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[Fantasia 2020] Pour l’amour de Stuart Gordon

Bien que visionner des films de chez nous avec pas d’immense écran ni de foule en délire, ça reste moins euphorisant, cette édition à distance de Fantasia comporte tout de même son lot d’avantages. En particulier au niveau du transport (les banlieusards sont contents), des horaires (plusieurs films sont en mode ‘sur demande’) et des présentations spéciales. On peut visionner ces dernières en direct et tout à fait gratuitement, en plus de pouvoir réagir aux propos des différents invités et même leur poser des questions, le tout depuis le confort de notre logis, sans devoir affronter la timidité que plusieurs ont à aller parler dans un micro devant tout plein de festivaliers.

En 2010, à Fantasia, j’ai eu la chance de rencontrer un homme fort gentil, qui se trouvait aussi à être l’un de mes réalisateurs de films de genre favoris, soit le grand Stuart Gordon, qui nous a quitté en mars à l’âge de 72 ans. Nous étions tous deux dans le lobby de Concordia, dans la file VIP (pour médias, partenaires et invités), à patienter avant la projection d’une sélection d’étranges et fantastiques films animés en stop-motion des frères Quay. Après avoir eu une bonne petite jasette avant l’ouverture des portes, une fois entrés dans la salle, il s’est assis à côté de moi, afin qu’on puisse continuer à discuter, partageant nos commentaires entres les courts métrages. J’étais plus qu’honoré.

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Quelques jours plus tard, suite à la projection d’un parfait programme double Lovecraft (pour le 25e anniversaire de Re-Animator, suivi, en surprise, de From Beyond, pas annoncé au programme), j’ai eu le privilège d’assister, dans le magnifique Rialto, à une représentation de la pièce Nevermore, un inoubliable solo de l’inimitable Jeffrey Comb (basé sur l’œuvre de l’immense auteur Edgar Allan Poe), en présence du metteur en scène Gordon et de son scénariste Dennis Paoli. Un méchant beau moment, dont je vais me souvenir très longtemps.

Tout comme de l’événement virtuel nommé Un hommage du Miskatonic à Stuart Gordon, modérée par Graham Skipper (le Herbert West de Re-Animator The Musical, pièce également mise en scène par Gordon), et qui incluait les plus fréquents collaborateurs du réalisateur. En plus des susmentionnés Comb et Paoli, on retrouvait les acteurs Bruce Abbott et Barbara Crampton, le producteur/réalisateur Brian Yuzna, ainsi que madame Gordon elle-même, l’actrice Carolyn Purdy-Gordon.

C’était comme si nous, festivaliers, avions été conviés à une réunion de famille. Ces bonnes gens nous invitaient dans leur intimité, autant au niveau des souvenirs très personnels qu’ils nous partageaient qu’en nous recevant chez eux: on était littéralement (bien que virtuellement) dans ce qui semblait être le salon des Purdy-Gordon, dans la cuisine de Crampton, dans le bordélique bureau de Paoli, dans le rustique chalet d’Abbott, dans la chambre d’ami de Combs et dans la salle de séjour (genre) de Yuzna. Quand même.

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La présentation dura presque deux heures et on en aurait même pris plus longtemps! Même si ça se passait sur Zoom, tous les participants étaient vraiment éloquents et touchant lorsqu’ils racontaient anecdotes croustillantes et autres histoires palpitantes à propos de ce grand directeur d’acteur. Car, avant de tomber dans le cinéma, Gordon était un homme de théâtre, un des grands metteurs en scène de Chicago (fondateur de l’Organic Theater avec Purdy). Lors de cette période (les 25 premières minutes de la présentation y sont consacrées), il a notamment travaillé avec David Mamet (aussi auteur de l’Edmond de Gordon) et Tom Towles (Henry Portrait of a Serial Killer, la refonte de 1990 de Night of the Living Dead et plusieurs films de Rob Zombie). L’histoire du scandale de son adaptation de Peter Pan de 1968 vaut le détour.

Tout comme celle où Yuzna raconte ses premiers temps avec Gordon (autour de la 58e minute). Exactement un an après l’avoir engagé pour réaliser Re-Animator (qu’il produisait) suite à leur rencontre à Chicago (à l’action de grâce en 1983), lorsqu’il était allé chercher Purdy et Gordon à l’aéroport LAX, le producteur se souvenait qu’il fut surpris du look de «délinquent juvénile» de ce dernier, qui portait de grosses bottes et un manteau de cuir avec des patches. Trop cool. Si le classique culte de 1985 a marqué la vie de plusieurs cinéphiles, ses artisans en gardent beaucoup de beaux souvenirs.

L’une des forces de Gordon résidait incontestablement dans la direction d’acteurs et actrices, comme l’ont mentionné plusieurs durant la présentation. Incluant Yuzna («je crois que son plus grand talent était de raconter des histoires avec des acteurs; il avait 12 ans d’expérience en théâtre avant d’arriver dans le cinéma!») et Crampton (« je sentais qu’il aurait pu jouer n’importe quel personnage, même s’il disait que je connaissais le mien mieux que lui »).

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Un autre moment fort fut lorsque Combs parla de Nevermore. Je fus touché par son témoignage empreint d’émotion, alors qu’il exprimait sa gratitude pour ses nombreuses collaborations avec son ami Gordon, dont cette mémorable pièce. En fin de course, j’ai bien ri lorsque Skipper se remémora de la toute dernière représentation de Re-Animator the Musical à Las Vegas, en mentionna que le pointilleux Gordon a tenu à lui faire jouer telle ligne autrement. Lorsque l’acteur a répliqué «sérieux Stuart, tu veux vraiment changer quelque chose sur le dernier show?», il aurait répondu «c’est la dernière fois qu’on a pour l’avoir comme il faut [to get it right]». Un perfectionniste jusqu’à la fin.

P.S. Maudit que ça donne le goût de se retaper (encore) sa filmographie.

Pour visionner la présentation, c’est ici:

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