[Critique] Hunter Hunter: un point final sanglant pour l’année horrifique

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Note Horreur Québec

2020, l’année où l’on aura un peu envié le mode de vie des survivalistes… Du moins, jusqu’à ce qu’on visionne les films d’horreur où ils tiennent la vedette. Le comédien Devon Sawa, qui a connu son heure de gloire à l’époque de Final Destination et d’Idle Hands, prête justement ses traits à un adepte de l’auto-suffisance dans Hunter Hunter.

Son personnage, Mersault, vit en autarcie au coeur de la forêt avec sa femme Anne (jouée par Camille Sullivan) et leur fille Renee (Summer H. Howell). La famille subsiste par les maigres fruits de leur trappage. Lorsqu’un loup se met à dévorer les bêtes capturées dans ses pièges, Mersault se lance sur la piste de celui-ci.

Disponible depuis tout récemment en vidéo sur demande, Hunter Hunter s’est vite bâti une réputation enviable auprès des amateurs d’horreur en raison de sa violence très, très crue. Le film prend toutefois son temps avant d’en arriver aux effusions de sang: le cinéaste Shawn Linden fait preuve de retenue et d’une économie exemplaire dans sa mise en scène. La progression du film épouse le rythme de vie de ses personnages, qui existent en dehors des routines infernales du monde moderne. On a d’ailleurs un peu affaire à la version trash de Captain Fantastic, dans laquelle un Devon Sawa au visage buriné insiste pour que sa famille règle par elle-même tous ses problèmes.

L’obsession dogmatique du personnage pour l’autonomie se retournera contre lui. Lorsque son mari disparaît dans les bois, le personnage d’Anne doit prendre sa famille en charge. Et la solitude de cette femme face à la menace qui fond vers elle deviendra le point focal de l’intrigue. Anne ne peut compter sur personne. Mise à l’écart du monde, elle sera rabrouée lorsqu’elle cherchera à demander de l’aide extérieure. Son mari lui ayant menti sur la nature des dangers qui les guettent elle et sa fille, notre protagoniste opère sous un voile d’ignorance. Par sa métaphore sociale et son environnement où la nature sauvage a gardé ses droits, Hunter Hunter prend des airs de fable.

Déterminé à brouiller ce grand jeu de masques entre proies et prédateurs aussi longtemps qu’il le peut, Linden fait dans le pur slow burn. Il alimente délibérément la confusion de son spectateur et de ses protagonistes en occultant certains éléments par le montage et en refusant de répondre aux questions qu’ils se posent… Une approche qui malheureusement ne fonctionne pas entièrement.

En effet, Linden a construit son intrigue comme une très longue mèche que l’on regarde brûler en ligne droite pendant 75 minutes, jusqu’à ce qu’elle atteigne la caisse de dynamite que le cinéaste a tenté de dissimuler hors de notre vue. Et c’est ce dernier aspect qui ne marche pas vraiment: Hunter Hunter traîne un peu trop dans son deuxième acte, étirant le temps jusqu’au dévoilement de révélations que l’on voit venir à des milles à la ronde.

Ce qu’on garde du film, c’est la performance d’une Camille Sullivan laissée à elle-même dans ce monde sauvage, un design sonore inquiétant, la construction des scènes de tension par un cinéaste qui semble adorer jouer au supplice de la goutte d’eau, ainsi qu’une finale qui rappelle les excès d’un certain cinéma gore français. À l’ère du streaming, on commence cependant à se dire que davantage de films devraient s’inspirer de Host et assumer une durée de 60 minutes plutôt que de procéder à du remplissage inutile.

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