[Critique] Leap of Faith: magistrale réflexion sur la genèse d’un classique

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4.5
Note Horreur Québec

Après avoir disséqué l’iconique scène de la douche de Psycho (78/52, 2017) et la saga du célèbre 8e passager (Memory: The Origins of Alien, 2019), Alexandre O. Philippe a jeté son dévolu sur le plus terrifiant film de tous les temps. Mais que diable y a-t-il à dire de plus sur The Exorcist, pensez-vous? Pourquoi ce classique d’entre les classiques du cinéma de genre est-il aussi intemporel? Quelles œuvres inspirèrent jadis son émérite réalisateur, William Friedkin? Quel est le rapport de ce dernier avec la foi? Et comment perçoit-il son film près d’un demi-siècle plus tard? Leap of Faith (sous-titré William Friedkin on The Exorcist) répond à toutes ces questions et même davantage.

Non, Philippe n’a pas interviewé la classique et exhaustive ribambelle d’intervenants, incluant producteurs, scénaristes, acteurs et autres maquilleurs. Il s’est plutôt concentré sur un seul entretien (avec Friedkin, évidemment) pour articuler son documentaire des plus captivants. On constate rapidement que l’esprit de l’oscarisé réalisateur est toujours aussi vif, de même que sa mémoire, phénoménale. Qui plus est, sur toute la durée du long-métrage, on tombe sous l’emprise de Friedkin grâce à une franchise étonnante, une attitude sans compromis et une éloquence impressionnante pour un artiste d’un âge aussi vénérable.

Leap of faith affiche film

En plus d’extraits du film de 1973, le documentariste invite également les influences du cinéaste pour de brefs caméos visuels, en plus faire des parallèles avec ses propos, à l’aide de petits bouts des chefs-d’œuvres formant sa filmographie. Chapeau au monteur David Lawrence (The El Duce Tapes), pour avoir dynamisé avec brio ce qui est essentiellement un long et passionnant soliloque.

Après une brève intro biographique sur ses premiers contacts avec le cinéma dans son Chicago natal (alors qu’on apprend qu’un visionnement de Citizen Kane d’Orson Welles fut on ne peut plus déterminant), on tombe dans le vif du sujet. D’emblée, le talentueux réalisateur raconte avoir suivi son instinct tout au long de la production de The Exorcist. Il revient sur la réécriture du scénario initial de William Peter Blatty (auteur du roman original) et s’épanche abondamment sur le tournage (notamment, sur le prologue en Irak, sur un authentique site archéologique!) jusqu’au montage, qu’il compare au travail d’un peintre comme Pollock.

D’ailleurs, ce qui est le plus fascinant dans ce film se retrouve au rayon des influences: on se surprend d’apprendre que Friedkin est un immense amateur d’arts visuels. On découvre, visuels à l’appui, que plusieurs plans du film (et même l’affiche!) furent inspirés de peintures célèbres. Pas surprenant que le film vieillisse si bien! Qui plus est, le documentaire est magnifié par l’utilisation de pièces de musiques concrètes ou classiques, ayant également eu un grand impact sur le réalisateur. Pour The Exorcist, la trame sonore se devait d’être, selon lui, comme «une main froide se posant sur notre nuque». Or, habiller musicalement le film ne fut pas dans heurts: Friedkin a dû renvoyer coup sur coup deux grands compositeurs, avant de tomber par hasard sur Tubular Bells de Mike Oldfield. Wow.

Tout en discutant ici et là de la signification de divers éléments du film (dont la mort de Père Karras), il revient aussi sur les méthodes peu orthodoxes — voire hérétiques (!) — d’antan en termes de direction d’acteur. Toujours aussi intense, Friedkin se dit être «plus intéressé par la spontanéité que par la perfection» («I’m a one-take guy»), contrairement à un Kubrick ou Hitchcock. Pour n’importe quel fan du film, c’est véritablement savoureux de l’entendre raconter avoir préféré un acteur de théâtre inconnu (Jason Miller) à Stacy Keach, qui était déjà sous contrat pour jouer Karras, rôle qu’il avait d’entrée de jeu refusé à Blatty (!). On se délecte également d’en savoir plus sur l’enregistrement de la voix démoniaque de Regan par Mercedes McCambridge (vous allez être soufflés par les techniques de l’actrice).

Entre deux anecdotes de tournage, il est aussi question du lien entre foi et destin (faith vs fate), de la notion de bien et de mal, de même que du sentiment d’effroi planant sur tout le film, alors que vous ressortirez de Leap of Faith, étrangement serein et repu, d’avoir pu passer un si bon moment avec l’un des grands maîtres de l’horreur, ayant marqué au fer rouge l’histoire du 7e art. Toujours aussi pertinent du haut de ses 85 ans.

Leap of Faith: William Friedkin on The Exorcist est disponible en exclusivité chez Shudder.

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