[Critique] Mont Foster: la peur du loup

Note des lecteurs1 Note
3.5
Note Horreur Québec

Pour combler la douleur d’un drame qu’ils doivent traverser, un couple part s’isoler dans leur chalet luxueux. Au lieu de leur apporter des effets bénéfiques, ce dépaysement crée certaines tensions. L’équilibre mental de la jeune femme menace de s’effriter de plus en plus et le mari semble de moins en moins patient.

S’adaptant au confinement actuel suggéré, le distributeur K-Films Amérique a choisi d’offrir Mont Foster en vidéo sur demande après seulement quelques jours en salles.

Trouvant un écho dans le poème Le Roi des aulnes de Goethe, où une créature démoniaque hante une forêt, le scénariste et réalisateur Louis Godbout choisit donc d’utiliser certaines figures du film d’horreur pour exprimer le mal de vivre qui ronge ces deux individus; c’est-à-dire que les formules usuelles du cinéma horrifique servent davantage à dépeindre un spleen qu’à susciter la peur.

Mont Foster affiche filmLa réalisation de Godbout possède un lexique filmique horrifique de haut niveau. Si le fanatique d’horreur a de quoi sourciller face aux images sublimes et envoûtantes, qui auraient pu servir un grand film d’épouvante, il lui sera impossible d’affirmer leur inefficacité dans un tel exercice.

Mont Foster décortique donc sous un scalpel inquiétant les méandres de la vie de couple. S’il s’apparente un peu trop, parfois, au chef-d’œuvre Antichrist de Lars von Trier, et que la structure du récit laisse passer une série de thèmes secondaires en diaphane, le résultat demeure brutal et saisissant. Le spectateur doit creuser pour saisir les véritables enjeux à percevoir, ce qui nourrit psychologiquement l’histoire. Est-ce que cette femme devient folle? Est-ce que son mari est étrange et détaché? L’incursion d’un couple d’amis pour un souper sert habilement à livrer une perception extérieure à ces personnages. La caméra enlace les différents points de vue jusqu’à cette tombée du rideau qui s’abstient de trop de précisions.

L’un des plus grands atouts au service de Godbout demeure les acteurs qu’il utilise comme de véritables messagers pour transmettre le drame et les inquiétudes qu’ils traversent. Comme on pouvait s’y attendre, Laurence Leboeuf (Turbo Kid) embrasse ce rôle exigeant avec aplomb. Faisant office de véritable caméléon d’un personnage à l’autre, l’actrice est, une fois de plus, épatante. Dans le rôle du mari plus solide, en apparence du moins, Patrick Hivon offre un jeu très intense.

Au final, Mont Foster demeure un drame percutant, qui mise que très peu sur la peur, mais duquel on ne sort pas indemne.