acier ou un masque de hockey, c’est qu’il s’agit seulement du visage d’Anthony Hopkins. Il est intelligent, parle bien, s’habille bien et adopte sa propre morale. Le public doit souhaiter détester le méchant, mais être quelque part charmé par lui, également.

HQ — J’ai su que tu es en contact avec Rob Zombie et que tu avais été l’un des premiers à voir le film 31. Je suppose que tu as d’autres amis ou connaissances qui sont réalisateurs. Tu as mentionné vivre à Los Angeles. Est-ce qu’entre cinéastes d’horreur, il vous arrive de vous influencer? Je ne parle pas qu’à travers vos films, mais par exemple en discutant?

CP — Oui. Je suis chanceux. Je vis effectivement à L.A. et j’ai plusieurs amis qui réalisent des films d’horreur. J’aime cette question, car on ne le mentionne peut-être pas assez, mais on se motive entre nous. On se parle constamment de nos perceptions des directions que prend l’horreur et on essaie de voir quelle frontière on pourrait surmonter. Mon conseil envers vos lecteurs qui veulent faire du cinéma serait justement d’essayer de rencontrer d’autres cinéastes, de traîner avec eux, car cela change les perspectives.


Better Watch Out sera offert en vidéo sur demande dès le 6 décembre prochain. Une version Blu-ray/DVD est également prévue pour le temps des fêtes.

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